samedi 19 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. MORETON-IN-MARSH, Longborough Festival Opera, le 2 août 2026. HUMPERDINCK : Hansel und Gretel. J. Harries, R. Dobson, D. Jeffery, L. Bisset… Lucy BAILEY / Karen KAMENSEK

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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Il y a quelque chose de parfaitement juste à voir Hansel und Gretel au Festival de Longborough. La maison qui s’est fait un nom en affichant Wagner dans un ancien poulailler au-dessus de la vallée de l’Evenlode, se tourne, pour clore sa saison 2026, vers le seul opéra qu’Engelbert Humperdinck a taillé dans le bois même de Richard Wagner, si bien que le choix du lieu fait sens. Lucy Bailey met en scène, Karen Kamensek dirige, la traduction anglaise alerte de David Pountney défile en surtitres, et la soirée est tour à tour enchanteresse, drôle… ou véritablement effrayante !

 

Commençons par ce qui rend tout le reste possible, la diction. De chaque interprète, sans exception, les mots parviennent entiers et nets, pas une syllabe avalée, pas un vers bâclé, au point que l’on aurait pu suivre toute l’histoire, surtitres éteints. Dans un ouvrage qui est, au fond, un art du récit, cette clarté n’est pas une note technique mais le sol même où se développe le drame.

Les deux enfants sont le cœur battant de la soirée, et ils sont merveilleux. Le Hansel de Joanna Harries et la Gretel de Rosalind Dobson, toutes deux issues du programme des Emerging Artists de Longborough, sont frais, agiles et admirablement assortis, et ils incarnent l’enfance sans jamais y condescendre, sans grimace, sans mièvrerie, deux jeunes voix en pleine floraison qui portent le poids de l’ouvrage comme si de rien n’était. Voilà deux chanteurs à suivre.

L’œil malicieux, Lee Bisset a quitté la lourde armure de sa Brünnhilde pour endosser les rôles de la Mère et de la Sorcière, avec une aisance qui tient de la leçon de maître. Entendre un authentique instrument wagnérien tourné vers ce propos plus léger et plus méchant, harassé et usé en Mère, puis savourant chaque amabilité empoisonnée en Sorcière, c’est comprendre tout ce que la vraie puissance confère de contrôle. La réserve de voix est toujours là, et c’est justement pourquoi elle peut se permettre tant de légèreté. Darren Jeffery, naguère Wotan sur cette même scène, prête au Père une chaleur profonde et attachante, un son si riche et si généreux que les scènes de la maisonnée prennent une vraie gravité, et que la pauvreté et l’amour de la famille cessent d’être un décor de conte pour devenir poignants.

 

 

 

La mise en scène de Lucy Bailey ravit et effraie presque à parts égales ; elle sait exactement ce qu’elle fait des deux. La Fée de la rosée apparaît en serveuse de chariot de salon de thé édouardien, petit trait parfait, et une troupe de cuisiniers en tenues assorties évolue dans un ballet synchronisé très net, à la fois comique et vaguement inquiétant. Le marchand de sable est joliment chanté, un moment de vraie tendresse avant l’entracte, et la prière du soir des enfants installe dans le théâtre, le silence qu’il faut.

Puis la production montre les dents, avec délectation. Une immense langue rouge se déroule depuis le fond du décor, magnifiquement affreuse, la tête de Hansel passe par un trou dans le mur pour être avalée, image qui arrache d’un même souffle, un cri et un rire. Plus ingénieux encore, un unique trou noir sert d’abord de four à la Sorcière, puis, dans la scène finale monstrueuse, de gueule dévoratrice où tout le cauchemar finit par être aspiré, un seul gouffre assurant une double et vorace fonction. De petites mains peintes courent sur les rideaux tandis que de vraies mains les écartent et les referment, jusqu’à ce que tout le théâtre semble complice de la menace. La Sorcière est l’idée la plus fine de la soirée : non pas une vieille ricanante mais une femme élégante en robe rouge, coiffure bouffante, d’autant plus effrayante qu’elle est posée, une hôtesse dont on déclinerait volontiers l’invitation. C’est une conception qui nous fait confiance pour mieux trouver l’horreur sous le vernis, et nous la trouvons.

 

 

À la tête de l’Orchestre du festival de Longborough, Karen Kamensek obtient une exécution d’une clarté qui tient autant de la révélation que du plaisir, car elle met à nu combien cette partition est traversée par la musique de Wagner, tantôt en écho, tantôt reprise presque telle quelle. Humperdinck fut l’assistant du maître à Bayreuth, et l’on entend ici l’héritage sans fard, les leitmotive, les grandes vagues orchestrales, le climat harmonique de Parsifal et du Ring courant à travers un conte pour enfants. Entendu avec une telle transparence, l’ouvrage devient une petite éducation wagnérienne en même temps qu’il raconte son histoire, ce qui en fait, délicieusement, l’une des plus belles portes d’entrée vers l’un comme vers l’autre.

Les représentations se poursuivent jusqu’au 8 août, et l’on imagine mal meilleure façon de faire connaissance avec une œuvre trop souvent réduite à un divertissement de Noël, ni, d’ailleurs, de découvrir Longborough même, niché dans ses belles collines des Cotswolds, la longue lumière du soir couchée sur la vallée. Le rideau se lève à l’heure civilisée de dix-sept heures, si bien que l’entracte pour le dîner tombe pendant l’heure dorée. Allez-y, si vous le pouvez !

 

 

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CRITIQUE, opéra. MORETON-IN-MARSCH, Longborough Festival Opera, le 2 août 2026. HUMPERDINCK : Hansel und Gretel. J. Harries, R. Dobson, D. Jeffery, L. Bisset… Lucy BAILEY / Karen KAMENSEK. Crédit photographique (c) Droits réservés

 

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