Inspirée par l’écriture hypnotique de Philip Glass, la viloncelliste Camille Thomas propose un voyage à la fois intime et vertigineux où le chant du violoncelle sert indiscutablement la grande diversité des pièces choisies, où s’imposent plusieurs transcriptions particulièrement réussies.
CD1 – Grave, sombre, « The poet acts » extrait de « The Hours » (1) ici transcrit pour violoncelle, éclaire différemment l’air d’une mélancolie désespérée : comme si le chant de l’instrument à cordes atteignait des profondeurs abyssales, souterraines, jusqu’au tréfond d’une psyché atteinte et meurtrie. Le tact et l’économie expressive de Camille Thomas savent enrichir la mélodie d’une tendresse suave filigranée, d’une langueur infinie, sans perdre ce qui la rattache à une ineffable dignité d’âme.
Aux côtés des transcriptions pour le violoncelle seul, la soliste a aussi élaboré plusieurs séquences avec 8 violoncelles (les élèves de son professeur à Weimar, Wolfgang Emanuel Schmidt): en particulier l’Étude n°16 (suspendue, sortant de l’ombre et s’évanouissant dans l’ombre) ; surtout l’Étude n°2, notre préférée, qui joue de la superposition des parties de violoncelles entre elles, rétablissant en ondes aériennes, planantes, l’effet de la pédale (de la pièce originelle pour piano). Tout le mérite revient aux interprètes dont le professeur lui-même, leur connivence collective qui exprime la tendresse intime et cette langueur sourde et voluptueuse dont le compositeur a le secret. C’est certainement la pièce la plus enivrante du programme, ici magnifiquement réalisée dans une transcription qui comme toutes les autres, a reçu la validation et l’agrément du compositeur lui-même (LIRE notre entretien avec Camille Thomas à propos de son double album « PHILIP GLASS For Cello » (2 cd Deutsche Grammophon) : lien en fin de texte, ci après.
Au cœur du programme, s’affirme la puissance cinématique des 11 séquences formant la Suite Orchestrale élaborée pour le film « Naqoyqatsi », dont chef, soliste et musiciens de l’orchestre expriment le souffle puissant, épique. Les percussions jalonnent un tableau grave, à la fois solennel et d’une sensualité hypnotique, qui convoque le destin, un temps compté et tragique où le rugissant sourd des cuivres, les vagues ondulantes des cordes (4) façonnent comme un rituel vertigineux. Arabesques paniques, séries fulgurantes des cordes, répétées, assénées jusqu’à la transe explosive (5) ; puis solo intimiste d’une épure plaintive (6) ; enchantement suspendu d’une tendresse bouleversante (7, puis le finale 13)… à chaque séquence, captive un parcours harmoniquement raffiné, très élaboré qui exprime le bouleversement profond de la psyché, une traversée intérieure qui signifie des déflagrations intimes dont on ne sort pas indemne (8 puis 9, la plus spectaculaire des 11, avec la trompette solo qui prépare à l’éloquence enivrée du violoncelle ; sa gravitas chantante et charnelle, d’une sensualité envoûtante grâce à la volupté naturelle de son timbre.
Le cycle n’écarte pas la toute puissance symphonique (11) : puissance d’une machine conquérante qui convoque au final tout l’orchestre, jusque dans ses ultimes accents crépusculaires, dans un dialogue avec le violoncelle amoureux, d’une riche éloquence intérieure (superbes mesures finales).
La Suite (qui comprend aussi les 3 mouvements du Concerto n°2), enchaîne sans heurts ni rupture de caractère avec l’instant choisi extrait de « Truman Show » (ici pour violoncelle et piano, 14), d’une pudeur intense, Camille Thomas joue le sommeil de Truman (« Truman sleeps »), – immersion pudique déchirante dans l’identité profonde d’un être qui a sacrifié son intimité pour la livrer au monde… et qui s’achève dans un ultime souffle. A travers le jeu sûr, suggestif de la violoncelliste s’affirme contre le fatum, l’intégrité intime jamais atteinte. Magistral.
CD2 – Comme enivré voire halluciné, le chant du violoncelle se montre d’une agilité incandescente dans l’Étude n°6 (avec tout l’orchestre).
De fait l’Orchestre bruxellois et le chef Oscar Jockel offrent un excellent appui à la soliste, trouvant un équilibre lumineux dans les pièces qui réclament l’effet de masse comme l’incise plus intime de chants solos : c’est assurément le cas du Concerto n°1 (qui clôt le cd2), en particulier son premier mouvement qui alterne chambrisme presque abstrait, et tutti spectaculaires, vertigineux ; fulgurances soliste et tutti fiévreux (le 3è mouvement comme embrasé). Les interprètes éclairent dans le second mouvement, tout aussi développé, l’écriture extrêmement raffinée de Glass, à la fois apaisée et scintillante, toujours au service d’une suractivité psychique qui submerge et qui trouve ici, une remarquable onctuosité progressive et agissante. Le double cd exprime avec une indiscutable finesse l’onirisme envoûtant de Philip Glass… dont sera célébré le 90 è anniversaire en janvier 2027. L’album de Camille Thomas en est déjà une juste et opportune célébration. L’enregistrement obtient le CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026.
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CRITIQUE CD événement. PHILIP GLASS : For Cello. Camille THOMAS, Brussels
Philharmonic / Oscar Jockel, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon)
entretien
LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Camille Thomas, à propos de son double CD PHILIP GLASS: FOR CELLO (2 cd Deutsche Grammophon) : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-la-violoncelliste-camille-thomas-a-propos-de-son-nouveau-double-album-dedie-aux-oeuvres-de-philip-glass-2-cd-dg-deutsche-grammophon/
En 2 CD événements édités par Deutsche Grammophon ( » PHILIP GLASS : For cello « ), la
violoncelliste Camille Thomas offre une intégrale des œuvres pour violoncelle de Philip Glass. Au programme, les 2 Concertos, – le 2ème intégré dans la continuité des 11 séquences qui forment la Suite orchestrale « Naqoyqatsi », mais aussi plusieurs transcriptions pour violoncelle de pièces hypnotiques, au souffle cinématographique, originellement écrites pour le piano. L’ensemble du cycle reçoit la validation du compositeur lui-même. Pour ses 90 ans en janvier 2027, Philip Glass ne pouvait mieux être mis à l’honneur et célébré avec finesse et engagement.
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