Hier soir 7 juin, dans la splendeur séculaire de la Chiesa di Sant’Agostino, le 43ème Festival Monteverdi a posé ses bagages – et a immédiatement pris son envol vers les cieux. Et quel envol ! Une soirée d’ouverture qui restera gravée dans les mémoires comme l’une des plus vibrantes, des plus spirituelles et des plus charnelles que cette vénérable manifestation (quadragénaire) ait connues !
Depuis maintenant 43 ans, Crémone – cité trois fois sacrée par la grâce de Claudio Monteverdi, le génie d’Antonio Stradivari et le lyrisme d’Amilchare Ponchielli – célèbre son enfant le plus céleste : Claudio Monteverdi, « Il Divino Claudio », qui a inventé l’opéra et porté la musique sacrée à son paroxysme expressif. Ce festival est un pèlerinage annuel pour tous les amoureux de la basse continue, des madrigaux et de la polyphonie éblouissante. Chaque édition propose une plongée immersive dans l’œuvre du maître, mêlant interprétations historiquement informées et audaces contemporaines. Mais cette 43e édition, annoncée comme un millésime d’exception, vient de placer la barre à une hauteur vertigineuse avec cette interprétation de légende de l’un des chefs-d’oeuvres absolus du Maître de Crémone.
Sous la direction fiévreuse et quasi-transcendante de Leonardo García-Alarcón, le chef argentin a transformé la célèbre Vespro della Beata Vergine en un véritable torrent de joie et de spiritualité ardente. À la tête de ses deux ensembles – la Cappella Mediterranea et le somptueux Chœur de Chambre de Namur –, il a offert ce que le programme de salle promettait : « une fraîcheur et une vitalité sans pareilles, rendant à la partition une variété inouïe d’affects ». Et quel spectacle a offert le maestro ! Les yeux constamment tournés vers les voûtes de l’édifice religieux, et les bras souvent jetés vers le cieux, Leonardo García-Alarcón semblait dialoguer directement avec les anges qu’il faisait descendre parmi nous. Battant la mesure avec une énergie presque dansée, il a insufflé à l’œuvre un rythme irrésistible, entre prière méditative et transe sud-américaine. Le mariage entre la tradition sacrée italienne et « l’énergie latine irrépressible » a ainsi opéré un miracle d’équilibre.
Mais la soirée a atteint son zénith grâce à un plateau de solistes exceptionnels, tous longs compagnons de route d’Alarcón, et visiblement habités par la même flamme. Les sopranos Marianna Flores et Miriam Allan ont brillé dans leur duo du « Pulchra es », qui fut un pur moment de velours et de feu : deux voix d’or qui s’enlacent, se répondent, se défient avec une pureté de cristal. De son coté, le contre-ténor italien Leandro Marziotte possède une voix angélique et une couleur unique, qui mélangée dans le fameux « Duo Seraphim » à celles des deux ténors de la soirée – Mathias Vidal et Nicholas Scott – a été un moment en tout point miraculeux. Les trois chanteurs étaient disséminés dans trois points différents de l’église pour ce morceau céleste, l’effet de spatialisation ayant alors littéralement dissous les murs de pierre, et l’on ne savait plus d’où venait la grâce. Le public, suspendu, retenait son souffle devant ce jeu de chœurs purement célestes ! Quant aux basses Andreas Wolff et Salvo Vitale, autre colonne vertébrale de l’ouvrage montéverdien, ils ont fait preuve d’une puissance et d’une justesse d’intention rares.
Après le Magnificat final, alors que l’on croyait le concert achevé, le public – venu en masse pour cette soirée inaugurale – a obtenu un bis aussi ardemment désiré qu’inespéré. García-Alarcón, très ému, s’est adressé au public dans un italien parfait pour dire « le bonheur infini de jouer cette musique dans la ville natale de Monteverdi ». Puis, avec un sourire complice, il a repris, en bis, le fulgurant « Gloria al Padre » conclusif du Magnificat. Un dernier jet de lumière, une dernière élévation vers les cieux – et les fresques des interminables voûtes de Sant’Agostino !…
Comment la qualifier autrement ? Cette soirée fut un ENCHANTEMENT ! La 43e édition du Festival Monteverdi ne pouvait pas rêver plus belle rampe de lancement et Leonardo García-Alarcón et ses merveilleux musiciens ont prouvé qu’en 2026, Monteverdi est plus vivant que jamais, plus fougueux, plus brûlant d’amour divin et humain.
Vive Monteverdi – et Vive Crémone !
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CRITIQUE, festival. CREMONA, Concert d’ouverture du 43ème Festival MONTEVERDI (Chiesa di Sant’Agostino), le 7 juin 2026. MONTEVERDI : « Vespro della Beata Vergine ». Choeur de Chambre de Namur, Cappella Mediterranea, Leonardo GARCIA-ALARCON (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu







