Le pianiste Jean-Nicolas Diatkine nous livre « son » Schubert : un regard d’une exceptionnelle profondeur, née de sa compréhension intime des champs intérieurs du compositeur viennois. L’imaginaire est ici à son sommet, le feu souverain d’une sensibilité qui semble comprendre Schubert, ses évocations et délires personnels qui seraient ainsi le fruit d’un somnambulisme ou d’un phénomène de voyance propre au compositeur, alors comme saisi, en transe lorsqu’il composait, ainsi qu’en ont témoigné nombre de ses proches et témoins.
Dans les faits, le jeu pianistique coule de source avec l’acuité d’une sincérité préservée qui imagine elle-même tout un monde de sentiments, alliant séduction, entente secrète, ardent désir, et nostalgie d’un rêve qui n’a peut-être jamais exister, mais dont la matière sonore donne corps : le propre du pianiste est d’exprimer entre les mondes connus ; il chante un idéal sonore où se cristallisent toutes les aspirations les plus personnelles ; une exaltation ardente, jubilation intime et aussi brûlures amères et graves.
Ce jeu pudique, viscéral déploie entre autres dans les immenses 6 Moments musicaux D 780 (1823-1824), une richesse de nuances que seuls les plus grands diseurs dans le genre jumeau du lied, savent maîtriser ; ici chaque mesure, aux nuances infimes dévoilées, porte sa propre histoire, ses rêves les plus profonds, sa quête existentielle… (Andantino), que rompt le chant libre, enivré de l’Allegretto moderato dont Jean-Nicolas Diatkine sait exprimer les champs secondaires, plus inquiets et nostalgiques. La radicalité et les vertiges qui naissent de la conscience si puissante du dernier et 6è Moment « Allegretto », placent Schubert aux côtés de son modèle à Vienne, l’inatteignable Beethoven dont il partage la force démiurgique de la pensée musicale : le compositeur y affronte sereinement la mort elle-même, vécue désormais comme une expérience sereine, une délivrance qui transcende l’être incarné en lui permettant d’envisager sa transformation céleste et abstraite.
Le pianiste aborde les 4 Impromptus en en exprimant le lien organique indéfectible comme s’ils étaient les 4 mouvements d’une seule et même Sonate. Dénuement ultime et profondeur intime inspirent ainsi le jeu tout aussi maîtrisé à travers les 4 épisodes D 899 : le pianiste fait chanter le clavier avec une sincérité à la fois grave et tendre ; il est en terrain familier, exprimant un chant personnel et direct (la fluidité dansante, le jaillissement liquide, rafraîchissant de l’Allegro) ; qu’il s’agisse des interrogations d’un grenadier, confronté à la mort et à la violence de la guerre (comme l’interprète le propose citant Heine), la justesse expressive inscrit Schubert dans la fulgurance et la vérité. L’Andante reste le passage le plus bouleversant, comme la confession d’une tendresse infinie dont Jean-Nicolas Diatkine exprime l’insouciance d’une candeur enivrée.
Crépitante et d’une pudeur préservée, remarquablement articulée, la mélodie hongroise (1824) pour ne pas dire Tzigane, conclut ce remarquable programme ; son chant bouleverse par sa simplicité intense, sa justesse sincère : aucun doute, Jean-Nicolas Diatkine est un schubertien à la fois raffiné et profond ; il joue Schubert comme une langue natale et son invitation, ne suscite aucune réserve ; jamais Schubert n’a sonné ni chanté avec plus d’humanité, de justesse, d’authentique sincérité. Voici assurément le cd que chacun un jour a rêvé d’écouter, … magistral par sa puissance simple.
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CRITIQUE CD événement. SCHUBERT : 6 Moments musicaux D 780, 6 Impromptus D 899,
Mélodie hongroise. JEAN-NICOLAS DIATKINE, piano (1 cd Solo Musica – Enregistré en juillet 2025) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2025
entretien
LIRE aussi notre ENTRETIEN avec le pianiste JEAN-NICOLAS DIATKINE novembre 2025 : « De l’ombre à la lumière »… : BRAHMS, BEETHOVEN, SCHUBERT…
https://www.classiquenews.com/entretien-avec-le-pianiste-jean-nicolas-diatkine-a-propos-de-son-nouveau-recital-a-cortot-brahms-beethoven-schubert-sam-29-nov-2025/
Dim 29 novembre prochain, Salle Cortot, le pianiste Jean-Nicolas Diatkine propose un nouveau récital plus que prometteur : incontournable et captivant. Jamais à court d’une idée, d’une filiation artistique pertinente, l’interprète si convaincant chez Liszt ou Beethoven, éclaire ce qui relie Brahms à Schubert, sans rien masquer des tempêtes intérieures du grand Ludwig…
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