vendredi 23 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. BUENOS AIRES, Teatro Avenida, le 18 octobre 2026. VERDI : RIGOLETTO. Juan Salvador Trupia, Maria Lucia González, Nazareth Aufe… Maria Jaunarena / André Dos Santos

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Daniel Lara
Daniel Lara
Daniel Lara est journaliste culturel et critique d’opéra. Spécialisé dans la musique vocale, la musique classique et l’art lyrique, il publie régulièrement critiques, articles et entretiens dans plusieurs médias spécialisés internationaux. Il est actuellement correspondant de Pro Ópera (Mexique), OperaWorld.es (Espagne) et ClassiqueNews.com (France), et collabore comme animateur culturel à l’émission culturelle LatinTime diffusée sur CKUT 90.3 FM à Montréal (Canada).
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Véritable pépinière de talents lyriques locaux (en Argentine), la Compagnie Juventus Lyrica a présenté Rigoletto, l’un des opéras les plus populaires du répertoire et un chef-d’œuvre de Giuseppe Verdi, qui compte parmi les sommets de l’art lyrique du XIXe siècle. Créé avec un immense succès au Teatro La Fenice de Venise le 11 mars 1851, l’ouvrage inaugura la célèbre trilogie populaire du compositeur, aux côtés d’Il trovatore (1853) et de La traviata (1853). Ces trois titres marquèrent un tournant dans l’évolution artistique de Verdi et consolidèrent sa position dominante dans le paysage de l’opéra italien du milieu du XIXe siècle.

 

D’une extraordinaire intensité dramatique et d’une remarquable efficacité théâtrale, le livret fut écrit par Francesco Maria Piave, collaborateur habituel de Verdi, d’après Le Roi s’amuse (1832), l’audacieuse pièce de l’écrivain français Victor Hugo. L’œuvre explore le conflit entre la corruption morale des puissants et la vulnérabilité de ceux qui subissent leurs abus. L’adaptation lyrique dut composer avec les exigences de la censure autrichienne, qui s’opposait notamment à la représentation d’un souverain immoral. Le roi François Ier de France fut ainsi remplacé par le duc de Mantoue, personnage fictif, tandis que plusieurs éléments de l’œuvre originale furent remaniés. L’action fut transposée dans le duché de Mantoue, qui avait perdu son indépendance politique bien avant la création de l’opéra. L’intrigue s’articule autour de la tragédie de Rigoletto, bouffon de cour qui, en tentant de protéger sa fille Gilda des abus de son maître, déclenche une succession d’événements funestes, placés sous le signe de la vengeance, de la tromperie et de la malédiction.

La distribution vocale, composée presque entièrement de jeunes artistes lyriques locaux prometteurs, en Argentine, s’est montrée convaincante et pleinement investie dans chacun des rôles. Dans le rôle de Rigoletto, bouffon bossu et cruel de la cour du duc de Mantoue, le jeune baryton espagnol Juan Salvador Trupia a livré une incarnation d’une remarquable justesse, frôlant la perfection. Sa belle voix lyrique aux accents dramatiques, l’homogénéité de son émission, la pureté de sa ligne de chant et l’émotion authentique dont il a empreint son interprétation ont fait merveille. Ses duos avec sa fille, notamment « Sì, vendetta, tremenda vendetta », ainsi que la poignante scène des adieux, auraient ému jusqu’à une pierre.

Dans le rôle de Gilda, sa fille naïve et innocente, la soprano María Lucía González a livré une interprétation bouleversante dans un emploi idéalement adapté à sa voix. Son timbre lyrique au beau velouté s’est distingué par la maîtrise de sa ligne de chant et la solidité de sa technique, qui lui ont permis d’aborder avec aisance et précision les passages de colorature exigés par la partition. Il convient également de souligner la finesse de ses nuances et sa capacité à traduire, par le chant, l’évolution psychologique de son personnage. Complétant le trio des protagonistes, le ténor uruguayen Nazareth Aufe a incarné un duc de Mantoue particulièrement convaincant, libertin, séducteur et sans scrupules. Son chant d’un remarquable lyrisme, sa musicalité, l’élégance de son phrasé et la finesse de son interprétation ont donné toute sa dimension à ce personnage.

La basse Cristian De Marco a fait valoir des graves riches et caverneux, conférant une grande autorité à son interprétation de Sparafucile, le tueur à gages sanguinaire. Dans le rôle de sa sœur Maddalena, la mezzo-soprano Eugenia Fuente s’est distinguée par une prestation vocale solide et une présence scénique pleine d’aisance. Parmi les autres rôles secondaires, Víctor Chávez a laissé une excellente impression dans le rôle de Monterone, le vieux noble dont la malédiction lancée contre Rigoletto constitue le point de départ du drame et annonce son dénouement tragique. Ericka Alcon a également retenu l’attention dans le rôle de Giovanna, la servante et confidente de Gilda. L’univers corrompu de la cour a été efficacement incarné par Aldo Regier (Marullo), Álvaro García Martínez (Borsa) et Ramiro Brandan (le comte de Ceprano).

Le Chœur de la Compagnie Juventus Lyrica, placé sous la direction de Pablo Manzanelli, s’est distingué par une préparation minutieuse, une belle homogénéité sonore et un engagement scénique manifeste. Depuis la fosse, le chef brésilien André Dos Santos a dirigé l’orchestre argentin avec une battue assurée, un véritable sens du style verdien et une attention soutenue aux nuances ainsi qu’à l’équilibre sonore entre la fosse et la scène.

 

 

Grâce à des idées ingénieuses et à des solutions théâtrales efficaces, María Jaunarena a signé une mise en scène qui met en évidence avec force l’univers d’excès, d’abus et de complicités dans lequel se déroule l’intrigue. Elle assurait également la conception des costumes, tandis que la scénographie et les éclairages étaient confiés à Gonzalo Córdova. La production s’est distinguée par une esthétique soignée et une direction d’acteurs élaborée, tant pour les solistes que pour les ensembles choraux, permettant de discerner clairement le rang social des différents personnages. Les costumes respectaient le contexte historique sans chercher à reconstituer rigoureusement une époque donnée, tandis que la scénographie, reposant sur un nombre limité d’éléments, favorisait la fluidité de l’action et se révélait fonctionnelle.

 

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CRITIQUE, opéra. BUENOS AIRES, Teatro Avenida, le 18 octobre 2026. VERDI : RIGOLETTO. Juan Salvador Trupia, Maria Lucia González, Nazareth Aufe… Maria Jaunarena / André Dos Santos. crédit photographique (c) droits réservés

 

 

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