samedi 7 novembre 2026

ENTRETIEN avec Léo MARILLIER, directeur artistique du FESTIVAL INVENTIO, à propos de la 11ème édition 2026, du 3 avril au 18 oct 2026

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En dédiant la nouvelle édition du Festival INVENTIO aux animaux, le violoniste Léo Marillier établit de nouvelles correspondances dont les manifestations plongent au cœur de la fabrique et de la magie musicale. Place cette année à l’inédit, aux expériences singulières, aux propositions hybrides (avec projection de photographies animalières…), aux formes et dispositifs qui suscitent l’imaginaire et stimulent l’écoute des spectateurs… mais aussi aux créations dont une nouvelle pièce de sa composition, pour quatuor à cordes, inspirée des constellations et créée par le Quatuor Kandinsky. Ce sont plusieurs expériences diverses et multiples où la place du public, sa relation vivante avec les artistes sont particulièrement favorisées ; autant d’escales vivantes et souvent surprenantes qui savent s’inscrire dans le territoire choisi : la Seine-et-Marne. Festival itinérant et polymorphe, Inventio met en scène églises, châteaux, friches industrielles ou sites insolites… promesses de nouvelles explorations à vivre et à partager

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CLASSIQUENEWS : Pourquoi mettre les animaux à l’honneur cette année ? Quelles facettes la musique révèle-t-elle à travers votre programmation ?

LÉO MARILLIER : Les thèmes des éditions précédentes exploraient principalement des expériences individuelles — le voyage, les sens, le geste… Cette année, le choix de l’animal s’est imposé comme une évidence, car il ouvre une perspective plus hybride : à la fois intime et intérieure, mais aussi étrangère, ludique et profondément dépaysante.
L’animal partage avec l’homme une histoire ancienne et étroitement liée. La musique en porte la trace : elle imite les chants, les cris, les rythmes du vivant, qu’il s’agisse d’oiseaux, d’insectes ou de créatures plus imposantes. Les instruments eux-mêmes prolongent ce lien — faits de cornes, de bois, de peaux — comme une forme de mémoire vivante du monde animal.
Mais la musique va plus loin encore. Elle ne se contente pas d’imiter : elle transforme, elle incarne. Elle donne vie à des figures animales réelles ou imaginaires — du tigre au crocodile, du phénix mythique à la licorne rêvée — en les faisant exister par le son.
Ce qui me fascine particulièrement, c’est la manière dont les compositeurs traduisent le rythme de vie propre à chaque animal. Il ne s’agit pas simplement de reproduire un bruit ou une démarche, mais de saisir une manière d’habiter le monde. L’éléphant devient présence majestueuse ; le tigre tension et noblesse ; le moustique menace fugace… et même la paresse trouve son expression musicale.
Ces figures ne nous sont pas étrangères : elles entrent en résonance avec notre propre humanité. Elles nous tendent un miroir. Car en observant l’animal, c’est aussi notre regard que nous découvrons — et, à travers lui, une manière d’apprendre, de sentir, de comprendre le monde autrement. Le festival s’ouvrira par la projection de La Petite Renarde rusée de Janáček, dans la splendide version dirigée par Seiji Ozawa, chef-d’œuvre profondément sensible, qui explore avec finesse le lien d’empathie entre l’humain et le monde animal.

 

CLASSIQUENEWS : Quels en sont les temps forts ? Proposez-vous des programmes inédits, des créations ?
LÉO MARILLIER : Cette édition fera la part belle à l’inédit — presque chaque programme a été pensé comme une expérience singulière.
La présence de quatre photographes animaliers, dont les œuvres seront projetées lors de concerts immersifs, ouvre des perspectives nouvelles : leurs univers visuels dialoguent directement avec les programmes musicaux et en orientent l’imaginaire.
Ainsi, l’ensemble La Badaude nous entraîne dans les méandres poétiques et foisonnants de la Renaissance. On pourra également découvrir une version inédite du Chemin broussailleux de Janáček, transcrite par le trompettiste André Feydy pour quintette de cuivres ainsi qu’un délicat conte musical d’André Riotte, compositeur originaire de Provins. À cela, s’ajoute une création pour quatuor à cordes que j’ai composée, inspirée par les constellations, qui sera créé par le quatuor KANDINSKY.
Chaque programme est conçu comme une forme autonome, une véritable petite dramaturgie musicale : un point de départ, des développements, des contrastes, jusqu’à un dénouement souvent festif.
La présence des photographes permet aussi d’irriguer certains concerts de manière plus profonde encore. Par exemple, le concert du 11 septembre avec Anton Gerzenberg s’inspire entièrement de l’univers onirique, presque rupestre, de Nadine Villiers. Il réunira des œuvres aux atmosphères mythologiques, évanescentes et allégoriques de Schubert, Szymanowski et Alkan, en écho direct avec ses images.

 

CLASSIQUENEWS : Depuis les premières éditions du festival, comment a évolué votre conception du concert ? Vers quel format, quel dispositif vous orientez-vous à présent ?
LÉO MARILLIER : Au début du festival INVENTIO, j’étais encore très attaché à une forme de concert assez héritée : un cadre frontal, une certaine sacralisation de l’œuvre, et l’idée que la musique, à elle seule, suffisait à créer le lien. Avec le temps — et surtout au contact du public — cette conviction s’est fissurée.
Je me suis rendu compte que ce qui me touche profondément, ce n’est pas seulement la perfection d’une interprétation, mais la qualité de présence, l’intensité du moment partagé. Et ça, ça ne se décrète pas : ça se construit. Le concert n’est plus pour moi un objet figé, mais un espace vivant, fragile, où quelque chose peut réellement advenir entre les artistes et les
, auditeurs.
Aujourd’hui, je ressens presque une forme d’urgence à sortir des cadres trop rigides. J’ai envie de formats plus libres, plus poreux, où la musique dialogue avec la parole, avec l’espace, avec le silence aussi. J’ai envie qu’on puisse respirer autrement dans un concert, qu’on puisse s’y sentir accueilli, sans renoncer à l’exigence artistique.
Ce qui m’importe, c’est de créer des situations où l’écoute devient active, presque engagée, où le public n’est plus seulement témoin mais véritablement impliqué. Cela passe parfois par des dispositifs très simples — une proximité différente, une manière de s’adresser directement — mais qui changent radicalement la relation.
Je crois que je suis passé d’une forme de fidélité au modèle du concert à une fidélité beaucoup plus profonde : celle à l’expérience humaine qu’il peut générer. Et aujourd’hui, c’est clairement vers ça que je tends — des formes plus sincères, plus risquées aussi, mais surtout plus vivantes.
Au fil des années, ce dispositif s’est élargi : un plateau artistique plus important, davantage d’escales musicales. Et le festival a notamment développé des formats hybrides, intégrant des éléments visuels, des projections et des dispositifs narratifs, des ateliers, des balades afin d’enrichir l’écoute et de renforcer le lien entre musique et environnement. À partir de 2020, une déclinaison numérique, l’E-Festival, a également été mise en place, permettant la diffusion de concerts en ligne et l’extension du public au-delà des lieux physiques de représentation.
L’ensemble dessine un modèle de festival où le concert s’inscrit dans une expérience globale, à la croisée de la musique, des arts visuels et de la médiation culturelle. Ainsi, la conception du concert au sein d’INVENTIO s’est progressivement déplacée d’un format assez classique de musique de chambre vers une approche plus contextuelle, immersive et décloisonnée, intégrée à un projet culturel territorial plus large.

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit cette nouvelle édition par rapport aux précédentes ? Y a-t-il des nouveautés ?
LÉO MARILLIER : Cette nouvelle édition s’inscrit à la fois dans une forme de continuité et de renouvellement. Fidèle à l’esprit du festival, elle poursuit cette exploration de thématiques fortes, tout en ouvrant de nouveaux espaces artistiques.
Parmi les nouveautés, on peut notamment souligner la présence, pour la première fois, d’un récital chant et piano. Conçu comme une petite fresque à la fois sage et burlesque, il s’articule autour de l’idée de la fable animale. Porté par Clara Barbier Serrano et Joanna Kacperek, ce programme propose un regard à la fois poétique et malicieux sur le monde du vivant.
Mais la nouveauté s’inscrit aussi dans la fidélité : certains ensembles reviennent, enrichissant le festival de leur histoire. L’ensemble de cuivres Solstice, dirigé par André Feydy, est ainsi de retour, accompagné de Léon Bonnaffé en récitant. Ils proposeront une création singulière mêlant textes poétiques et musique, autour des thèmes de l’errance et de la rêverie.
Le Quatuor Kandinsky, fidèle au festival, revient pour la troisième année consécutive avec un programme rendant hommage à ce peintre majeur, dont l’œuvre a su conjuguer folklore, modernité et émerveillement.
Enfin, cette édition sera également l’occasion pour moi de proposer une création personnelle : une pièce conçue en écho à l’exposition de l’univers photographique singulier d’Edith Landau, prolongeant ainsi le dialogue entre les arts visuels et la musique, qui constitue l’un des fils conducteurs du festival. Installation audiovisuelle en prélude du récital d’accordéon avec Quentin Rey dont le programme fait écho aux fantômes et mystères de la forêt.

 

CLASSIQUENEWS : Comment défendre l’idée d’un Festival ancré sur son territoire ? De quelle façon, INVENTIO s’est-il implanté et développé en Seine-et-Marne ?
LÉO MARILLIER : « Défendre l’idée d’un festival » : l’expression résonne avec force pour quiconque a déjà tenté de faire émerger un projet culturel à partir de rien. Dès la première édition, il est apparu évident que la volonté de valoriser un territoire peu visible, et d’y attirer un public pour des propositions culturelles singulières, exigeait une détermination constante, portée par une énergie collective et soutenue par les acteurs et partenaires locaux.
La définition communément admise du mot « festival » — ensemble de manifestations musicales périodiques liées à un lieu, un genre ou une époque — ne suffit pas à rendre compte de l’identité d’INVENTIO. Car le festival s’en écarte volontairement. Son caractère itinérant en constitue la singularité : il permet de renouveler la curiosité envers des lieux souvent méconnus, ruraux ou patrimoniaux, tout en impliquant un travail d’appropriation culturelle de sites qui ne sont pas, à l’origine, destinés à accueillir de tels événements.
Implanté dans le sud-est de la Seine-et-Marne, à environ 80 kilomètres de Paris, INVENTIO déploie une organisation diffuse, renouvelée chaque année par de nouvelles escales choisies. Sa programmation s’étale sur plusieurs week-ends, de mai à septembre, afin de s’adapter aux rythmes d’un public mixte, composé de résidents locaux, souvent en contexte rurbain, et de visiteurs franciliens disponibles pour des sorties de fin de semaine. Ce choix rompt avec le modèle traditionnel du festival concentré sur quelques jours, au profit d’un format étendu dans le temps et l’espace, pensé pour aller à la rencontre du public plutôt que de l’attendre.

Le festival s’inscrit ainsi dans un territoire où le calme n’exclut pas la richesse : églises, châteaux, friches industrielles ou sites insolites deviennent autant de scènes éphémères, révélées au public dans leur singularité. Depuis plus de dix ans, INVENTIO explore ces lieux, les investit et les transforme en espaces de création et de découverte.
Cet ancrage territorial repose également sur des choix artistiques affirmés. Chaque édition est structurée autour d’une ligne thématique forte, qui oriente la programmation selon un spectre large : du répertoire baroque à la création contemporaine. Le festival privilégie des formats hybrides, ouverts à d’autres disciplines artistiques, et des expériences accessibles et participatives, tout en réunissant un plateau d’une quarantaine de musiciens autour d’un fil rouge commun.
Enfin, cette dynamique repose sur un engagement collectif durable : habitants et bénévoles s’impliquent chaque année dans l’organisation et la mise en œuvre du festival, contribuant à faire vivre ce projet sur le territoire. Une implication qui trouve son écho dans l’adhésion fidèle du public, au rendez-vous depuis plus de dix ans, heureux de partager une aventure culturelle au plus près de chez lui.

Propos recueillis en avril 2026 – Photos : portraits de Léo Marillier DR

 

 

présentation

LIRE aussi notre présentation du 11ème FESTIVAL INVENTIO, du 3 avril au 18 oct 2026, en Seine-et-Marne (77) : https://www.classiquenews.com/77-11eme-festival-inventio-anim-music-al-les-3-avril-29-et-30-mai-puis-6-14-27-juin-11-sept-et-18-oct-2026-seine-et-marne/

(77) 11ème FESTIVAL INVENTIO : « AnimMUSICal », les 3 avril, 29 et 30 mai, puis 6, 14, 27 juin, 11 sept et 18 oct 2026 (Seine-et-Marne)
Edition n°11 : Concerts immersifs en Seine-et-Marne
La Faune et Flore à la source de l’écriture musicale… Toujours aussi inventif qu’au premier jour, le 11ème Festival INVENTIO stimule l’imaginaire et convoque la découverte et le partage ; il propose au printemps, à l’été puis en septembre un parcours d’une dizaine d’escales dans la Seine-et-marne secrète, à la découverte des richesses culturelles et naturelles, soit un nouveau cycle d’expériences « multisensorielles », tout entier dévoué aux confidences formulées par la nature et le vivant à l’oreille des compositeurs.

 

(77) 11ème FESTIVAL INVENTIO : « Anim music al », les 3 avril, 29 et 30 mai, puis 6, 14, 27 juin, 11 sept et 18 oct 2026 (Seine-et-Marne)

 

 

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