vendredi 23 octobre 2026

CRITIQUE, festival. SAINTES, 54ème Festival de Saintes (Abbaye aux Dames), le 17 juillet 2025. BEETHOVEN : Symphonies N°4 et N°7. Orchestre des Champs Elysées, Philippe Herreweghe (direction)

A lire aussi
Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
image_pdfTélécharger (.pdf)

Trente ans après la fondation de l’Orchestre des Champs-Élysées (OCE), Philippe Herreweghe, grand architecte du renouveau beethovénien sur instruments d’époque, fait son retour au Festival de Saintes (qu’il dirigea de 1982 à 2002). Dans l’abbatiale romane à l’acoustique cristalline, ce concert s’annonçait comme un pèlerinage artistique. À 78 ans, Herreweghe incarne plus que jamais la synthèse parfaite entre rigueur historique et inspiration vivante.

 

Dès les premières mesures de la Symphonie n°4 en si bémol majeur, l’OCE déploie une transparence texturale qui révèle chaque détail de la partition. L’Adagio introductif : un mystère tendu, aux silences éloquents, où les cordes graves dessinent des ombres mouvantes. L’Allegro vivace offre une danse aérienne, portée par les violons aux archets légers et les pizzicati espiègles des contrebasses. Le dialogue entre le basson solo et l’orchestre dans le finale fut un moment de grâce, espièglerie haydnienne élevée au rang d’art. Herreweghe privilégie des tempi alertes mais jamais précipités, soulignant la continuité avec l’héritage de Mozarr tout en annonçant l’audace romantique.

Si la Quatrième charmait par sa finesse, la Septième Symphonie en la majeur a embrasé la nef de l’Abbaye par sa force tellurique. Le Vivace initial : un tourbillon où les motifs rythmiques (pulsation des cordes graves, roulements de timbales) créent une énergie vitale irrésistible. L’Allegretto est ici traité comme une procession méditative, les altos y déploient un chant d’une douleur noble, magnifié par la réverbération des pierres millénaires. Le Finale est vécu comme un délire dionysiaque où les cuivres naturels (cors et trompettes d’époque) ont jailli comme des éclairs.

L’Orchestre des Champs-Elysées, formé de spécialistes du répertoire historiquement informé, a brillé ce soir, sous la férule de son fondateur, tant par l’équilibre des pupitres (bois dialoguant avec des cordes charnues mais sans lourdeur), par sa cohésion rythmique (chaque accent, chaque syncope ciselée avec une précision d’horloger), que par ses nuances dynamiques (des pianissimi enveloppants aux fortissimi éclatants, maîtrisant l’acoustique généreuse de l’abbatiale sans jamais saturer l’espace).

Philippe Herreweghe a dirigé sans partition, d’un geste dépouillé mais hyper-expressif, sa direction alliant clarté structurelle : chaque reprise, chaque transition justifiée par une respiration naturelle ; une émotion contenue : refusant le pathos facile, il a privilégié une intériorité lumineuse, notamment dans l’Adagio de la Quatrième ; et sens du récit : les deux Symphonies ont formé un arc dramatique cohérent, de la légèreté classique à la fureur rythmique.

Une ovation debout a bien naturellement conclue la soirée !…

 

 

_____________________________________
CRITIQUE, festival. SAINTES, 54ème Festival de Saintes (Abbaye aux Dames), le 17 juillet 2025. BEETHOVEN : Symphonies N°4 et N°7. Orchestre des Champs Elysées, Philippe Herreweghe (direction). Crédit photo © Esteban Martin

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CONCOURS DE CHANT Georges Enesco 2026 : une édition hommage à Alina Pavlache (et le Palmarès 2026)

La scène lyrique parisienne a vibré, du 12 au 15 octobre 2026, au rythme de la 13e édition des...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img