mercredi 17 avril 2024

CRITIQUE, LIVRE événement. Jules Massenet par Jean-Christophe Branger (Fayard)

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L’auteur dans sa remarquable introduction, synthétise la fortune critique de Jules Massenet (1842-1912), et par cette clarification, évacue (enfin) le malentendu que se sont ingénié à développer ses détracteurs dont surtout le nauséeux Lucien Rebatet, et ses idées extrémistes, particulièrement dépréciatif à l’endroit de Massenet (en cela étonnamment relayé par Fauré dont les propos réducteurs sur Massenet sont aussi la révélation du texte). La vulgarité commerciale de Massenet, sa sensiblerie, son art efféminé (avec tout le mépris pour la gent féminine à la clé) sont les défauts principaux d’un auteur définitivement « méprisable ».

 

Heureusement avec le recul de l’histoire et l’avènement de musicologues et de compositeurs comme des analystes plus récents, le jugement sur Massenet s’adoucit… A l’instar d’Olivier Messiaen qui en 1952 souligne avec raison au moins deux qualités fondamentales et indiscutables du génie de Massenet : sa sincérité, son efficacité dramatique.
Ceci étant posé, il était temps de défendre et ainsi formuler, une plus juste évaluation des œuvres de Massenet. L’intérêt de la biographie éditée par Fayard est aussi la présentation exhaustive et très complète de chaque ouvrage lyrique, Massenet étant le plus grand compositeurs d’opéras de la Belle Époque : le maître de Debussy influence jusqu’à Poulenc, Puccini et… Messiaen (3 petites liturgies de la présence divine, 1943).
Celui qui remporte le Prix de Rome en 1863, marque l’histoire de cette compétition aussi incontournable que discutable dans son fonctionnement… Massenet, professeur au Conservatoire, lui-même disciple admiratif de son mentor, Ambroise Thomas, transmet l’art dramatique et lyrique à nombre de jeunes compositeurs qui dans leur majorité décrocheront le fameux 1er Prix.

Les plus de 20 titres (oui il n’y a pas que Manon, Werther ou Don Quichotte…) dont la discographie ne s’est jamais aussi bien portée, depuis les Rolf Liebermann, Michel Plasson ou Richard Bonynge au début des années 1970, sont présentés avec moult détails et précisions sur leur genèse. Voilà qui atteste d’un véritable Massenet revival, d’autant plus inscrit dans l’espace hexagonal que Jean-Louis Pichon, inaugure depuis 1988 (avec Amadis), la fameuse Biennale Massenet, événement célébrant dans sa ville natale, le tempérament lyrique du compositeur.

D’une façon générale, comme c’est le cas des opéras de Puccini, Massenet interroge l’idéal féminin. Ses œuvres nuancent considérablement la conception des personnages féminins à l’opéra, depuis la typologie des héroïnes sacrificielles du premier romantisme, avec Norma, Lucia, Elvira… sans omettre Leonora et Violetta (la Traviata).
Sous le masque d’un auteur facile et superficiel, Massenet questionne aussi la place de l’église dans la société, simultanément aux évolutions politiques et sociétales qui aboutissent à la séparation de l’Église et de l’État en 1904.

 

Au-delà des visions fantasmatiques propres à son époque (quand même très misogyne), chaque opéra met en scène le portrait d’une héroïne en conflit avec les croyances et les pratiques de leur temps (que résument plus directement les relations de l’héroïne ainsi portraiturée et des hommes). Chaque ouvrage questionne le désir et l’identité féminins, au point même de tracer en une trajectoire passionnante, l’émancipation des femmes sur près de 40 ans d’histoire française, de la IIè République à l’aube de la première guerre mondiale, de 1870 à 1910… quel chemin parcouru depuis Esclarmonde et Manon à Thérèse, La Navarraise et … Fausta, la vestale coupable de l’un des ultimes opéras de Massenet : Roma ! Sans omettre Ariane, Hérodiade, Thaïs, Sapho, Grisélidis, Cendrillon, Cléopâtre… Texte incontournable.

 

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CRITIQUE LIVRE, événement. Jean-Christophe Branger : Jules Massenet. 1080 pages – EAN 9782213704852 – Parution annoncée le 28 février 2024.  Plus d’infos sur le site de l’éditeur Fayard : https://www.fayard.fr/livre/jules-massenet-9782213704852/

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