Les projecteurs sont braqués sur cette édition anniversaire du premier festival de musique classique en Suisse ; Daniel Hope, nouvel intendant, allait-il être à la hauteur des attentes… allait-il être fidèle à l’esprit du fondateur – Yehudi Menuhin – pour cette 70ème édition ? Mieux, allait-il prolonger tout en la renouvelant, la cohérence d’une programmation à nulle autre pareille (dans sa diversité et ses engagements) ?…
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Photos : Raphael Faux / MENUHIN FESTIVAL GSTAAD 2026
Avouons d’emblée que les défis (multiples) ont été relevés avec une énergie et une élégance indiscutables ; le nouvel intendant paraissant sur tous les fronts, présentant les concerts (et aussi participant au premier sommet « Art et économie »), portant lui-même comme pédagogue, l’Académie des cordes ; remettant sur scène les distinctions couronnant les meilleurs jeunes chefs.fes participant à la Conducting Academy (où participait aux côtés de Jaap Von Zweeden, le chef britannique Alexander Shelley)… LIRE notre dépêche : Tess Jackson et Leonhardt Kreutzmann, co-lauréats du Menuhin Conducting Prize 2026 : https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-menuhin-conducting-prize-2026-tess-jackson-et-leonhard-kreutzmann-co-laureats/.
Daniel Hope joue Elgar :
filiations et esprit de famille
En plus des valeurs défendues et incarnées dès l’origine par Yehudi Menuhin, Daniel Hope souligne avec raison tout ce qui compose cette esprit de famille mis à l’honneur par le thème fédérateur de cette édition (« Family matters »). Dans les faits jouer ce soir en première partie, le Concerto pour violon d’Elgar (1910) n’est pas anodin : Daniel Hope l’ayant travaillé sous les conseils de Menuhin lui-même, lequel l’avait joué en complicité avec le compositeur quand il avait 16 ans… Le jeune Menuhin l’enregistra aussi pour la première fois sous la conduite de l’auteur. La partition concentre ainsi une communauté artistique et rappelle cette filiation toujours active qui produit la richesse des propositions. Ce soir, le chef hyper élégant dans sa gestuelle (main gauche) comme dans ses choix expressifs, Alexander Shelley, exprime l’impérieux bouillonnement sonore d’une orchestration généreuse, l’écriture d’Elgar redoublant d’effets, de reprises, de variations dans ce concerto où le violon doit se confronter à une masse continument présente et mouvante (pas moins de 6 motifs mélodiques se succédant dans le premier mouvement Allegro), d’une activité et d’un format… symphoniques, – le Concerto ayant été conçu en 1910, entre 2 Symphonies. Daniel Hope défend la partie violonistique avec une ardeur inébranlable, droite, tendue, qui enfin – après l’évocation des 2è, 4è thèmes, s’épanche en un lyrisme contemplatif avec le 5è. Le chef permet au soliste d’émerger suffisamment dans cette tempête à la fois solennelle et spectaculaire, viscéralement orchestrale, grave et furieusement contrastée.
Daniel Hope nuance davantage sa partie dans le 2ème mouvement ; l’épisode plus introspectif, déploie un chant enveloppant, chambriste, comme une prière retenue, seule véritable échappée intime plus franche et conduite sur le fil du violon qui ne perd jamais sa souterraine tension. Puis c’est un jeu plus libre et d’un écoulement rhapsodique dont le format orchestral souligne et nourrit l’ampleur croissante dans un 3ème et dernier mouvement (Allegro molto) plus énergique encore que le premier Allegro. Le souffle grandiose prenant le pas sur l’intimisme et l’économie formelle. Chef et soliste trouvent le ton juste ; un format toujours corseté et magnifiquement déclamatoire; jouant sur les contrastes et dans cette séquence, les successions de modulations ; jamais réellement clair et franc, le chant du violon semble exprimer sans révéler ; se cantonner à une maîtrise continue, une pudeur de mise dont les racines ont à voir avec la vie personnelle du compositeur : Elgar pensant constamment sans en confesser son impuissante frustration, à l’être aimée (qui est aussi le sujet central de la 13ème des « Variations Enigma », la femme aimée secrètement, l’américaine Julia H. Worthington, qui mourra après la création du Concerto en 1913). La connaissance de cette indice autobiographique tend à amenuiser la couleur solennelle, un rien « pompier » de la partition. Le mérite de Daniel Hope est de défendre la partition à échelle humaine, à hauteur des sentiments, certes refoulés mais continument présents.
Alexandre Shelley :
puissance et élégance
En seconde partie (l’incandescente Symphonie n°5 de Beethoven), Alexander Shelley développe toutes les qualités détectées dans la première : geste ample, percutant, détaillé, ouvragé avec un feu communicatif et une souplesse so british ; sachant en particulier tout obtenir de l’Orchestre du Festival : le GFO Gstaad Festival Orchestra. D’un bout à l’autre des 4 mouvements de ce fabuleux galop orchestral, s’accomplit cette obstination furieuse et conquérante qui s’exprime par le rythme et la vitalité mordante des pupitres. Dès le premier Allegro, surgit détaillé et percutant, le relief individualisé du cor et du hautbois, l’énergie irrésistible des cordes ; l’Andante permet aux violoncelles de déployer de superbes phrasés et des respirations qui semblent chercher le sens profond de chaque mesure ; le chef y cultive ce lien organique d’une volupté inédite et dansante (emblèmes là encore de la grande élégance de sa direction). Le 3è mouvement immerge dans l’esprit de la fatalité la plus sombre, suggérant l’esprit du destin
auquel Beethoven apporte sa réponse définitive ; dans le dernier mouvement justement, que le chef aborde plus articulé que jamais, dans une exultation et un jaillissement primitif impérieux, en y apportant ce sentiment de pure joie qui prolonge la jubilation de son opéra Fidelio (final dont la composition est quasi simultanée), et qui fera les délices ultimes de la future 9è symphonie (et son ode triomphale).
En bis, Alexandre Schelley dirige une ouverture des Noces de Figaro dont l’effervescence bienvenue semblait prolonger l’exaltation beethovénienne, Daniel Hope ayant rejoint le pupitre des violons, dans cet esprit de communauté fraternelle si stimulante. Programme symphonique pleinement réussi, d’autant plus qu’il s’agissait du premier grand concert orchestral sous la Tente de Gstaad avec Daniel Hope, en soliste mais aussi dans l’orchestre.
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CRITIQUE, Festival. 70e MENUHIN FESTIVAL GSTAAD, sam 15 août 2026. Concerto pour violon d’Elgar (Daniel Hope, violon), Symphonie n°5 de Beethoven, GFO Gstaad Festival Orchestra, Alexander Shelley, direction – Photos © Raphael Faux / Menuhin Festival Gstaad 2026
prochains concerts symphoniques
Prochains grands concerts symphoniques sous la tente de GSTAAD, entre autres :
Royal Danish Orchestra / Nikolaj S-Znaider, violon / direction : Marie Jacquot (concerto pour violon de Brahms / Romeo et Juliette de Prokofiev, extraits, sam 22 août 2026, 19h30),
Royal Philharmonic Orchestra / Vasily Petrenko et Thomas Hampson, baryton (Lieder d’Alma Mahler, Rockert-lieder et Symphonie n°5 de Gustav Mahler, ven 28 août 2026, 19h30),
Roya Philharmonic Orchestra, Vasily Petrenko et Behzod Abduraimov, piano (Concerto pou piano n°1 et Symphonie n°5 de Tchaikovski, sam 29 août 2026, 19h30)… Plus d’infos sur le site du MENUHIN FESTIVAL GSTAAD 2026, jusqu’au 5 septembre 2026 : https://www.menuhin.ch/fr
présentation
LIRE aussi notre présentation du 70è MENUHIN FESTVAL GSTAAD (16.7 – 5.9.2026) :
et aussi notre dépêche 4 :
https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-2026-16-juil-5-sept-2026-temps-fort-4-lancement-de-la-70eme-edition-family-matters/
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