jeudi 8 octobre 2026

CRITIQUE, concert. PARIS, Salle GAVEAU, le 19 mai 2026. « The last rose ». CECIL SHARP / FRANCIS JAMES CHILD. Rosemary Standley… Les Musiciens de Saint Julien, François Lazarevitch (direction)

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Brigitte Maroillat
Brigitte Maroillat
De formation juridique, et passionnée de musique et d’opéra depuis l’adolescence, Brigitte Maroillat a collaboré à Opera Online en 2017/2018 puis à Forumopera.com de 2018 à 2024 avant de rejoindre ClassiqueNews. Elle est aussi administratrice de la page Facebook du baryton-basse José van Dam.
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Rosemary Standley aurait pu demeurer simplement la chanteuse du groupe folk Moriarty. Mais c’était sans compter son envie d’explorer de vastes horizons musicaux.  Son atout majeur : une voix haute servie par un grave aux mille facettes qui sied tout à la fois aux traditionnels américains, au jazz, et à la musique baroque. Inclassable et insatiable, elle est l’artiste de toutes les rives. Elle semble toujours être inlassablement en quête d’où poser la spécificité de sa voix unique. Multipliant les expériences, la chanteuse franco-américaine s’est même essayée dans Schubert, livrant un enregistrement qui lui ressemble, inventif pour les uns, déroutants pour les autres, mais qui nous murmure que l’on peut aimer la musique de Schubert de bien des façons. Elle a également été une étonnante Carmen dans le seul en scène de François Gremaud, où elle a médusé (dans le bon sens) public et critique. 

 

Poursuivant son éclectique parcours, Rosemary Standley, associée à François Lazarevitch et ses Musiciens de Saint-Julien, nous a proposé hier soir (19 mai) à la Salle Gaveau une traversée exploratoire de Songs de Cecil Sharp et Francis James Child. Dans un programme intitulé The last rose, Rosemary Standley et ses comparses d’un soir nous ont narré l’histoire d’un voyage singulier, de contrées en rencontres insolites en terres d’Irlande, d’Ecosse ou sur les landes d’Angleterre. Une « odyssée à la rencontre du Nord avant qu’on ne le perde », comme elle l’a si bien dit en début de spectacle. Autant d’œuvres musicales qui irriguent encore de leur influence les artistes contemporains de la folk music. 

Ce programme riche et dense alterne chansons rythmiques et ballades poignantes telle que The Last Rose of Summer, pièce emblématique de la poésie mélancolique propre à ce répertoire. Portée par la voix expressive de Rosemary Standley et les contre-chants parfaits d’Enea Sorini et d’Hélène Richaud (délicieux moment que Scarborough Fair ou les voix se répondent à la perfection), l’éclat des pièces musicales reposent entièrement sur la sonorité des instruments anciens (flûtes, tympanon, et bodhrán, sans oublier la pandore inspirée de Léo Brunet, et les harpe baroque et viole de Gambe de Manon Papasergio) mais interprétée avec une énergie et un style totalement contemporain, soulignant la modernité des œuvres choisies. A cet égard, les figures féminines tiennent un rôle de premier plan telle que la femme devenue à son tour marin suite à la disparition en mer de son fiancé (The Female Rambling Sailor) ou de Katie La cruelle qui mène son monde (et les hommes) par le bout du nez (Katie Cruel).

Le chant incarné de Rosemary Standley est également mis en valeur par la présence unique de François Lazarevitch alliant avec brio connaissance musicologique une pratique intuitive de la musique ancienne. Comme à son habitude, le flûtiste jongle entre plusieurs instruments (flûte, musette et même grelots), et donne ici la pleine mesure de son éclectisme. En homme-orchestre, il galvanise le talent de ceux qu’il accompagne. A cet égard, On ne cesse d’être surpris par les tournures étonnantes données aux œuvres tant les artistes présents excellent dans l’art de relancer continuellement la musique dans des directions inattendues, telles que cet a capella de Three Ravens en fond de scène et à quatre voix dont celle de François Lazarevitch, ajoutant une appétence de plus à son art multiple. L’osmose entre les interprètes est à ce point stimulante, qu’on attend avec une envie gourmande la prochaine pièce pour ressentir à nouveau ce plaisir d’être surpris.

La volupté des instruments anciens des Musiciens de Saint Julien, le timbre unique de Rosemary Standley, et son osmose avec un François Lazarevitch au sommet de son art, a conduit l’auditoire aux rives de l’enchantement. Une de ces soirées qui tombe à point nommé pour faire entrer la lumière dans un monde de pénombre.

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Salle GAVEAU, le 19 mai 2026. « The last rose ». CECIL SHARP / FRANCIS JAMES CHILD. Rosemary Standley… Les Musiciens de Saint Julien, François Lazarevitch (direction). Crédit photographique (c) Brigitte Maroillat

 

 

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