Après l’électrochoc de la Compagnie Peeping Tom avec sa nouvelle pièce « Chroniques », donnée quelques jours plus tôt dans ce même Théâtre national de La Criée, le Festival de Marseille proposait un autre spectacle également « particulier » – et qui s’imposera sans nul doute comme un autre des moments forts de cette édition anniversaire : « My fierce ignorant step » du chorégraphe grec Christos Papadopoulos.
Présenté pour la première fois à Marseille, My Fierce Ignorant Step a littéralement envoûté le public phocéen. D’emblée, la pièce installe une atmosphère unique : 10 danseurs, répartis en deux lignes, défilent sur une scène nue, mûs par une pulsation électronique insistante. Cette marche, à la fois déterminée et organique, devient le motif central d’une œuvre fascinante. Papadopoulos transcende son écriture minimaliste habituelle pour offrir une pièce d’une humanité et d’une ampleur nouvelles. Il s’éloigne de ses inspirations naturalistes, comme les bancs de poissons d’Ion, pour explorer la figure humaine dans ce qu’elle a de plus collectif et de plus vibrant.
Ce qui rend My Fierce Ignorant Step si puissant, c’est sa capacité à évoquer un sentiment d’euphorie et de joie partagée, presque nostalgique. Le chorégraphe puise dans ses souvenirs d’adolescence, cette période de la vie où tout semble possible. Les dix interprètes forment un bloc magnétique, comme un essaim humain dont les mouvements, d’une précision chirurgicale, semblent répondre à une conscience collective. Ils se déplacent, se croisent, se remplacent dans une chorégraphie d’une complexité vertigineuse, le tout sans jamais perdre cette connexion invisible qui les unit. On perçoit des échos de danses traditionnelles grecques, subtilement intégrés dans la gestuelle moderne, comme une réappropriation d’une identité culturelle. Cette référence est renforcée par la partition musicale de Kornilios Selamsis, qui mêle à son rythme electro des extraits d’Axion Esti de Mikis Theodorakis, une œuvre emblématique de la culture grecque.
La pièce est une véritable ascension dramatique. Soutenue par une lumière travaillée et un son qui gagne en ampleur, la danse se fait plus ample, plus libre, jusqu’à un crescendo euphorisant. Les interprètes se libèrent peu à peu, leurs corps s’animent de sauts, de torsions, dans une énergie débordante qui contamine la salle. My Fierce Ignorant Step transmet un état : celui d’une jeunesse éternelle, d’un optimisme farouche face à l’inconnu. Cette œuvre magistrale, en plus d’être un sommet d’écriture chorégraphique, est un vibrant plaidoyer pour la puissance du collectif, qui fait écho à l’esprit même de ce festival.
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CRITIQUE, danse. 30ème FESTIVAL DE MARSEILLE, Théâtre national de La Criée, le 27 juin 2025. « My fierce ignorant step » par Christos PAPADOPOULOS. Crédit photographique (c) Pinelopi Gerasimou






