Pour célébrer la renaissance de la Verrière de la Nef du Grand Palais, après cinq années de travaux, Rachid Ouramdane et Nathan Paulin ont imaginé une création qui, littéralement, donne le tournis. Trois soirées seulement, les 6, 7 et 8 juin 2025, pour transformer la nef en un théâtre aérien où se croisent funambules, danseurs, voltigeurs et voix cristallines.
Allongés sur des tatamis disposés autour de la scène, ou installés dans les gradins, les spectateurs lèvent les yeux et découvrent huit silhouettes vêtues de blanc, perchées à plus de trente mètres du sol, sur des câbles tendus d’un bout à l’autre de l’immense vaisseau de verre et d’acier. Ces highliners, menés par Nathan Paulin – l’homme qui a déjà dompté la Tour Eiffel et le Mont-Saint-Michel –, ne se contentent pas de marcher sur un fil : ils dansent avec le vide, avec une aisance déconcertante, comme si la pesanteur n’était qu’une vieille habitude dont ils auraient su se défaire.
En contrebas, sur un plateau blanc immaculé, la Compagnie de Chaillot déploie une gestuelle d’une fluidité rare. Les danseurs et acrobates enchaînent sauts, portés et pyramides humaines avec une énergie communicative. Mais le véritable miracle de Vertige, c’est la manière dont tous ces arts se répondent. Un funambule descend du ciel pour effleurer la main d’une danseuse ; des chanteurs de la Maîtrise de Radio France, postés sur les balcons de l’escalier d’honneur, font vibrer leurs voix sous la direction de Sofi Jeannin ; et la musique de Christophe Chassol, interprétée en live, enveloppe l’ensemble d’une texture sonore à la fois mystique et envoûtante.
La scénographie, pensée comme un puzzle en mouvement, fait dialoguer toutes les strates du monument. La verrière, tour à tour transparente, irisée par la tombée du jour ou martelée par la pluie, devient un personnage à part entière. Lorsque les éclairages dessinent une constellation d’étoiles sur les grands escaliers, on se surprend à oublier que l’on est en plein cœur de Paris, tant l’expérience confine au rêve éveillé. Il y a dans Vertige une générosité folle, une manière de dire que la beauté peut naître de la rencontre entre la fragilité d’un corps suspendu et la solidité d’une architecture centenaire. Rachid Ouramdane, fidèle à son exploration des corps extrêmes, signe ici un geste collectif d’une puissance émotionnelle rare. Sa phrase, glissée comme une promesse – « Nous sommes toujours plus grands que nous le pensons » – résonne longtemps après que les lumières se sont éteintes.
Alors oui, Vertige porte bien son nom. Mais le vertige dont il est question n’est pas celui de la peur : c’est celui de l’émerveillement, celui qui vous prend à la gorge et vous laisse, à la fin, avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose de rare. Un moment suspendu, entre ciel et terre, qui rappelle avec éclat que le Grand Palais n’a jamais été aussi vivant.
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CRITIQUE, danse. PARIS, Nef du Grand-Palais, le 8 juin 2025. « Vertige » par Rachid OURAMDANE & Nathan PAULIN (et la Compagnie de Chaillot). Crédit photo (c) Quentin Chevrier







