vendredi 23 octobre 2026

CRITIQUE, danse. LYON, 21ème Biennale de Danse de Lyon (Maison de la Danse), le 21 septembre 2025. « Undertainment » de W. Fosrsythe et « Lisa » de Ioannis Mandafounis par la Dresden Frankfurt Dance Company

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Dans le cadre de la Biennale de Danse de Lyon, la Dresden Frankfurt Dance Company a offert au public lyonnnais – dans les murs la Maison de la Danse – deux pièces, deux générations, deux manières d’aborder l’improvisation, et une même troupe portée à son incandescence. D’un côté, William Forsythe signe avec Undertainment ce qui est présenté comme son dernier travail pour la scène ; de l’autre, Ioannis Mandafounis, qui dirige la compagnie depuis 2023, déploie avec Lisa une énergie profuse et généreuse. Le contraste est total, et la soirée, magistrale !

 

Undertainment : l’épure vertigineuse de Forsythe

Le silence et le dépouillement qui s’imposent de prime abord saisissent. Pas de décor, pas de musique au sens conventionnel : seulement des corps en tenue de répétition, des souffles, des interjections, des sifflements, des bribes de voix qui construisent une partition sonore à même la scène. Les danseurs forment des lignes, des cercles, des grilles ; puis, de cette géométrie mouvante, jaillissent solos, duos et trios avec une précision d’horlogerie. C’est un art de l’agencement en apparence froid, mais qui, à mesure que la pièce se déploie, révèle une chaleur et une humanité profondes. Chaque geste — une épaule qui se soulève, un pied qui avance, un bassin qui se dévisse — semble à la fois inévitable et libre. Ce qui fait la force de Undertainment, c’est cette rigueur presque mathématique des gestes, traversée parfois d’élans d’une spontanéité désarmante. Forsythe, à 75 ans, ne cherche pas à impressionner par l’accumulation ; il chorégraphie l’attention elle-même, jouant de l’endurance du spectateur autant que de celle des interprètes. On sort de là avec le sentiment d’avoir vu non pas un « numéro » de plus, mais une méditation en mouvement sur ce que danser veut dire.

 

 

Lisa : la déferlante Mandafounis

Changement de régime, de couleur, de température. Avec Lisa, Ioannis Mandafounis ouvre en grand les vannes. Le piano de Gabriel Carcano, installé sur scène, égrène des pages de Fauré tandis que les poèmes d’Ossip Mandelstam sont déclamés en plusieurs langues. Les costumes évoquent les années 1930 — gilets, bretelles, knickerbockers — et donnent à l’ensemble une étrangeté théâtrale assumée. Surtout, les danseurs entrent et sortent à leur guise, décidant en temps réel de la durée et de la forme de chaque séquence : un unisson peut se briser en tête-à-tête, un groupe se disloquer en solitudes. Là où Forsythe cadre le hasard avec une rigueur d’orfèvre, Mandafounis le laisse déborder, quitte à frôler parfois le chaos. Et lorsqu’un dialogue en anglais et en russe dégénère en cacophonie multilingue, que les danseurs s’apostrophent, que le pianiste quitte prudemment la scène et qu’une pluie de confettis noirs s’abat sur le plateau, le spectacle bascule dans une puissance évocatrice inattendue — comme un écho à la destinée tragique du poète Mandelstam. C’est désordonné, parfois inégal, mais traversé d’instants d’une beauté fulgurante, portés par des interprètes qui ne trichent jamais.

 

 

Ce qui unit les deux pièces, au-delà de leurs différences, c’est l’excellence de la Dresden Frankfurt Dance Company. Issue du Ballett Frankfurt de Forsythe, devenue la Forsythe Company puis la DFDC en 2015, la troupe a trouvé en Mandafounis un directeur qui non seulement perpétue l’héritage mais le vivifie. Les danseurs passent d’une partition gestuelle d’une précision extrême à une liberté d’invention presque insolente avec une aisance confondante. Undertainment et Lisa ne se répondent pas en miroir ; ils se complètent comme deux versants d’une même montagne : l’un taillé dans le vide et la lumière, l’autre envahi de couleurs, de sons et de récits. La Biennale de Danse de Lyon, décidément, sait offrir de ces moments où la danse contemporaine se souvient qu’elle peut être à la fois cérébrale et jubilatoire. 

 

 

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CRITIQUE, danse. LYON, 21ème Biennale de Danse de Lyon (Maison de la Danse), le 21 septembre 2025. « Undertainment » de W. Fosrsythe et « Lisa » de Ionnis Mandafounis par la Dresden Frankfurt Dance Company. Crédit photo (c) Dominik Mentzos

 

 

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