Pour l’ouverture de sa saison 2026-2027, l’Orchestre National des Pays de la Loire a investi l’Auditorium Debussy du Conservatoire de Nantes, une salle de 850 places à l’acoustique remarquable et aux sièges confortables, où la proximité avec les musiciens est totale. Ce déménagement temporaire, imposé par la rénovation de la Cité des Congrès jusqu’en 2028, s’est transformé en véritable bénédiction : le public a redécouvert un lieu chargé d’histoire, celui-là même où l’orchestre donnait ses concerts avant la construction de la Cité des Congrès
Le jeune et bondissant chef espagnol Roberto Forés Veses, grand habitué de la phalange ligérienne, a insufflé à ce programme intitulé « Les Grands Classiques » une énergie communicative. Le chef valencien a su faire ressortir toutes les nuances d’un répertoire viennois entre classicisme et romantisme. Sa gestuelle enthousiaste et précise à la fois a entraîné l’orchestre dans une lecture à la fois fougueuse et raffinée.
En remplacement de Sarah Nemtanu, la violon solo de l’Orchestre de Paris, Amaury Coeytaux, premier violon du célèbre Quatuor Modigliani, a offert une interprétation très touchante des deux Romances pour violon et orchestre de L. van Beethoven. Sa sonorité chaleureuse et sa technique irréprochable ont révélé l’aspect le plus tendre et le plus féminin du génie beethovénien, loin de l’image en coups de poing du compositeur révolutionnaire. Les mélodies lumineuses et lyriques des Romances ont flotté avec une grâce infinie au-dessus de l’orchestre, dans une complicité parfaite avec la direction de Forés Veses.
L’Ouverture de Fierrabras de Franz Schubert avait ouvert le concert avec panache, déployant dès les premières mesures une imagination orchestrale flamboyante. Puis, la troisième pièce de ce concert donné sans entracte a mis là l’honneur la Symphonie n°104 de Josef Haydn, ultime chef-d’œuvre du compositeur autrichien, a porté le style classique à son point de non-retour. Dernière des « Symphonies Londoniennes », créée en 1795 lors des adieux de Haydn à Londres, la Symphonie n°104 est l’aboutissement absolu du genre symphonique classique. Dès l’Adagio introductif en ré mineur, Haydn impose un climat grave et une cellule musicale – l’intervalle de quinte – qui irriguera secrètement toute l’œuvre. L’Allegro éclate ensuite en ré majeur, avec un thème chantant, un développement d’une densité dramatique rare et une réexposition d’une évidence souveraine. L’Andante en sol majeur mêle sérénité et contrastes violents, notamment ces passages dans des tonalités éloignées qui donnent au mouvement une couleur si particulière. Le Menuet n’a rien d’un simple divertissement : sa rigueur architecturale annonce déjà la musique cyclique. Quant au Finale Spiritoso, bâti sur un thème populaire et une basse de musette obsédante, il conjugue vigueur, humour et liberté de ton — une audace stupéfiante pour l’époque.
Sous la baguette de Roberto Forés Veses, l’ONPL a fait preuve d’une transparence remarquable, chaque ligne se détachant avec netteté. L’Adagio initial a imposé un silence habité avant que ne jaillisse l’Allegro, dont les échappées de flûte ont flotté avec légèreté. L’Andante a déployé un legato d’une douceur infinie, les contrastes étant rendus avec une netteté saisissante. Le Menuet a été creusé avec finesse, timbales discrètes mais autoritaires, cordes chantantes. Enfin, le Finale a été l’apothéose : thème populaire lancé avec une énergie communicative, basse de musette implacable, second thème caressé avec tendresse, avant une stretta d’une ivresse contagieuse.
Cuivres éclatants, cordes en feu, salle suspendue puis conquise : l’ONPL a prouvé qu’il pouvait rivaliser avec les meilleures phalanges dans ce répertoire. Ce concert d’ouverture restera ainsi comme une parenthèse de beauté et de tendresse, une petite bulle de virtuosité. L’ONPL, en investissant ce lieu emblématique du Conservatoire, a offert à ses auditeurs une rentrée musicale d’exception, entre héritage viennois et émotion pure.
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CRITIQUE, concert. NANTES, Auditorium Debussy, le 18 sept 2026. SCHUBERT / BEETHOVEN / HAYDN. Orchestre National des Pays de la Loire, Roberto Forès Veses. Crédit photo (c) Droits réservés





