Des astres hostiles nous ont privés de Tarmo Peltokoski et de Yuja Wang, tous deux souffrants. Mais un tout jeune pianiste de 23 ans, Roman Borisnov et un chef bien connu des Toulousains, Ryan Bancroft ont sauvé le concert. Moyennant un petit changement de concerto. Car nous avons enendu le célébrissime 2ème Concerto de Sergueï Rachmaninov en lieu et place du terriblement révolutionnaire 2ème concerto de Sergueï Prokofiev.
Le pianiste russe sait doser à la perfection les nuances et débute le concerto sur un crescendo magnifiquement réalisé. Ryan Bancroft répond de la même veine, avec une direction souple et ample. Nous aurons donc une version opulente et généreuse de ce concerto. C’est de la si agréable musique jouée ce soir avec une grande ampleur et un total confort. La virtuosité ne fait pas peur au jeune Borisnov, qui a des moyens exceptionnels. La direction à main nue de Ryan Bancroft permet aux instrumentistes de chanter et la largeur des phrasés est très belle. Le deuxième mouvement gagne une dimension plus chambriste et les musiciens de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse font des merveilles, félicitons le cor solo, le hautbois et la flûte, sans oublier la clarinette et bien sûr le violoncelle. Le finale met en lumière les cuivres graves terriblement beaux. Et toujours cette direction ample et chantante qui fait des merveilles. L’ovation du public permet au jeune pianiste d’offrir un bis aussi facétieux que virtuose. Il s’agit d’une belle découverte et d’un artiste à suivre : Roman Borisnov, car il semble avoir déjà à 23 ans une très belle maturité.
Pour la deuxième partie du concert, l’orchestre s’étoffe considérablement pour Les Planètes de Gustav Holst. Cette suite orchestrale est une merveille d’originalité et de possibilités orchestrales. Chaque pupitre a son moment de gloire. C’est sous une direction toujours vaste et généreuse de Ryan Bancroft que la phalange capitoline va magnifier la partition. Les cuivres sont superlatifs dans Mars. Puis la magie des flûtes, des harpes et du célesta fait rêver à cette paix tant désirée. Le Scherzo bondissant de Mercure est superbement dirigé par Ryan Bancroft, qui trouve une légèreté et un esprit délicat dans sa main. La fête musicale de Jupiter met en valeur les violons, les timbales et le brillant des cuivres. C’est vraiment euphorisant ! Assurément le chef et l’orchestre trouvent une entente parfaite. Dans Saturne, c’est l’étrangeté qui s’invite, et l’orchestre semble partir vers l’infini du temps et de l’espace. L’effet sur le public est incroyable. Saturne va nous réveiller, puis l’humour mis dans la direction par Ryan Bancroft va permettre aux instrumentistes de briller par une virtuosité totalement maîtrisée – et dont tous semblent beaucoup s’amuser. Le finale avec Neptune va porter le public au sommet de sa ferveur en des applaudissements nourris. Le Chœur de femmes “Latvija”, a magnifiquement chanté sa partie sublime de mystère.
Un vrai beau concert qui a eu un succès retentissant -et a fait bien des heureux en deux soirées.
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CRITIQUE, concert.Toulouse, Halle-aux-Grains, le 6 novembre 2025. RACHMANINOV / HOLST. Roman Borisnov (piano), Orchestre national du Capitole de Toulouse, Ryan Bancroft (direction). Crédit photo (c) Romain Alcazar





