dimanche 20 septembre 2026

CRITIQUE, festival. 77e Festival de MENTON (Parvis de la Basilique St-Michel), le 4 août 2026. BEETHOVEN / STRAVINSKY / MOZART / FRANCK. Leonidas KAVAKOS (violon), Enrico PACE (piano)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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 Hier soir, sur le Parvis de la Basilique Saint-Michel de Menton, face à une Méditerranée qui scintillait dans le lointain, la 77e édition du Festival de Menton a offert un superbe concert de musique de chambre. Ce festival, l’un des plus anciens et des plus prestigieux de France, est un phare de l’excellence musicale depuis des décennies. Sous l’impulsion de son fringant et visionnaire directeur artistique, Paul-Emmanuel Thomas (qui fête en 2026 sa quatorzième année à la tête de cette manifestation musicalo-estivale, ayant pris les rênes en 2013 avec un vrai souffle de jeunesse et d’audace…), la nouvelle mouture s’annonçait déjà comme un beau millésime. Avec une programmation flamboyante – on y croisera prochainement le jeune prodige Alexandre Kantorow (en clôture de festival, le 7 août prochain) ! -, le cru 2026 célèbre à la fois l’esprit de transmission et la flamme du génie.

 

Mais ce mardi soir, c’était le tour du duo mythique formé par Leonidas Kavakos au violon et Enrico Pace au piano d’investir la scène de plein air, sous le ciel étoilé de la Côte d’Azur. Et Dieu que ce cadre est propice à la rêverie ! La Basilique, parée de sa pierre blonde, veillait sur nous tandis que les premiers arpèges venaient caresser les flots tout proches. Le voyage commence avec un Ludwig van Beethoven encore teinté de classicisme, la Sonate n°4 en la majeur, Op. 23. Leonidas Kavakos, avec son son corsé et sa puissance expressive, dialogue avec un Enrico Pace d’une clarté cristalline. Ils cisèlent cette œuvre avec une intelligence féconde ; le Scherzo fuse, vif, presque espiègle, tandis que l’Andante, chanté avec une poésie infinie, installe une complicité magnétique entre les deux artistes. C’est un Beethoven vibrant, humain, déjà tourné vers l’orage romantique, porté par la virtuosité transcendante de deux géants.

Le programme bascule alors avec le Divertimento pour violon et piano d’Igor Stravinsky, tiré du Baiser de la fée. Quelle audace, quel contraste ! Adieu la gravité germanique, place au néoclassicisme le plus pétillant. Kavakos se fait tour à tour conteur et danseur, son archet dansant sur la corde avec une légèreté de sylphide (tandis que son visage restera de marbre la soirée durant…). Pace, magicien des touches, déploie des couleurs sidérantes, entre la rusticité des danses populaires et l’ironie mordante du maître russe. C’est un moment de pur plaisir, un feu d’artifice technique qui met le public en apothéose.

 

 

Après l’entracte, la respiration méditerranéenne se fait plus intime. La Sonate n°21 en mi mineur, K. 304 de W. A. Mozart est un diamant noir. Dans cette tonalité rare chez le compositeur, la douleur affleure, et nos deux artistes le rendent avec une pudeur déchirante. Le jeu de Kavakos y est d’un lyrisme éthéré, presque fragile, soutenu par le toucher perlé d’un Pace en état de grâce. C’est un Mozart habité, poignant, qui nous prend aux tripes. Puis vient le temps fort, l’apothéose de la soirée : la Sonate pour violon et piano en la majeur de César Franck. Sublime, effectivement. Là, le public de Menton retient son souffle. D’emblée, la roue chromatique du piano s’enroule autour du violon, Kavakos déploie un son d’une générosité inouïe, presque organique, tandis que Pace déroule un tapis harmonique d’une densité et d’une ferveur confondantes. Le premier mouvement, rêveur, s’installe dans une ivresse quasi mystique. Le Duo est un dialogue enflammé, passionnel, où les instruments s’enlacent, se répondent et s’embrasent. Le Scherzo fuse, diabolique, avant que le célébrissime Final ne déferle en un canon étincelant. 

Le public, debout, ne boude pas son plaisir, et même le revendique haut et fort ! Les rappels se succèdent, et appellent un bis, qui finit par arriver avec le mouvement lent de la Sonate n°5 « Le Printemps » de Beethoven. Plus besoin de la virtuosité éclatante, juste la beauté nue. Le chant du violon, simple et infini, porté par un tapis de notes suaves du piano, vient sceller ce concert comme un baume sur l’âme.

Quand nous sommes redescendus du Parvis, en descendant les larges escaliers qui mènent à la Mer, les étoiles avaient pris le relais des projecteurs. Sous la baguette invisible de Paul-Emmanuel Thomas, cette édition 2026 du Festival de Menton vient d’écrire l’une de ses plus belles pages… Grazie e bravissimi ! 

 

 

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CRITIQUE, festival. 77e Festival de MENTON (Parvis de la Basilique St-Michel), le 4 août 2026. BEETHOVEN / STRAVINSKY / MOZART / FRANCK. Leonidas KAVAKOS (violon), Enrico PACE (piano). Crédit photo (c) Cath Filliol / Festival de Menton

 

 

 

 

VIDÉO

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