La 46e édition du Festival Montpellier Danse s’est poursuivie, les 30 juin et 1er juillet, dans une atmosphère de fin du monde et de renaissance, avec la création mondiale d’Après moi, le Déluge, la nouvelle pièce-événement du collectif (LA)HORDE-Ballet national de Marseille. Présenté dans le vaste vaisseau de l’Opéra Berlioz, le spectacle confirme l’ascension fulgurante du trio phocéen et sa capacité à transformer la scène en un espace de résistance et de communion, bien au-delà des habituelles joutes esthétiques.
Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, les trois têtes pensantes du collectif à la tête du Ballet national de Marseille depuis 2019, n’ont jamais été aussi proches de leur sujet. Après avoir exploré la frénésie collective et post-apocalyptique de Room with a view – que nous avions salué au festival Le Temps d’aimer la danse (Biarritz) pour sa « transe collective » survitaminée – et la surabondance numérique d’Age of content – que nous avions applaudi à la Biennale de Danse de Lyon en 2023 -, ils plongent ici au cœur de l’effondrement. Il ne s’agit plus de subir le monde numérique ou la crise, mais de descendre dans la faille qu’ils ouvrent au centre du plateau.
L’imposante scénographie de Julien Peissel installe d’emblée un univers crépusculaire, une communauté éreintée évoluant sur un sol prêt à se dérober. Les treize interprètes, issus de cette troupe internationale que le trio a patiemment constituée, incarnent un groupe en proie à la catastrophe imminente. Leur danse, toujours aussi physique et dynamique, emprunte autant aux danses tribales qu’aux chorégraphies de rue qui ont fait leur renom, tout en y injectant une dimension rituelle et mystique. Les mouvements, parfois saccadés, parfois fluides, évoquent autant la résistance que l’épuisement d’un monde en fin de course.
Là où beaucoup de nos confrères et consoeurs ont vu un spectacle de « défaitisme » ou de « décadence« , Après moi, le Déluge opère – selon nous – une véritable métamorphose. La fracture scénique libère des créatures monstrueuses et des énergies insoupçonnées, transformant le plateau en un gouffre d’où jaillit une beauté sauvage. Le collectif, en parfaite symbiose avec ses danseurs, fait le pari audacieux de la renaissance par la déconstruction. Les saynètes successives sont autant de rituels chorégraphiques qui questionnent les relations de domination, mais célèbrent surtout la puissance d’un corps de ballet soudé comme un seul homme face au chaos.
Sous la houlette de (LA)HORDE, le Ballet national de Marseille trouve ici son tour de force. Après « Room with a view » et « Age of content », ce nouveau chapitre est celui de l’incandescence. La révolte cède la place à une forme de nécessité organique. Le public de Montpellier, conquis, a salué une prestation qui ne cherche pas à plaire, mais à bousculer, à affronter le réel pour le transcender, faisant écho à cette idée défendue par le collectif selon laquelle « la danse est une force de résistance« . Avec « Après moi, le Déluge », (LA)HORDE signe un manifeste chorégraphique puissant et viscéral, confirmant leur statut d’innovateurs majeurs de la scène contemporaine.
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CRITIQUE, festival. 46ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 1er juillet 2026. « Après moi, le déluge » : (La)Horde-Ballet National de Marseille (Création Mondiale). Crédit photographique © G.Astier Perret






