Dans le cadre du 78e FESTIVAL D’AVIGNON, à l’Opéra Grand Avignon, la nouvelle pièce de Noé Soulier – « Close Up » – a enthousiasmé les festivaliers. Une première programmation au Festival pour ce jeune chorégraphe qui, depuis 2020, insuffle au Centre national de danse contemporaine d’Angers une énergie aussi exigeante que lumineuse.
L’intitulé du spectacle est un indice, une promesse que Noé Soulier tient avec une vraie élégance. Et pour cause : Close Up, c’est le gros plan, ce cadrage serré qui capture l’invisible, qui isole un détail pour mieux révéler l’essence d’un corps. Sur la scène de l’Opéra Grand Avignon, six interprètes d’une maîtrise sidérante – Julie Charbonnier, Nangaline Gomis, Yumiko Funaya, Samuel Planas, Mélisande Tonolo et Gal Zusmanovich – déploient ce langage singulier qui fait la signature du chorégraphe. Frapper, attraper, éviter, lancer : des actions simples, quotidiennes, détournées de leur fonction première pour devenir une grammaire chorégraphique d’une richesse infinie. On est saisi par cette énergie brute, presque martiale, où la moindre extension de bras ou torsion de buste raconte un combat intime, un flux d’émotions contenues.
Mais le génie de Noé Soulier est de ne jamais s’arrêter là. À la puissance physique des danseurs répond la splendeur abstraite de la musique de Jean-Sébastien Bach, interprétée en live par l’ensemble baroque Il Convito dirigé par Maude Gratton. Les contrepoints de L’Art de la fugue se font l’écho de cette danse sans récit, une construction intellectuelle mais viscéralement expressive. Ce n’est pas une illustration, c’est un dialogue entre deux formes d’art qui se cherchent, se répondent, s’épousent.
Et puis, il y a ce moment, ce basculement. Ce que l’on pressentait dans la gestuelle des danseurs, cette attention portée au détail, devient une évidence quand la vidéo entre en jeu. Une caméra, fixe, centrée, capte les danseurs en plan rapproché. Sur un grand écran, leurs mouvements sont démultipliés, fragmentés, sublimés. Fini le regard libre du spectateur, c’est le danseur qui désormais guide notre œil, nous offrant une intimité rare, une plongée dans les méandres de sa chair en mouvement. Le plateau devient studio, et le corps, architecture. Ce dispositif, à la fois simple et diablement efficace, renverse la perspective : on ne voit plus la danse, on la vit de l’intérieur.
Close Up est une œuvre d’une cohérence absolue, un hit de ce 78e Festival d’Avignon. Noé Soulier nous offre un spectacle qui interroge notre perception, qui joue avec les échelles et les émotions, pour toucher du doigt ce que l’expérience intime a de plus complexe et de plus vivant. Une heure quinze de pure grâce, une beauté qui saisit le cœur et l’esprit.
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CRITIQUE, festival. 78e FESTIVAL D’AVIGNON, Opéra Grand-Avignon, le 14 juillet 2024. « Close-Up » de Noé SOULIER. Crédit photographique (c) Droits réservés







