CD, opéra. JOSEPH CALLEJA : VERDI. Airs d’opéras de Giuseppe de Verdi (1 cd Decca)… PREMIERES IMPRESSIONS… Il est dans ce premier récital monographique : Radamès, Manrico, Alvaro, Carlo, Otello… le visuel de couverture l’indique sans ambages : voici un programme tissé dans l’ombre brûlante et tragique, une soie noire plus qu’éclatante. Le chanteur se plaît à décliner mille nuances d’un noir ténébreux, épais, d’une richesse intérieure manifeste. Ténor plus intérieur qu’héroïque, doué d’une belle intériorité, en fin diseur aussi, capable d’un chant intelligent qui sait nuancer (et pas seulement hurler), Joseph Calleja montre derechef dans ce récital Verdi, qu’il est un remarquable acteur, jouant sur un style subtil et très incarné, articulé voire ciselé.
Radamès d’ouverture ouvre grand le souffle amoureux du général égyptien qui certes victorieux n’en finira pas moins emmuré vivant avec celle qui ravit son coeur (Céleste Aida)… D’emblée le timbre du maltais Calleja impose un beau legato, ce vibrato finement contrôlé, surtout ce timbre « vieille école », celui des ténors du début du XXè, laisse envisager un travail spécifique sur le caractère et l’intériorité, la couleur du sentiment, plutôt que la projection claironnante voire artificielle.
Ténor raffiné et noir…
Très proche du théâtre parlé, celui inspiré par Schiller ou Victor Hugo, la plage 4 avec son ample et suave solo de clarinette (au timbre si proche de la respiration et du grain de la voix), affirme une gravitas, sombre (graves larges), celle d’Alvaro (dans La Force du Destino) qui songe à Leonora, la bien aimée désormais inaccessible : en acteur saisisant toute la profondeur douloureuse, saillante et tragique du héros, Joseph Calleja trouve le ton et le style corrects. Son Alvaro ne manque ni de finesse ni d’épaisseur émotionnelle. En exprimant toute l’intériorité du héros verdien, ici du ténor capable de langueur sourde et inquiète, réussit à transmettre ce qui manque à beaucoup de ses confrères (plus démonstratifs et aussi puissants), l’épaisseur psychologique : êtres du doute, de la malédiction… ses héros inscrivent directement Verdi dans les premiers belcantistes dont évidemment Donizetti. Ses phrasés naturels et articulés avec finesse, son intelligibilité en italien… regardent plutôt du côté de l’élégance incarnée, plutôt que vers l’intensité extérieure. Ici le personnage souffre (avec la clarinette, d’une somptuosité tragique canalisée). La couleur et le caractère sont justes. La réussite est totale, et l’art du ténor riche en nuances émotionnelles parfaitement maîtrisées. La délicatesse (un rien surannée dans sa couleur naturel et son élocution) éclaire les déchirements du héros verdien, âme brulée, détruite… et pourtant n’aspirant qu’à trouver la paix et le salut. Son Alvaro est la plus grande réussite de ce récital VERDI. De fait, dans la même veine intérieur, tiraillée, tragique mais toujours proche du texte, son Carlo est d’une inspiration égale : à la fois articulée et raffinée.
Grande critique du cd JOSEPH CALLEJA à venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la parution du cd, le 2 février 2018.
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CD, événement, annonce. VERDI / JOSEPH CALLEJA, ténor. Airs d’opéras de Verdi. Avec Angela Gheorghiu… (Don Carlo, Otello). Orquestra de la Comunitat Valenciana. Ramón Tebar, direction. 1 cd Decca.