Même si le réalisateur Christopher Nolan, pour son film Interstellar (2014), a déclaré l’avoir utilisé pour exprimer un sentiment de « religiosité », l’orgue, tel qu’il se manifeste ce soir sous les doigts de l’excellent organiste anglais Roger Sayer, – d’autant plus légitime qu’il a joué et enregistré la B.O. du long métrage (signée Hans Zimmer), s’impose par sa puissance expressive, une force sonore phénoménale, au dramatisme immédiat dont le déploiement sous la nef de La Dalbade, l’inscrit d’emblée dans une démesure … cinématographique.
vertiges interstellaires à La Dalbade
La première partie permet à l’instrument d’exposer ses formidables ressources ; elle s’ouvre avec le portail vertigineux d’Ainsi Parla Zaroustra de Richard Strauss (claire référence au film « 2001 l’Odyssée de l’espace » de Kubrik) puis 3 extraits des non moins « colossales » Planètes de Gustav Holst (Mars, Vénus, Jupiter) : Roger Soyer offre ainsi avant de jouer Zimmer, un festival sonore particulièrement impressionnant que permet l’orgue de Widor (1888), ses 3 claviers et … 50 registres. Ce soir le grand orgue toulousain est à la mesure des thèmes du film dont la quête existentielle de chercheurs qui à l’époque où la terre est hors service, épuisée, dévastée, découvrent l’activité des tunnels espace-temps, pour un voyage interstellaire d’un nouveau type – le film ayant été inspiré par les propres découvertes du physicien Kip Thorne. Photo ci contre : Roger Soyer et les 2 assistants qui l’accompagnent pour la réalisation du programme Interstellar © Younes Farhi.
Au diapason des perspectives ouvertes par le film, défis à l’imagination, l’orgue souverain, son ampleur spectaculaire, s’avèrent d’autant plus dimensionnés, qu’il n’écartent pas aussi la ciselure de climats de fait plus intimistes, fervents et mystiques ; mais ce qui force l’enthousiasme c’est bien dans le choix du grand orgue, ce sentiment de jaillissement et de monumentalité, mais aussi dans le développement et la dramaturgie musicale, d’arrachement pour une élévation finale qui convainc absolument. A plusieurs, l’auditeur aura ressenti le grand frisson de concert, dans la vibration puissante suscitée par l’orgue et qui semble décoller le bâtiment lui-même.
Excellente idée de la part du Festival Toulouse les Orgues, que d’inviter ainsi l’organiste britannique Roger Sayer (lauréat du Concours de Saint Albans 1989 ; organiste à la Cathédrale de Rochester en 1990…) qui à la demande de Hans Zimmer lui-même a enregistré la musique du film, lui conférant à la fois cette incarnation recherchée, et aussi l’universalité de son propos. A ce titre le court documentaire projeté avant la 2è partie du concert, est éclairant ; il reprécise l’esthétique recherchée par Nolan, et le travail entre Hans Zimmer et Roger Soyer qui joue « son » orgue, celui de l’église de Temple Church à Londres (dont il venait d’être nommé directeur musical un avant leur rencontre et coopération, en 2013).
Le temps de ce concert galactique, le spectateur est immergé sans dans le grand vortex spatial, porté par l’immatérialité poétique de la vaste fresque musicale composée par Hans Zimmer, l’une des meilleures B.O. de film SF, et aussi l’un des recours de l’orgue dans une dramaturgie cinématographique, parmi les plus pertinents.
Le Festival international Toulouse les Orgues 2025 se déroule dans la Ville rose jusqu’au 12 octobre prochain. Encore de très nombreux programmes et expériences musicales de ce type à l’affiche – Plus d’infos sur le site du 30ème Festival international Toulouse les orgues 2025 : https://toulouse-les-orgues.org/programmation/
LIRE aussi notre premier compte rendu du Festival Toulouse les orgues 2025, concert d’ouverture du 1er sept 2025 (Maroussia Gentet et Lucile Dollat) : https://www.classiquenews.com/critique-concert-30eme-festival-toulouse-les-orgues-le-1er-octobre-2025-basolqiue-saint-sernin-concert-inaugural-lucile-dollat-orgue-maroussia-gentet-piano-escaich-franck-ravel/
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