Dans la quête de la Péri, quête de l’idéal et de l’absolu, s’exprime la quête de Schumann lui-même qui y dépose toutes les ressources et possibilités permises par la musique. Portée par un élan inextinguible, une souveraine et impérieuse volonté – beethovénienne, l’écriture de Schumann se déploie, se développe, s’affirme, en particulier dans chaque avancée de la Péri, de la partie III. L’élan vital que porte le chant de l’orchestre souligne combien est déterminée La Péri à mesure que ses épreuves la rapproche davantage de son effacement. Détaillée, active, éloquente, aux somptueuses couleurs comme capable de phrasés chambristes, souples et mordants, la baguette de Jordi Savall suit le cheminement de la Péri, de plus en plus essentielle et … aérienne.
Clarté, transparence, nuances, la direction éclaire un oratorio sensible et intensément dramatique, centré sur les épreuves que surmontent l’héroïne, et au cœur de sa métamorphose, sa faculté à s’émouvoir (des larmes d’un repenti), la force de l’amour qui la traverse totalement… et qui lui ouvre les portes de la félicité éternelle (extase ultime exprimée dans l’air final « Es fällt ein tropfen aufs Land.… / une goutte descend de la lune » dont l’orchestre dessine la noble gradation conçue comme le miracle d’une aurore). Mais ce miracle final vaut une séries d’épreuves, un combat de haute lutte…
Successeur d Schumann lui-même qui crée son oratorio laïque à Leipzig le 4 déc 1843, Jordi Savall veille aux équilibres sonores comme à l’architecture globale du déroulement musical. Outre la trajectoire qui mène la Péri de l’ombre à la pleine lumière, chef et orchestre écoutent les innombrables scintillements du texte schumanien. Toutes les références aux heures de la journée et de la nuit, les mille nuances d’un texte certes de couleurs orientales, – précisément persanes-, souvent pastoral et atmosphérique, qui dépeint de sublimes paysages (d’Inde, d’Égypte, de Syrie), sont finement exprimés.
La lecture d’une irrépressible intensité, édifie un cheminement de plus en plus mystique à mesure que la Péri échoue dans sa quête. Au cœur du drame spirituel, le sentiment humaniste de compassion : tout être peut-il s’attendrir d’un autre ? souffrir, compatir, aimer… Le repenti prie d’être pardonné, touché dans son cœur par l’image d’un garçon qui prie. Dans ce jeu de regards, s’inscrit la vision même de Schumann pour son héroïne, véritable préfiguration des Isolde et Brünnhilde de Wagner.
Musicalement, Schumann se montre très proche et fidèle au sens du roman de l’irlandais Thomas Moore (« Lalla Rookh », 1817, recueil de 4 nouvelles dont Le Paradis et la Péri). Chaque épreuve pourtant loin de la décourager, attise un impérieux désir, affirme des ressources nouvelles, l’esprit du combat et de la résilience. L’orchestre en exprime chaque avancée, révélant la force d’une âme valeureuse. Il déroule un somptueux flot dramatique, accentué et transparent, où s’enchâsse aussi parfaitement le chant du chœur.
Narrateur de cette lutte qui la force au delà de ses limites, l’excellent ténor Kieran Carrel déploie son chant diamantin, d’une claire conviction comme s’il soulignait chaque séquence aux côtés de l’héroïne, soulignant son espoir, ses attentes, jusqu’à l’accomplissement final, tant espéré, cette larme d’un criminel repenti, ultime offrande, … la clé qui lui ouvre enfin, les portes de la félicité.
Dans le sillon tracé par ses augustes aînées, telles Edda Moser, Barbara Bonney, Dorothea Röschmann,… en Péri idéalement habitée, inquiète et opiniâtre, ardente et constante, Lina Johnson réalise un parcours sans fautes, exprimant la fragilité d’une âme qui doute, comme l’aplomb d’une volonté qui est honnête et droite, malgré les épreuves. En outre son allemand est fin et articulé, constamment inféodé à la sensibilité ardente et active de ce personnage si attachant.
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CRITIQUE CD événement. Robert SCHUMANN : Das Paradies und die Peri (1843). Lina
Johnson, Marianne Beate Kielland, Kieran Carrel… la Capella Nacional de Catalunya, Le Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox – parution : sept 2026) – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026 – Illustration : George Frederic Watts : Hope DR – PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur ALIA VOX : https://www.alia-vox.com/en/
Présentation, annonce
LIRE aussi notre annonce du CD Robert SCHUMANN : Das Paradies und die Peri (1843). Jordi Savall (2 cd Alia Vox – parution : sept 2026)
La bouillonnante activité de la musiques schumanienne, vécue comme une nécessité vitale s’exprime plus que tout autre oratorio de Robert Schumann dans son Paradis et la Péri, sommet conçu par le compositeur poète. S’y déploie cette faculté à ouvrir des horizons psychiques inconnus, des paysages imaginaires sans limites, des ouvertures salvatrices pour celui qui jamais satisfait, devait mourir à … 43 ans
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