samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, danse. PARIS, Théâtre des Abbesses, le 24 juin 2023. « PROMISE » de Sharon EYAL et par la Compagnie TANZMAINZ

A lire aussi
Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
image_pdfTélécharger (.pdf)

Dans le cadre de la saison 22/23 du Théâtre de la Ville (décentralisée – car en travaux – depuis 2016 !), le Théâtre des Abbesses a accueilli avec émoi et fracas la pièce « Promise », dernière création de la géniale chorégraphe israélienne Sharon Eyal pour la compagnie allemande TANZMAINZ. Une soirée d’ouverture triomphale, une pluie battante dehors, une tempête de grâce et d’énergie sur scène. Recension d’un moment d’exception !

 

D’emblée, le plateau se transforme en un espace-temps singulier. Sept corps en justaucorps et chaussettes d’un bleu-gris uniforme surgissent de la pénombre, comme une seule entité, un organisme palpitant. La signature de Sharon Eyal est immédiatement reconnaissable : perchés sur les demi-pointes, les danseurs de la TANZMAINZ déploient un langage corporel unique, où les épaules chevauchent les épaules, où les regards se fixent sur l’horizon. Ici, point de grands jetés spectaculaires, mais une économie de mouvement d’une intensité rare, une pulsation continue qui fait vibrer la matière humaine

La performance est une plongée dans le vocabulaire chorégraphique hypersensible d’Eyal. Les corps, oscillant entre sensualité brute et mécanique implacable, traversent un spectre d’émotions saisissant. On y perçoit la vulnérabilité, la peur, l’amusement, l’espoir, parfois même une joie palpable à être ensemble. La musique, composition envoûtante d’Ori Lichtik, mêle les beats techno à des échos plus nostalgiques, créant un paysage sonore anxiogène et enivrant où les danseurs s’accrochent, se répondent et amplifient une énergie collective bouillonnante. 

 

 

Si le groupe fait bloc, Promise est aussi une célébration des différences. Malgré la tenue unisexe, les sept interprètes affirment leur singularité. Les échappées solitaires, les duos surprenants, et jusqu’à ce moment d’anthologie où un cœur se dessine avec les bras pour envelopper l’un des leurs, sont autant de promesses d’un monde où solidarité et liberté individuelle coexistent. La lumière chirurgicale d’Alon Cohen isole ces instants d’une beauté fragile, tandis que les fines ampoules descendant du plafond évoquent un univers d’étoiles, un ailleurs où l’humanité rayonne.

À l’issue des 45 minutes de cette pièce intense, une clameur immense a envahi la salle. Debout, le public a salué comme il se doit la performance stupéfiante de ce petit groupe d’artistes et le génie de leur chorégraphe. « Promise » restera sans nul doute comme l’un des temps forts de cette saison 22/23, une démonstration éclatante que la danse de Sharon Eyal, exigeante et hypnotique, est un langage universel qui parle à notre humanité la plus profonde.

 

 

_________________________________________
CRITIQUE, danse. PARIS, Théâtre des Abesses, le 24 juin 2023. « PROMISE » de Sharon EYAL et par la Compagnie TANZMAINZ. Crédit photographique (c) Andreas Etter

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

ALLEGRO SPATIAL. GLUCK : Gli Cinesi, filmé en 4K & Dolby Atmos, dim 27 sept 2026. Juliette Mey, … Orchestre de l’Opéra Royal, Andrés...

GLUCK à TRIANON... La nouvelle chaine de musique classique, ALLEGRO SPATIAL, diffuse un joyau lyrique des années 1750 :...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img