vendredi 30 octobre 2026

EXPOSITION. PARIS, Palais Garnier. Richard Wagner / LES RÉVOLUTIONS DU RING, Opéra Garnier jusqu’au 20 février 2027

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

C’est l’expo événement de cet hiver 2026-2027… qui propose une immersion dans l’univers lyrique le plus captivant jamais conçu : la Tétralogie ou Ring de Richard Wagner ; soit un cycle opératique conçu par le compositeur en 4 opéras (L’Or du Rhin pour Prologue, puis 3 volets complémentaires : La Walkyrie, Siegfried, enfin le Crépuscule des Dieux), soit 16 heures de musique. Une fresque à l’échelle du cosmos qui ne cesse de nous interroger par la justesse de son propos, par la cohérence comme l’invention géniale de sa conception formelle.
Inauguré à Bayreuth en 1876, Le Ring ou L’Anneau du Nibelung déploie une fresque légendaire d’un onirisme étourdissant et spectaculaire ; c’est aussi pour Wagner, très fin psychologue, une analyse universelle des passions humaines, épinglant chez l’homme, à travers les agissements des personnages, ce qui conduit l’humanité à sa perte…

___________________________________________
Visuel de l’affiche Exposition Les Révolutions du Ring, © Béatrice Helg 2013

 

 

 

 

Le RING, un mythe opératique

Le Ring est devenu un mythe lyrique. Richard Wagner, génie du drame musical a réussi le but suprême à l’opéra : créer un véritable théâtre musical, spectaculaire et psychologique, féérique et réaliste. En témoigne l’exposition présentée au Palais Garnier à Paris qui à travers un parcours remarquablement argumenté, souligne combien les 4 opéras du Ring ont su réunir d’éblouissantes voix et surtout inspirer nombre de scénographes et metteurs en scène, tout en exigeant le maximum de l’orchestre et du chef requis.

 

 

 

Le Festival Ring par le duo Heras-Casado et Bieito

L’exposition intitulé « Les Révolutions du Ring » accompagne le « Festival Ring », proposé en novembre 2026 par l’Opéra national de Paris, qui présente deux cycles complets de L’Anneau du Nibelung à l’Opéra Bastille dans une mise en scène de Calixto Bieito dirigée par Pablo Heras-Casado – ainsi le cycle qui avait été programmé en 2020, mais reporté à cause de la covid, voit enfin le jour, dans sa continuité originelle.

 

 

Une exposition événement

Plus de 100 pièces et documents originaux, issus pour la plupart des fonds de la BnF, d’institutions muséales et de collections privées, évoquent la richesse et la singularité géniale du Théâtre Wagnérien. Les éléments exposés
ressuscitent aussi la passion Wagner en France. Au cours du parcours en 5 sections, objets et compositions illustrent l’évolution visuelle et théâtrale de l’œuvre sur un siècle et demi.

Entre autres, à ne pas manquer :
– Les personnages du Ring (avec un tableau qui récapitule tous les chanteurs de la création à Bayreuth en 1876 sous la baguette du chef Hans Richter, proche de Wagner).
– l’évocation du Wagner révolutionnaire, le réformateur radical qui réinvente l’opéra et la notion de drame lyrique qu’il pense comme une œuvre d’art total, englobant toutes les disciplines : théâtre, chant, danse, musique (en particulier flux orchestral spectaculaire,…) et féerie visuelle, déjà cinématographique, exigeant une machinerie de plus en plus inventive ;
– la genèse d’une « œuvre monde » dont l’achèvement se produit après plus de 25 ans de gestation (jusqu’à sa création à Bayreuth en 1876) ;
La part la plus intéressante évoque les réalisations scéniques, en particulier sur la scène de l’Opéra de Paris, depuis l’après guerre. Des lectures modernes et contemporaines qui questionnent l’héritage de Wagner et souligne in fine combien son théâtre se prête à une approche critique et des moyens infinis pour l’explorer : le parcours évoque ainsi les mises en scène marquantes qui ont révolutionné l’interprétation du cycle, évidemment la production fondatrice de 1976 à Bayreuth, lecture du Centenaire (signée des Français, Pierre Boulez et Patrice Chéreau), jusqu’aux visions de metteurs en scène (et de leur décorateurs) comme Peter Stein et Klaus Michael Grüber (sous l’ère Liebermann), Harry Kupfer, Robert Wilson, David McVicar (Opéra du Rhin), Romeo Castellucci ou Calixto Bieito… parmi les approches plus récentes. Figure aussi le ballet de Maurice Béjart « Ring Um den Ring » (Palais Garnier, 1990, à travers la superbe photo de Colette Masson, représentant le duo tendu, électrique Wotan / Erda),…
Maquettes, peintures, dessins, partitions (dont la plus ancienne manuscrite exposée au début du parcours : « esquisse de 1850 pour la mort de Siegfried / Siegfried Tod » Bnf), vidéo, costumes, extraits vidéos, photographies… sont autant d’éléments très bien sélectionnés d’une exposition parmi les plus réussies de la Maison parisienne.

 

 

________________________________________
RICHARD WAGNER / Les Révolutions du RING
Exposition du 27 octobre 2026 au 20 février 2027 inclus, à la Bibliothèque-musée de l’Opéra au sein du Palais Garnier. L’exposition est accessible dans le cadre d’une visite du Palais Garnier, hors jours de fermeture exceptionnelle – 
Commissariat : Marion Mirande, responsable des publications lyriques – Direction de la Communication | Opéra national de Paris ; et Olivier Mabille, chef de service des collections imprimées – Département de la musique | Bibliothèque nationale de France
Catalogue édité par Grand Palais RMN éditions / Opéra national de Paris : 39 euros.

 

PLUS D’INFOS sur le site de l’Opéra National de Paris : https://www.operadeparis.fr/visites/expositions/richard-wagner-les-revolutions-du-ring
Chevauchée des Walkyries, dieux germaniques et nordiques, héros pourfendeur de dragon et anneau maudit : le Ring est certainement l’œuvre de Wagner qui habite le plus profondément l’imaginaire collectif. Créé il y a 150 ans à Bayreuth, marqué par des productions légendaires, le Ring demeure un objet théâtral et musical unique, révolutionnaire et novateur à bien des égards, qui continue de fasciner un large public.

 

 

 

agenda : FESTIVAL RING 2026
L’exposition accompagne le cycle du Ring à l’affiche de l’Opéra Bastille, en novembre 2026 : L’Or du Rhin (les 6 et 15 nov), La Walkyrie (7 et 17 nov), Siegfried (10 et 19 nov), enfin Le Crépuscule des Dieux (13 puis 22 nov 2026). Plus d’infos sur le site de l’Opéra National de Paris / Opéra Bastille : https://www.operadeparis.fr/ et https://www.operadeparis.fr/billetterie/abonnements/festival-ring

 

 

parcours de l’exposition
I – Aux origines du Ring
II – L’œuvre d’art total et sa réalisation
III – Tradition : le Ring à l’Opéra de paris 1893 – 1962
IV – Nouvelles mythologies
V – Le Ring – L’éternel Retour

_________________________________________________________

 

 

les dossiers de CLASSIQUENEWS

Wagner à Paris

A l’occasion de l’exposition Les Révolution sud Ring (jusqu’au 27 février 2026), CLASSIQUENEWS fait le point sur les séjours de Richard Wagner dans la Capitale française. Plusieurs séjours parisiens se sont déroulés dont deux principaux… marqués d’abord par la misère d’un Wagner révolutionnaire, présentant en vain son ouvrage « Le Hollandais volant / Le Vaiseau fantôme »(1841), puis par le créateur non moins rebelle et audacieux, porteur d’un nouveau modèle lyrique suscitant le fameux scandale lors de la création de Tannhauser en 1861…

 

Voici le détail des lieux habités et des dates exactes de ses deux principaux séjours parisiens :

PREMIER SÉJOUR : Septembre 1839 – Avril 1842
Jeune compositeur inconnu de 26 ans, Wagner souhaite connaître la gloire à Paris (capitale de l’opéra) mais y vit dans une extrême pauvreté. Il déménage fréquemment pour tenter d’échapper à ses créanciers :
Septembre 1839 – Avril 1840 : 3, rue de la Tonnellerie (dans le quartier des Halles / Les Innocents, maison aujourd’hui démolie).
Avril 1840 – Mai 1841 : 25, rue du Helder (9e arrondissement).
Mai 1841 – Octobre 1841 : 27, avenue du Château à Meudon (Hauts-de-Seine). Il s’exile en banlieue pour fuir les huissiers. C’est là qu’il compose son premier grand chef-d’œuvre, Le Vaisseau fantôme (Le Hollandais volant).
Octobre 1841 – Avril 1842 : 14, rue Jacob (6e arrondissement, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, où une plaque commémorative est visible). Il quitte ensuite la France pour l’Allemagne, … ruiné.

 

 

 

20 ans plus tard, c’est un compositeur autrement plus célébré et reconnu qui revient à Paris en 1859
SECOND SÉJOUR : Octobre 1859 – Juillet 1861
Célèbre, Wagner revient à Paris pour tenter d’y imposer sa musique, ce qui mènera au scandale historique de la version parisienne de Tannhäuser en mars 1861.
Octobre 1859 – Octobre 1860 : 16, rue Newton (16e arrondissement, près de la place de l’Étoile). L’hôtel particulier a été détruit peu de temps après lors des travaux du baron Haussmann.
Octobre 1860 – Juillet 1861 : 3, rue d’Aumale (9e arrondissement, une plaque est également apposée). C’est dans cet appartement qu’il retravaille Tannhäuser avant les représentations tumultueuses à l’Opéra de Paris (en particulier la place du ballet, malheureusement intégré au début de l’action…)

TANNHAUSER suscite l’un des plus grands scandales de l’histoire de la musique. Wagner avait pourtant spécialement retravaillé son œuvre (créant la célèbre « Version de Paris ») en y ajoutant un ballet au premier acte pour satisfaire aux exigences de la scène française.

Mais les membres influents du Jockey Club perturbèrent les représentations ; ils avaient l’habitude d’arriver au milieu du spectacle uniquement pour le ballet (pour y voir les danseuses), chorégraphie habituellement placée au deuxième ou troisième acte. Face à ce fiasco, Wagner retira son œuvre après seulement 3 représentations. Il n’en fallut pas davantage pour impressionner de façon indélébile l’imagination des artistes français dont Fantin-Latour ou Baudelaire, inaugurant désormais une passion française pour Wagner, et l’amorce du wagnérisme dans l’Hexagone. Néanmoins il faut attendre encore les années 1880-1890 pour que les opéras de Wagner soient pleinement joués et compris par le public français. L’Opéra de Paris ayant que très tardivement programmé les opéras de Wagner à la fin du XIXè et au début du XXè…
(Wagner fera d’autres très courts passages à Paris par la suite, notamment au Grand Hôtel de la rue Scribe ou à l’Hôtel d’Épernay en 1865, mais sans s’y installer durablement.)

 

 

Après l’échec de Tannhauser à l’Opéra de Paris, deux autres œuvres majeures sont produites à Paris sur d’autres scènes théâtrales avant la fin du siècle :

1 – Rienzi (en 1869) : Traduit en français, cet opéra connut un franc succès public au Théâtre-Lyrique.

2 – Lohengrin (en 1891) : Donné d’abord au Théâtre de l’Éden en 1887, il fit une entrée triomphale au Palais Garnier en 1891 (l’Opéra de Paris ayant déménagé dans son nouveau bâtiment), marquant le début de la réconciliation définitive entre le public parisien et Wagner.

 

Wagner révélé par les concerts parisiens

Ce sont surtout les sociétés de concerts parisiens qui se passionnent pour les opéras et extraits d’opéras de Wagner ce dès les années 1860, soit de façon simultanée à la création de Tannhauser à l’Opéra de Paris ; le public parisien malgré le contexte nationaliste des années 1870, s’enthousiasme pour Wagner grâce à Jules Pasdeloup (qui fonde ses Concerts populaires en octobre 1861), Édouard Colonne ou Charles Lamoureux, fondateur de l’Orchestre Lamoureux… sont dès leur exécution en concert, particulièrement applaudis : l’ouverture et la Bacchanale (le fameux ballet scandaleux) de Tannhauser, comme les Préludes des actes I et III de Lohengrin. Cependant que par extraits le Ring s’affiche aussi au programme des concerts parisiens, suscitant un immense succès : en autres, la célèbre Chevauchée des Walkyries et L’Enchantement du Feu (Die Walküre), Les Murmures de la forêt (Siegfried), le voyage de Siegfried sur le Rhin et La Marche funèbre de Siegfried (Götterdämmerung)… C’est Charles Lamoureux et son fabuleux orchestre qui jouent les premiers extraits de Parsifal (dont l’Enchantement du Vendredi Saint) à la fin des années 1880.

L’Opéra de Paris n’affiche le Ring que dans les années 1890 : La Walkyrie (1893), Les Maître Chanteurs de Nuremberg (1897), Tristan und Isolde en 1899 (soit 34 ans après sa création en Bavière)…

____________________________________________________________

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CHÂTEAU DE VERSAILLES, Chapelle Royale, mar 3 nov 2026. MOZART : Messe en ut mineur. Sabine Devieilhe, Pygmalion, Raphaël Pichon

Mozart est au cœur du répertoire de Raphaël Pichon, dont la version particulière du Requiem, associé à diverses pièces...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img