CD. Théodore Dubois: Frithiof, Concerto pour piano n°2… Les Siècles (Roth, 2010-2011). « Les Siècles live » (1 cd Actes Sud). Superbe album qui révèle dans une sonorité historique (piano et orchestre d’époque) l’ardente et dramatique vitalité de Théodore Dubois (1837-1924), remarquable orchestrateur, doué d’une invention permanente en particulier dans l’ouverture de Frithiof, condensé théâtral d’une épatante exaltation. La vrai révélation reste contre toute attente non pas le Concerto pour piano n°2, morceau de bravoure aux climats tendres et lyriques (le premier mouvement est de loin le plus réussi avec l’Adagio, et son sentiment « profondissimo » comme il est noté sur le manuscrit) mais cette ouverture Frithiof, pièce magistrale de moins de 10mn qui tient à la fois d’un superbe lever de rideau pour un opéra à redécouvrir, et aussi du poème symphonique… Dubois affirme son esprit synthétique et européen (comme tant aussi à le démontrer la Symphonie Française de 1908, qui n’en a que le nom: Les Siècles et leur chef viennent de la recréer lors d’une tournée mémorable dont la dernière date était à Venise pour le festival Théodore Dubois, proposé non sans pertinence par le Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française, ce 15 avril 2012); il s’y montre parfait assimilateur de cet éclectisme ambiant dont il recycle la richesse des thèmes et des idées avec cette finesse et cette élégance qui le caractérisent.
Superbe et flamboyante ouverture de Frithiof
De fait, Frithiof se distingue par la noblesse et la ligne éthérée du solo de clarinette dans un climat de bois profond (Rossini et Guillaume Tell ne sont pas loin; mais aussi le souffle des partitions de Liszt ou de Saint-Saëns) où domine le chatoiement grave et mystérieux des violoncelles, contrebasses … jusqu’aux trois tutti à 3’30, qui libèrent un dramatisme désormais exacerbé, une passionnante théâtralité qui mêle aussi Tchaikovski, Wagner, et tant d’autres maîtres dont Dubois fait un miel régénéré. En 1880, inspiré par la légende scandinave, le style de Dubois se montre davantage qu’un exercice académique: l’écriture maîtrise et le sens de l’architecture et la finesse de l’orchestration. Quel bijou symphonique! Source d’une délectation renforcée, l’apport des instruments d’époque évite l’empâtement, la nébuleuse sonore ailleurs si néfaste. Saluons, sous le geste vif et musclé de François-Xavier Roth, la superbe pulsion dramatique sans boursouflure, détaillée et lumineuse grâce à la juste caractérisation des instruments, tous d’une articulation savoureuse; En outre la prise bénéficie d’une captation live réalisée au moment où l’orchestre présentait en première vénitienne, l’oeuvre si exaltante lors du festival présenté par le même Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française, en avril 2011: journée inaugurale « Du Second Empire à la IIIè République », concert mémorable qui voyait aussi la récréation mondiale de la cantate de Paul Dukas, Velléda.




