vendredi 2 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. MASSY, Opéra, le 14 déc 2025. MOZART : Don Giovanni. Marianne Croux, Margaux Poguet, Nathanaël Tavernier… Le Concert de la Loge, Julien Chauvin (direction)

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L’Opéra de Massy nous régale à nouveau en proposant une production complète et plutôt originale de Don Giovanni de Mozart. Exit les costumes XVIIIème, les machineries, les décors de l’époque de Mozart. La mise en scène de Jean-Yves Ruf, imagine sur une passerelle le déplacement des héros, la brutalité des confrontations ; elle accorde surtout une place centrale à l’orchestre, désormais acteur majeur du drame, installé sur la scène. Entre les pupitres évoluent les chanteurs et le choeur réduit à l’essentiel (un quatuor vocal).

 

Tout s’enchaîne très vite, l’ouverture se déclenche sans crier garde, surprenant même le public, l’immergeant sans préparation dans la forge orchestrale : et quel orchestre ! Le Concert de la Loge ne manque ni de fureur émotionnelle ni de nervosité sensitive et la direction du violoniste et chef Julien Chauvin se délecte à défendre l’idée d’un Mozart combattif, incisif, abrupt même, des plus sanguins.

C’est moins la subtilité du manipulateur que la sauvagerie du prédateur qui est ici mise en avant ; le trait semble parfois grossier car on a connu un Don Giovanni plus complexe, plus raffiné, ce qui n’ôte rien à l’implication constante dans ce sens du baryton Timothée Varon dans le rôle-titre. Parmi les profils exposés, se distinguent les femmes, Marianne Croux, Donna Anna percutante et de plus en plus embrasée / révoltée au contact du séducteur (qui s’avère être en réalité, l’assassin de son père) ; surtout, la Zerlina de Michèle Bréant, fine et suave ; palmes pour l’Elvira de Margaux Poguet, palpitante et ardente, la plus bouleversante, qui tout en dénonçant le perfide, le traître, l’aime toujours et tombe dans le piège de l’espoir et de l’illusion amoureuse.

Parmi les hommes, le Leporello d’Adrien Fournaison exprime l’aplomb du serviteur qui apprend de son maître, déjà près à prendre sa place, d’autant plus après leur permutation, quand il croise leur identité ; chant aisé, puissant, naturel pour le Masetto de Mathieu Gourlet ; superbe stature pour le Commandeur de Nathanaël Tavernier : sa figuration glaçante au II, quand Don Giovanni doit répondre de sa vie indécente, est parfaitement sépulcrale et marmoréenne. On retrouve le métier solide, direct, de son non moins somptueux Sarastro dans La flûte enchantée applaudi à l’Opéra de Rennes en clôture de la saison dernière (1).

 

Un Mozart orchestral,
ténébreux et sauvage

 

Photo : DR

 

Austère ou sans poésie baroque, certains resteront réservés ; à l’inverse, concentrée sur l’essentiel, d’une épure visuelle qui questionne le sens de chaque situation sans décors, avec éclairages et dispositif scénique réduits eux aussi à l’essentiel, le drame mozartien ressort dans toute sa modernité, renvoyant l’itinéraire du dévoyé perverti à une vie honteuse, d’une violence inacceptable aujourd’hui, envers les femmes. Une indécence d’autant plus ignoble que son « frère » en action, Leperello se vante de la même façon et se voit déjà à sa place comme on a dit.

Dans cette vision brûlante, acide voire animale, les ensembles sont particulièrement bien caractérisés dont celui du I, quand les masques (Anna, Elvira, Ottavio) s’invitent à la fête du Séducteur. La production confirme un parti déjà défendu par Le Concert de la Loge dans d’autres productions : placer l’orchestre au centre de la représentation. Pari gagnant car outre la splendeur des arias conçues par Mozart, outre l’enchaînement des scènes dont le rythme reste fulgurant, l’orchestre de Wolfgang sur instruments « d’époque » gagne un équilibre renouvelé, une articulation aux timbres plus acérés, … les instruments revitalisent l’urgence du drame ; ils étonnent, saisissent, du début à la fin, soulignant l’animalité féline qui anime Don Giovanni, comme ils éclairent la réprobation de plus en plus unanime qui affecte chaque caractère, à son contact. Puissant et direct, le spectacle souligne à qui en doutait encore, l’étonnante modernité du drame mozartien.

 

 

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Dernière représentation à Massy, demain, mardi 16 décembre 2025, 20h : incontournable. LIRE aussi notre présentation de Don Giovanni par Le Concert de la Loge / Julien Chauvin : https://www.classiquenews.com/opera-de-massy-mozart-don-giovanni-les-13-14-16-dec-timothee-varon-adrien-fournaison-margaux-poguet-le-concert-de-la-loge-julien-chauvin-jean-yves-ruf/

 

 

 

distribution du 14 déc 2025 :

Don Giovanni : Timothée Varon
 / Donna Elvira : Margaux Poguet / 
Donna Anna : Marianne Croux 
/ Don Ottavio : Abel Zamora / 
Le Commandeur : Nathanaël Tavernier / 
Leporello : Adrien Fournaison
 / Masetto : Mathieu Gourlet 
/ Zerlina : Michèle Bréant. 
Choeur : Inès Lorans, Alexia Macbeth, Corentin Backès, Samuel Guibal

 / Le Concert de la Loge.
Direction musicale : Julien Chauvin / 
Mise en scène : Jean-Yves Ruf
 / Scénographie : Laure Pichat
 / Collaboration artistique : Julien Girardet / 
Lumières : Victor Egéa / 
Costumes : Claudia Jenatsch.

 

(1) La Flûte enchantée à l’Opéra de Rennes, mai 2025 : https://www.classiquenews.com/critique-opera-rennes-le-9-mai-2025-mozart-la-flute-enchantee-elsa-benoit-nathanael-tavernier-damien-pass-lila-dufy-nicolas-ellis-direction-mathieu-bauer-mise-en-scene/

 

FÉERIE FORAINE… C’est la nouvelle production lyrique événement de cette fin de saison 2024 – 2025 en Bretagne et dans les Pays de la Loire : d’abord créée à Rennes (jusqu’au 15 mai) puis reprise à Nantes et à Angers (à partir du 24 mai), La Flûte enchantée de Mathieu Bauer s’affiche lumineuse et facétieuse, d’autant plus convaincante que la distribution vocale sait réjouir voire captiver et que la mise en scène sert un propos cohérent et juste, à mille mieux des décalages et réécritures habituels.

 

CRITIQUE, opéra. OPÉRA DE RENNES, le 9 mai 2025. MOZART : La Flûte enchantée (nouvelle production). Elsa Benoit, Nathanaël Tavernier, Damien Pass, Lila Dufy… Nicolas Ellis (direction), Mathieu Bauer (mise en scène)

 

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