dimanche 4 octobre 2026

CRITIQUE, festival. 51e FESTIVAL DE QUATUORS DU LUBERON (Abbaye de Silvacane), le 17 août 2026. WEBERN / SMETANA / DVORAK. Quatuor HERMES, Geoffroy COUTEAU (piano)

A lire aussi
Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
image_pdfTélécharger (.pdf)

 Ce 17 août, dans l’écrin somptueux du Cloître de l’Abbaye de Silvacane, le Quatuor Hermès et le pianiste Geoffroy Couteau ont offert un concert qui restera certainement comme l’un des sommets de ce 51e Festival de Quatuors du Luberon. Devant un public en extase, les deux bras latéraux du cloître archi-combles (tandis qu’une estrade était placée à leur intersection pour y accueillir les artistes), les cinq musiciens ont scellé une union parfaite entre le génie des compositeurs et une interprétation d’une souveraine maturité.

 

Le voyage commençait dans la concentration absolue avec les Bagatelles op. 9 d’Anton Webern. En quelques miniatures d’une très forte densité, le Quatuor Hermès a su créer un espace de silence vibrant, où chaque note, chaque interruption, devenait un événement en soi. La clarté de leur articulation et leur capacité à faire chanter ces aphorismes expressionnistes ont posé d’emblée le niveau d’exigence de la soirée, révélant toute la poésie contenue dans ces fragments.

Puis ce fut le cœur émotionnel de la soirée : le Quatuor n° 1 en mi mineur « De ma vie » de Bedřich Smetana. D’emblée, emportées par l’ardeur du violon d’Omer Bouchez, les Hermès ont déroulé un récit d’une magnifique intensité. Ils ont magnifiquement restitué le caractère autobiographique de l’œuvre, alternant avec une aisance déconcertante entre la fougue impétueuse du jeune compositeur, les réminiscences de la polka, l’élan romantique et cette plainte déchirante de l’ultime mouvement, ce surdité si poignant. Leur approche, à la fois lyrique et incisive, a conféré à cette fresque intime une dimension universelle, suscitant l’émotion la plus profonde chez un public suspendu à leurs archers.

 

 

Après un entracte convivial, c’est un tout autre univers qui s’ouvrait avec le Quintette avec piano en la majeur, op. 81 d’Antonín Dvořák, où le célèbre pianiste Français Geoffroy Couteau a rejoint les Hermès. Et là, l’alchimie fut totale. Geoffroy Couteau, que nous avons déjà salué dans ces colonnes comme un brahmsien d’exception pour son jeu profond et engagé, s’est fondu avec une intelligence rare dans la texture colorée et foisonnante du quintette de Dvořák. Loin d’un dialogue de solistes, les musiciens ont créé un équilibre parfait, un brassage vibrant de timbres où le piano de Couteau, puissant et coloré, devenait le cinquième membre à part entière d’un quatuor rayonnant. Le Quatuor Hermès, confirmant avec brio sa place parmi les meilleurs ensembles de sa génération, a fait preuve d’une souplesse et d’une transparence admirables, laissant la musique de Dvořák s’épanouir dans toute sa générosité mélodique, sa nostalgie douce-amère et ses danses slaves endiablées. Le succès fut immense, salué par des tonnerres d’applaudissements qui ont contraint les artistes à un bis tout aussi magnifique : le mouvement lent du Quintette avec piano de Brahms, offert avec une gravité et une tendresse très touchantes.

Ce concert magistral était aussi l’occasion de saluer avec une émotion particulière Mme Hélène Salmona, qui, après quinze années de bons et loyaux services à la tête du festival, va bientôt passer le flambeau, à l’issue de cette 51e édition du festival. Sous sa direction, ce dernier n’a cessé de se développer en s’ouvrant notamment – et avec bonheur  ! – aux quatuors du monde entier. Et c’est précisément à Geoffroy Couteau, dont l’engagement artistique et la complicité avec les Hermès ont été si éclatants ce soir, que revient désormais la lourde mais excitante tâche de poursuivre l’aventure. À en juger par la qualité exceptionnelle du concert, l’avenir du Festival de Quatuors du Luberon est entre de très bonnes mains. Merci Madame Salmona, et bravo à tous les artistes pour ce petit moment d’éternité offert au happy few ayant assisté à cette magnifique soirée de musique de chambre !…

 

______________________________________________
CRITIQUE, festival. 51ème festival de Quatuors du Luberon (Abbaye de Silvacane), le 17 août 2026. WEBERN / SMETANA / DVORAK. Geoffroy COUTEAU (piano), Quatuor HERMES. Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

OPÉRA DE MASSY, danse. Ven 9, sam 10 oct 2026.  » Promenade obligatoire « , Compagnie par Terre / Anne Nguyen (chorégraphie)

Créatrice célébrée et figure majeure de la danse hip-hop contemporaine, Anne Nguyen et sa compagnie par Terre (crée en...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img