mercredi 30 septembre 2026

CRITIQUE, opéra (en version de concert). PARIS, Théâtre des Champs-Élysées, lundi 28 septembre 2026. MASSENET : Roma. R. Willis-Sørensen, J. F. Borras, J. Robard-Gendre, T. Christoyannis, J. Boutillier…

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Le dernier né de la série d’opéra français enregistré sous la direction du Palazzetto Bru Zane est grandiose. Roma, dernier opéra de Jules Massenet est une fresque monumentale, tragique, puissante et exaltante. Composé bien après les célèbres Werther ou Manon, il est moins larmoyant, mais encore plus grave et terrible. Il était servi à cette occasion par chef, orchestre et plateau de solistes du meilleur choix, tous aussi précis qu’expressifs, nous transportant dans la Rome rêvée du début du XXe siècle.

 

Le temple de Vesta est profané. Rome en pleine guerre contre Hannibal est perdue. Pour la sauver l’oracle demande la mort de la Vestale qui a osé s’abandonner à Vénus. Le sénateur Fabius s’inquiète car sa nièce chérie, Fausta est vestale. Est-elle la coupable ? Une des vestales se désigne. C’est Junia, interprétée avec une grâce incomparable par Hélène Carpentier. Elle chante un air plein de candeur racontant un rêve où elle aurait aperçu l’amour. Si le rôle de Junia se résume quasiment à cet air, Hélène Carpentier le rend inoubliable par un sens aiguisé de l’art vocal au service du théâtre. La véritable coupable est découverte lorsque le cruel pontife Lucius Cornelius lui fait croire à la mort de son amant. Il s’agit de Fausta. Le sénateur Fabius est, schéma classique, tiraillé entre l’amour pour sa nièce et son devoir de sénateur : sauver Roma. Tassis Christoyannis, membre peut-être le plus fidèle à l’équipe du Palazzetto, livre dans cet air toutes ses qualités qu’on ne présente plus. Il incarne ce rôle autant dans la douleur que dans la dignité, expressif dans chaque mot sans y sacrifier une seule note. Il est certain que nul autre n’aurait pu être mieux à sa place par tant par ses qualités que par sa grande connaissance de l’opéra français. Mais Fausta doit mourir, et il en sera convaincu par l’impressionnant Patrick Bolleire qui incarne l’implacable Lucius Cornelius. Comme une colonne de marbre, sa profonde voix de basse s’ancre dans ce rôle glaçant. Une diction raffinée qui se délecte des sentences sévères qu’elle prononce complète ce portrait d’un méchant idéal.

 

 

Fausta et son amant Lentulus doivent fuir pour échapper à la mort. Ce dernier est campé par Jean-François Borras, ténor incontournable de sa génération, à la voix aussi héroïque que lyrique. Lyrisme qui s’épanouit tout particulièrement dans les deux superbes duos du troisième acte avec sa bien aimée incarnée avec sensibilité par Rachel Willis-Sørensen. Ils forment ensemble un parfait couple d’amants, presque Pucciniens incarnant ensemble à la fois la passion, mais aussi la peur et la culpabilité avec un fort sens dramatique. Ils fuient par un souterrain avec l’aide du gaulois Vestapor sous les traits de l’excellent Jérôme Boutillier. Il est dans ce rôle à la fois très comique et profond lorsqu’il défend par cet acte son pays gaulois contre Rome asservissante. Une technique absolument irréprochable lui permet tout, de la farce à l’envolée lyrique, ou à son héroïsme dans le petit rôle de Caïus au premier acte.

 

 

La tension dramatique est à son comble dans les deux derniers actes de l’opéra. Fausta décide finalement de se rendre pour sauver son pays. Mais sa mère, l’aveugle Postumia s’y oppose. Julie Robard-Gendre est magistrale dans ce rôle. Elle est la seule soliste pour laquelle le public enthousiaste n’a pu s’empêcher d’applaudir son impressionnant grand air. Une voix de poitrine très soignée, et une intensité dramatique comparable à l’expressionnisme allemand des années 20 la font ressortir d’un plateau pourtant extraordinaire. Julie Robard-Gendre est pour nous la révélation de cette soirée. Il n’est pas une inflexion, un affect, un regard perdu comme sont ceux des aveugles qui ne soit proposé avec précision tant le rôle est su et pris à cœur. Elle est d’ailleurs une des solistes à regarder le moins sa partition. Avec son impressionnante voix toutes les possibilités lui semblent ouvertes, des notes graves de contralto aux éclats d’une soprano dramatique. Le plateau est complété par le petits rôles de Galla et la grande vestale respectivement interprétés par Clémence Tilquin et Aliénor Feix toutes deux aussi justes que le reste du plateau. Tous ces interprètes merveilleux étaient portés par le très dynamique Orchestre Philharmonique de Monte Carlo, placé sous la baguette jeune, précise et expressive de Diego Ceretta.

Accroché à cette tragédie rendue monumentale par l’excellence de ses interprètes, la fondation Palazzetto Bru Zane offre encore une fois une version concert et un enregistrement de référence qui a le pouvoir en une soirée de vous faire oublier tout ce qui ne se passe pas sous vos yeux par le pouvoir de la musique, à Roma.

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). PARIS, Théâtre des Champs-Élysées, lundi 28 septembre 2026. MASSENET : Roma. R. Willis-Sørensen, J. F. Borras, J. Robard-Gendre, T. Christoyannis, J. Boutillier… Crédit photo (c) Alice Blangero

 

 

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