mercredi 21 octobre 2026

CRITIQUE, festival. VIENNE, Théâtre Antique, le 19 juillet 2026 (21h). « Béjart et nous », « L’Oiseau de Feu », « Boléro » par le Béjart Ballet Lausanne

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Le Théâtre Antique de Vienne, écrin de pierre et de légendes, a accueilli – le 19 juillet dernier – le fameux Béjart Ballet Lausanne. Et la compagnie suisse a offert à un public de quelques 7000 spectateurs une leçon de transcendance, une célébration sensuelle et brute de l’héritage de Maurice Béjart.

 

La programmation, conçue comme un triptyque initiatique, a déroulé son fil rouge entre hommage émouvant, mythe flamboyant et transe hypnotique. Le spectacle s’ouvre sur « Béjart et nous« , une proposition audacieuse et sensible signée Julien Favreau, le nouveau directeur artistique de la compagnie helvète (que nous avions interviewé en février dernier, au sujet de ce triptyque, lors de son passage à La Seine Musicale). Loin de l’exercice de style poussiéreux, cette chorégraphie est une plongée vertigineuse dans l’âme du Maître. En treize tableaux, c’est tout l’éclectisme de Béjart qui ressurgit : on y croise la mélancolie viennoise de Wien, Wien, nur du Allein, l’exaltation collective de la IXe Symphonie, ou encore la sensualité désincarnée de Mozart-Tango. Les interprètes, véritables médiums, insufflent à ces extraits une jeunesse insolente, prouvant que le répertoire de Béjart, loin d’être un musée, est un vivier d’émotions contemporaines. Ce voyage kaléidoscopique installe d’emblée une complicité rare avec le public, conquis par cette immersion dans un univers où le classique dialogue avec le populaire, où le geste dansé se fait prière ou cri de révolte.

Puis, la nuit s’est faite plus intense – et L’Oiseau de Feu a pris son envol. Sur la partition puissante et colorée de Stravinsky, la compagnie a déployé une vision de la renaissance qui a embrasé le Théâtre Antique. Loin des contes de fées, Béjart revisite le mythe du Phénix comme une métaphore de la création artistique : une rupture avec les convenances, un bûcher d’où jaillit une beauté neuve et brutale. Les corps, tendus vers l’abîme et la lumière, dessinent dans l’espace des lignes d’une pureté archaïque. Les costumes éclatent en touches de pourpre et d’or, tandis que la danse, puissamment architecturée, traduit l’ascension douloureuse et victorieuse de l’esprit. 

 

 

Mais le temps s’est comme arrêté lorsque les premières mesures du Boléro de Ravel ont retenti. Il y a des œuvres que l’on croit connaître par cœur, et pourtant, à chaque représentation, le choc est identique. La mélodie obstinée de Ravel, rouleau hypnotique qui s’enroule sur lui-même, a trouvé en ce lieu sacré une résonance tellurique. L’interprète central, figure solaire et androgyne, a offert une performance d’une force inouïe. Sur la table ronde et rouge qui devient autel, son corps module une danse répétitive, presque mystique, qui gagne en volume et en ivresse à mesure que l’orchestre imaginaire enfle. Le geste devient incantatoire. Face à lui, le cercle des danseurs, d’abord spectateurs immobiles, s’anime peu à peu, happé par la transe collective, jusqu’à l’embrasement final. 

Il faut saluer la cohérence et l’ambition de ce programme, qui avait débuté sa tournée à La Seine Musicale en mars dernier… et qui la finissait ce soir à Vienne. Rejouer ce triptyque dans un théâtre antique, c’était prendre le risque de la démesure : le Béjart Ballet Lausanne en a fait une victoire. Sous la direction artistique de Julien Favreau, la compagnie ne se contente pas de conserver un héritage, mais le réincarne avec une fougue et une précision qui font mouche à chaque instant.

Alors que le public quittait les lieux, encore sous le choc de cette débauche d’énergie et de beauté, une évidence s’est imposée : nous venions d’assister à une représentation qui fera date, car le mariage entre le génie intemporel de Maurice Béjart et la magie du Théâtre Antique de Vienne a opéré une alchimie parfaite. Une soirée tout simplement inoubliable !…

 

 

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CRITIQUE, festival. VIENNE, Théâtre Antique, le 19 juillet 2026 (21h). « Béjart et nous », « L’Oiseau de Feu », « Boléro » par le Béjart Ballet Lausanne. Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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