Le Festival Durance Luberon, pour cette 29e édition toujours menée de main de maître par Luc Avrial, a frappé un grand coup en proposant, dans la majestueuse écrin de la Cour d’Honneur du Château de la Tour d’Aigues, une version de poche de Tosca de Giacomo Puccini. Portée par le génie protéiforme de Vladik Poloniov – au piano et à la mise en scène ! –, cette adaptation imaginative a su captiver un public conquis et lui offrir une expérience lyrique d’une superbe intensité.
Fidèle à sa réputation d’homme de théâtre complet, Vladik Poloniov a livré une lecture de l’œuvre tout à la fois respectueuse du livret et résolument inventive. La version, certes amputée de quelques scènes annexes et du personnage du Sacristain, se concentre avec une redoutable efficacité sur le triangle infernal formé par les trois protagonistes. L’idée maîtresse de la mise en scène, l’ajout d’un ensemble de huit choristes de l’Atelier d’Art lyrique du Conservatoire de Vitrolles, a fait mouche. Vêtus de manteaux noirs tels des spectres, à la manière de Belphégor, ces choristes sont apparus comme une force obscure et dramatique, venant clôturer de manière saisissante les deux premiers actes. Leur intervention la plus marquante restera sans doute l’ensevelissement de Scarpia à la fin du IIe acte, une évocation puissante du Commandeur entraînant Don Giovanni aux enfers, qui a glacé d’effroi le public (photo principale). La conclusion de l’opéra a également été l’objet d’un parti pris scénique particulièrement intéressant. Ici, pas de saut dans le vide depuis les douves du Château Saint-Ange. La Tosca de cette version de poche, après avoir poignardé son bourreau, se suicide avec le même revolver qui a servi à occire son amant Mario un peu plus tôt. Ce choix, aussi brutal que logique, ancre le drame dans une forme de réalisme tragique, bouclant la boucle d’une violence destructrice où la mort de l’héroïne est un acte désespéré et intime, faisant écho à celui qui a scellé le sort de son amant.
Pour incarner ce drame en musique, le festival avait réuni une distribution d’exception, portée par des artistes dont la fougue a électrisé la soirée. Au premier rang, Irina Stopina, dans le rôle-titre, a imposé une Tosca d’une présence scénique flamboyante. Son ancienne formation de mezzo-soprano lui confère une voix large, sombre et d’une puissance impressionnante, qui embrase littéralement les planches. Si cette tessiture lourde peut sembler parfois moins aérienne, et son fameux « Vissi d’arte » moins bouleversant qu’il ne pourrait l’être, elle s’avèrerait en revanche idéale pour les emplois plus dramatiques du répertoire verdien, comme Abigaïlle ou Lady Macbeth. Sa performance, dans son intensité et son engagement, n’en a pas moins brûlé les planches de la scène de la Cour d’Honneur.
Face à elle, Christophe Berry, en Mario Cavaradossi, a littéralement « mangé du lion » ce soir. Son ténor, épanoui et rayonnant, a soulevé le public dès ses premières interventions. Son interprétation du célèbre air « E lucevan le stelle« , chanté dans un pianissimo détaillé et d’une émotion à fleur de peau, restera comme le sommet vocal et émotionnel de la soirée. Pilier du festival, le baryton marseillais Florent Leroux-Roche a composé un Scarpia d’autant plus terrifiant qu’il possédait une beauté magnétique, tant dans son physique de jeune premier que dans sa voix de baryton magnifiquement timbrée, à la fois charnue, autoritaire et profondément séduisante. Son incarnation du chef de la police, à la fois suave et brutal, a hypnotisé le public tout au long de la soirée. La distribution était parfaitement complétée par le solide Maurel Endong en Angelotti et le Patrick Agard en Spoletta, dont la présence a contribué à la densité dramatique de l’ensemble.
Un moment de grâce et de passion pure, où l’essentiel, la musique et les voix, ont brillé avec une émouvante intensité sous le ciel étoilée du Luberon !
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CRITIQUE, festival. 29ème FESTIVAL DURANCE LUBERON (Cour d’honneur du Château de la Tour d’Aigues), le 14 août 2026. PUCCINI : Tosca. I. Stopina, C. Berry, F. Leroux-Roche… Vladik POLONIOV (piano et mise en scène). Crédit photographique (c) Droits réservés






