vendredi 18 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. LONDRES, Opera Holland Park, le 1er août 2026. VERDI : Un ballo in maschera. E. Pritchard, M. Desole, D. Solari, R. Lois, R. Plowright… Rodula Gaitanou / Michael Papadopoulos

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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Il y a une cruauté particulière dans une soirée où les voix sont prêtes à vous bouleverser, tandis que la mise en scène ne cesse de s’interposer entre elles et nous. La reprise d’Un ballo in maschera de Giuseppe Verdi à l’Opera Holland Park est exactement de cette espèce, superbement chantée, solidement jouée, et mise en scène d’une façon qui contredit, encore et encore, le drame même que ses interprètes servent avec tant d’ardeur.

 

Côté vocal, la première place revient, sans la moindre hésitation, à la soprano galloise Elin Pritchard, dont l’Amelia justifie à elle seule le déplacement. L’instrument est de ceux qui vous font vous redresser sur votre siège, éclatant et lumineux dans l’aigu, chaleureux et charnu dans le grave, et la chanteuse le dépense avec une intelligence qui ne laisse jamais la technique devenir le sujet. Elle porte presque seule tout le poids émotionnel de l’ouvrage, et son air du deuxième acte, déroulé au-dessus de l’orchestre en un long fil de son ininterrompu, est de ces moments que l’on espère en venant à l’opéra et que l’on entend rarement. 

Elle n’est pas seule à briller. Matteo Desole est un Gustavo ardent, au timbre séduisant et au maintien généreux, et le plateau ne compte que de belles réussites, mais la performance à placer aux côtés de celle de Pritchard est l’Anckarström de Dario Solari, l’époux, baryton verdien de véritable qualité, digne, à combustion lente, et magnifique dans les grandes confrontations de la seconde partie. Les duos entre les deux chanteurs sont le cœur battant de la soirée, vocalement autant que dramatiquement. Rhian Lois est un Oscar vif-argent, et Rosalind Plowright, qui chantait déjà dans la production d’origine, revient en Madame Arvidson. À la tête du City of London Sinfonia, Michael Papadopoulos obtient une exécution pleine et bien galbée, et donne à la partition l’ampleur et l’élan qu’elle réclame.

 

 

Les valeurs musicales ne sont donc jamais en cause. La mise en scène, elle, est plus épineuse, car elle échoue moins qu’elle ne se contrarie, et deux partis pris en particulier se dressent contre le livret. Le premier est la sur-sexualisation du lien entre le roi et Amelia. Toute la tragédie du Ballo repose sur un amour ressenti jusqu’à la moelle et jamais consommé, et c’est précisément cette retenue qui donne son poids terrible à l’affirmation d’Amelia à son mari, plus tard, que rien ne s’est jamais passé entre eux. Ici, pourtant, les deux amants se sont jetés l’un sur l’autre avec un tel abandon physique que sa protestation d’innocence n’a plus où se tenir. Montrez au public le contraire de la chasteté, et les mots de la chasteté cessent tout simplement de signifier quoi que ce soit, et c’est un pilier entier de l’architecture morale de l’ouvrage qui s’effondre en silence.

Le second, plus étrange encore, est ce que l’on a fait de la terrifiante scène du lieu maudit. Dans le livret, Amelia se rend seule, à minuit, au sinistre champ des supplices pour y cueillir l’herbe qui pourrait la guérir de son amour, l’une des grandes scènes d’effroi de Verdi, et la musique n’est qu’effroi. Ici, ce lieu sauvage et hanté est devenu une sorte de clinique, avec des silhouettes qui semblent être des aliénés, camisolés, projetés en ombres derrière une vitre. Au-delà de la perte pure et simple de la terreur gothique que la partition appelle si clairement, cela ouvre une question que la production ne referme jamais, que vient-on donc injecter à Amelia ? La mise en scène suggère qu’on lui fait subir quelque chose de clinique, et l’on reste là, mal à l’aise, à se demander si l’on n’insinue pas un avortement. Quelle qu’ait été l’intention, elle brouille une scène qui devrait être d’une horreur cristalline.

Il y a aussi un problème persistant dans l’usage de l’espace. Le plateau de Holland Park permet aux interprètes de circuler autour de l’orchestre et de le côtoyer, l’un des vrais atouts théâtraux de la maison, et il reste ici presque inutilisé, les chanteurs comprimés en une étroite bande au fond, tandis que la scène ouverte devant eux demeure vide. Dans un théâtre dont tout le caractère tient à son grand air, l’effet est curieusement étriqué et confiné, comme si le drame se jouait dans un couloir. Rien de tout cela ne signifie que la soirée n’offre que ses voix. Le bal masqué lui-même est un vrai plaisir, et la chorégraphie qu’en donne Steve Elias est élégante et vivante, l’unique moment où les ambitions de la production et leur réalisation se rejoignent franchement, et un aperçu du spectacle que celui-ci aurait pu être d’un bout à l’autre…

 

 

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CRITIQUE, opéra. LONDRES, Opera Holland Park, le 1er août 2026. VERDI : Un ballo in maschera. E. Pritchard, M. Desole, D. Solari, R. Lois, R. Plowright… Rodula Gaitanou / Michael Papadopoulos. Crédit photographique (c) Craig Fuller

 

 

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