Samedi 13 juillet, le cadre somptueux du Théâtre Antique de Vaison-la-Romaine a été le théâtre d’une expérience de danse aussi rare qu’intense. Pour la 111e fois, la compagnie allemande Tanzmainz présentait « Soul Chain« , une pièce multi-primée de la chorégraphe israélienne Sharon Eyal. Et dès les premières secondes, le public a été saisi, sans répit, par une vague d’énergie brute.
Les dix-sept danseurs réunis à Vaison, vêtus de simples justaucorps et bas couleur chair, envahissent l’espace du plateau non pas en un groupe désordonné, mais en un essaim hypnotique et millimétré. Campés en permanence sur les demi-pointes, ils délivrent une performance d’une exigence physique confondante. Ce n’est pas de la danse classique, mais un langage corporel nouveau, où l’on retrouve l’énergie de l’électro et la rigueur du ballet. Sharon Eyal nous parle d’amour et de désir. Mais ici, point de romantisme. Ce que l’on voit, c’est l’amour débarrassé de ses oripeaux, revenu à l’état animal, pur et viscéral. La chorégraphe l’avait annoncé : on y voit la douleur, la sueur, la façon dont l’être intérieur se fraye un chemin vers l’extérieur. Les corps, en proie à des secousses charnelles, des spasmes et des gestes saccadés, deviennent le réceptacle d’émotions qu’il est parfois impossible de lire dans les regards.
La performance est soutenue par la musique envoûtante et lancinante d’Ori Lichtik, un son techno qui, par sa répétitivité, nous plonge dans une transe collective. Cette bande-son, créée en parallèle de la chorégraphie, semble être le moteur implacable de cette mécanique humaine. L’une des plus grandes forces du spectacle réside dans sa capacité à jouer sur le fil entre l’individu et le groupe. L’ensemble est d’une unité et d’une discipline impressionnantes, un véritable bloc de survie se déplaçant à l’unisson. Mais de cette masse émerge soudainement un soliste qui s’affranchit du groupe, dans une tentative de libération qui peut sembler presque désespérée, comme un cri silencieux. Une figure centrale qui, pendant de longues minutes, répète le même mouvement de tête de manière hypnotique, jusqu’à l’épuisement, cristallisant l’attention du public sur les limites du corps et de l’esprit.
Loin d’être un simple exercice de style, « Soul Chain » est un spectacle fascinant. Il force le spectateur à s’interroger sur ce qui fait notre humanité dans un monde qui semble parfois se déshumaniser. Chacun y projette ses propres images : une secte, une armée, une colonie d’insectes, ou une vision futuriste de nos sociétés. C’est précisément cette richesse d’interprétation qui rend l’œuvre si puissante.
À l’issue de cette heure intense, les artistes, visiblement épuisés mais habités par la ferveur du public, ont reçu une longue ovation méritée. Avec « Soul Chain« , Sharon Eyal et le Tanzmainz ont offert un moment de grâce intense, une expérience sensorielle inoubliable qui restera comme l’un des temps forts du festival « Vaison Danse« . Une véritable « chaîne des âmes » s’est créée ce soir-là entre les artistes et les spectateurs, les liant par une transe et une énergie folle.
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CRITIQUE, festival. VAISON-LA-ROMAINE, 28ème Festival « Vaison Danses » (Théâtre Antique), le 13 juillet 2024. « Soul Chain » par Sharon Eyal et la Compagnie TanzMainz. Crédit photographique (c) Andreas Hetter





