Compte rendu, concert. Paris. Salle Pleyel, le 31 janvier 2014. Orchestre Philharmonique de Radio France. Leonidas Kavakos, violon et direction.

kavakos leonidas concert mozart-kavakos_classicalLa Salle Pleyel accueille l’Orchestre Philharmonique de Radio France pour un concert d’envergure autour du classicisme viennois et son influence dans l’histoire de la musique. Le violoniste et chef grec Leonidas Kavakos dirige un orchestre dans la meilleure des formes et se prĂ©sente lui-mĂȘme en soliste pour le Concerto pour violon et orchestre n° 3 de Mozart, la seule Ɠuvre rĂ©ellement classique du programme. Le concert commence avec Mozart, figure emblĂ©matique du classicisme viennois. Nous rappelons que le dit « classicisme » musical a Ă©tĂ© thĂ©orisĂ© Ă  posteriori (Ă  la diffĂ©rence du romantisme musical) ; les pĂšres du classicisme Haydn, Mozart, Beethoven, ne pensaient pas aux Ă©tiquettes archaĂŻsantes et thĂ©oriques de leur art, qu’ils considĂ©raient vivant et moderne. Incontestablement classique, le Concerto pour violon et orchestre n°3 en sol majeur K216 est aussi l’un des plus connus et jouĂ©s, ses mouvements trĂšs souvent choisis par le jury et les interprĂštes de concours et compĂ©titions de violon. Le premier mouvement est toute gaĂźtĂ© et toute brillance, le deuxiĂšme plus Ă©quilibrĂ©, est toute grĂące avec un zeste de mĂ©lancolie, tandis que le dernier est populaire et dansant. Kavakos prĂ©sente une lecture d’une grande rĂ©serve pourtant. Son jeu paraĂźt plus Ă©lĂ©gant et ralenti que dynamisant et solaire comme la tonalitĂ© de la piĂšce. Il a heureusement de l’humour dans sa prestation au violon, mais l’orchestre paraĂźt beaucoup plus osĂ© et plus vivace que lui.

Le Classicisme rĂȘvĂ©

La complicitĂ© entre le chef et les musiciens est nĂ©anmoins plus qu’Ă©vidente. Dans la Symphonie n° 1 de Prokofiev dite « Classique » (1918), que le Russe a composĂ©e pendant son adolescence, nous dĂ©couvrons un autre visage du chef grec. Si les tempi sont ralentis comme dans l’Ɠuvre prĂ©cĂ©dente, la performance est riche en effets expressionnistes, parfois intĂ©ressants, parfois dĂ©routants, toujours remarquables. Ainsi, la symphonie « Classique » paraĂźt moins classique, surtout en ce qui concerne les cordes, d’une intensitĂ©… singuliĂšre. Cependant, le concertino des vents offre une prestation trĂšs distinguĂ©e, avec une concision et une limpiditĂ© en l’occurrence rafraĂźchissante.

AprĂšs l’entracte ne pouvait venir que l’apothĂ©ose du concert :  la Symphonie n° 9 en ut majeur dite « La Grande » de Franz Schubert. Schubert est souvent situĂ© en concurrence avec Beethoven, qu’il a peu en vĂ©ritĂ©, Ă  envier Ă  part ses mĂ©cĂšnes et protecteurs. En effet, Franz Schubert est officieusement le quatriĂšme « classique viennois », d’autant plus qu’il s’agĂźt du seul vĂ©ritable viennois. Ce qui, comme c’est le cas pour Mozart et Beethoven, n’exclut pas son appartenance au mouvement romantique. La symphonie, crĂ©Ă©e de façon posthume en 1839 sous la direction de FĂ©lix Mendelssohn, est un exemple fastueux de la syntaxe du premier romantisme, descendant spirituel du classicisme tardif. Il s’agĂźt aussi de la symphonie que le compositeur apprĂ©ciait le plus de son opus. La correspondance existante nous montre qu’il la considĂ©rait comme sa seule symphonie digne de publication, et la seule qu’il ait effectivement envoyĂ©e aux Ă©diteurs. Dit l’anecdote que Robert Schumann la considĂ©rait comme la meilleure Ɠuvre instrumentale aprĂšs la mort de Beethoven. L’Orchestre Philharmonique de Radio France est Ă  la hauteur de la composition, et Leonidas Kavakos nous offre finalement une lecture 
  irrĂ©prochable de la partition. Le premier mouvement commence  ainsi avec un Ă©lan Ă©difiant qui devient triomphal, avec une certaine sensualitĂ© quand mĂȘme. Les vents sont prodigieux dans les quatre mouvements. Dans le deuxiĂšme, la mĂ©lodie ensorcelante prĂ©sentĂ©e par le hautbois puis reprise par la clarinette est enivrante. Mais les percussions s’expriment avec Ă©clat, Kavakos se sert d’elles d’une façon «  « haydnienne »  trĂšs pertinente. Le chiaroscuro schubertien est reprĂ©sentĂ© avec un brio et une sensibilitĂ© inattendus. Le troisiĂšme mouvement est charmant et dansant et l’allegro finale une rĂ©vĂ©lation. Ici les cuivres deviennent indĂ©pendantes et impressionnent par leur brio autant que les cordes. Le public ovationne fortement les musiciens qui ont ravi leurs sens pendant une heure de splendeur instrumentale ! Bravo !