mardi 29 septembre 2026

CRITIQUE, festival. 69e GSTAAD Menuhin Festival & Academy (Eglise de Lauenen), le 4 août 2025. BEETHOVEN / PATKOP / ILLES. Patricia Kopatchinskaja (violon), Joonas Ahonen (piano)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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La 69ème édition du légendaire Gstaad Menuhin Festival & Academy bat son plein, une fois encore, dans l’écrin majestueux des Alpes bernoises. Cette année, le festival, fidèle à son esprit d’excellence et d’audace, continue de tisser des liens uniques entre les grands maîtres du passé et les voix les plus passionnantes du présent. C’est dans cet esprit de dialogue musical intemporel que s’inscrivait le concert tant attendu du 4 août, présenté dans le cadre intimiste et chargé d’histoire de l’Église de Lauenen. Un lieu sacré dont l’acoustique cristalline et l’atmosphère recueillie formaient l’écrin parfait pour un duo d’exception : l’irrésistible Patricia Kopatchinskaja (PatKop) au violon et le formidable Joonas Ahonen au piano.

 

Dès les premières mesures de la Sonate pour violon n°4 en la mineur, op. 23 de Ludwig van Beethoven, le ton était donné. Kopatchinskaja, dans son style inimitable à la fois incisif et profondément chantant, a saisi l’essence tourmentée et passionnée de cette œuvre de jeunesse. Son archet semblait sculpter l’air, alternant des pianissimos d’une fragilité bouleversante avec des explosions d’énergie sauvage. Ahonen, en partenaire parfaitement accordé, offrait un accompagnement d’une clarté et d’une vivacité remarquables, véritable pilier rythmique et harmonique. Le dialogue entre les deux instruments était tendu, électrique, capturant toute la fougue beethovénienne. Un premier mouvement d’une intensité rare, suivi d’un Andante d’une sérénité touchante et d’un final Allegro molto plein d’entrain et de précision. Un Beethoven vibrant, presque théâtral, qui a immédiatement conquis l’auditoire.

La transition vers la modernité fut aussi naturelle que fascinante avec « Uni-Solo » pour violon et piano de PatKop elle-même. Ici, plus de partition classique, mais une exploration sonore où les frontières entre les instruments et les techniques s’estompent. Kopatchinskaja, dans son élément, s’est transformée en alchimiste du son. Griffes, pizzicati frénétiques, sons soufflés, frottements sur le chevalet, le violon devenait une source inépuisable de textures et de rythmes inattendus. Ahonen, loin d’être simple soutien, plongeait avec brio dans l’aventure, martelant les cordes du piano, jouant directement sur le cadre, créant un paysage percussif et harmonique complexe qui répondait et défiait le violon. C’était une conversation sauvage, primitive, parfois grinçante, souvent hypnotique, une plongée audacieuse dans l’atelier sonore de la violoniste. Le public, suspendu à chaque geste, a été transporté dans un univers radicalement différent, témoignant de l’incroyable pouvoir créatif de PatKop.

Le retour à Beethoven avec la Sonate pour violon n°8 en sol majeur, op. 30 n°3 a offert un contraste rafraîchissant, presque joyeux. Plus classique dans sa forme, cette sonate « pastorale » a été abordée avec une élégance et un sens du chant remarquables. Kopatchinskaja a déployé une sonorité plus ronde, plus lumineuse, particulièrement dans le délicat Tempo di minuetto, où sa phraséologie était d’une grâce infinie. Le premier mouvement Allegro assai a pétillé de vivacité et de complicité entre les deux artistes, tandis que le final Allegro vivace a décoché comme une flèche, plein d’entrain et de virtuosité légère. Ahonen a brillé par sa clarté et son toucher délicat, parfaitement en phase avec l’esprit lumineux de cette œuvre. Un moment de pure joie musicale partagée.

Mais le clou de la soirée, son point d’orgue absolument électrisant, fut sans conteste la création mondiale commandée par le Gstaad Menuhin Festival & Academy 2025 : « Én-kör V » pour violon et piano du compositeur hongrois Márton Illés (né en 1975). Présent dans la salle, Illés a offert une œuvre d’une densité et d’une puissance sonore saisissantes. Dès les premières notes, un univers sonore complexe et organique s’est déployé. Les deux instruments étaient poussés dans leurs retranchements expressifs et techniques. Kopatchinskaja et Ahonen, en symbiose totale, ont relevé le défi avec une maîtrise et un engagement phénoménaux. La pièce, construite en arches sonores et en contrastes violents, explorait des climats allant de la tension la plus extrême à des moments d’une étrange et fragile beauté. Les arpèges du piano, les micro-intervalles et les effets étendus du violon se fondaient en une masse sonore tourbillonnante, exigeante mais profondément captivante. L’énergie déployée par les deux musiciens était titanesque, aboutissant à une conclusion d’une intensité renversante qui a laissé le public littéralement sans voix pendant un instant, avant d’exploser en applaudissements frénétiques.

L’ovation fut immédiate, massive et méritée. Patricia Kopatchinskaja et Joonas Ahonen, rayonnants et visiblement émus par la réussite de cette création et par l’accueil du public, ont salué longuement (mais sans délivrer de bis…). Le moment fut encore plus magique lorsque Márton Illés lui-même a rejoint les artistes sur l’estrade, partageant la joie et la reconnaissance pour cette première mondiale magistralement interprétée !

 

 

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CRITIQUE, festival. 69e GSTAAD Menuhin Festival & Academy (Eglise de Lauenen), le 4 août 2025. BEETHOVEN / PATKOP / ILLES. Patricia Kopatchinskaja (violon), Joonas Ahonen (piano). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

 

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