mercredi 7 octobre 2026

CRITIQUE, festival. 78ème Festival d’Art lyrique d’AIX-EN-PROVENCE, Théâtre de l’Archevêché, le 4 juillet 2026. MOZART : Requiem. Ensemble Pygmalion, Romeo Castellucci (mise en scène), Raphaël Pichon (direction musicale)

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Le Requiem de W. A. Mozart dans une mise en images de Romeo Castellucci, c’est avant tout un extraordinaire spectacle hybride et novateur voulu par le regretté Pierre Audi, lors de sa première saison comme directeur artistique du Festival d’Aix en Provence à l’été 2019. Cette reprise, l’année de sa disparition,  est ainsi un bien bel hommage. L’intelligence et la beauté de ce spectacle restent d’une acuité diabolique et dérangeante. Les quelques rares huées, aux saluts, prouvent hélas que tout peut s’éteindre, sauf la censure…

 

 

Quatre brins tissent le fil rouge de la soirée, avec pour commencer la mort imminente d’une vieille femme qui revit les moments marquants de sa vie. Sur le mur du fond de scène apparaît une liste d’extinctions groupées par thèmes. L’anthropocène est terriblement sidérant, car entre 2019 et 2026, elle s’est trop rapidement aggravée, et ces mots lumineux qui défilent sont accablants. L’autre fil est la fraternité et l’énergie que le groupe humain apporte. C’est ainsi que quelques figurants et tous les choristes dansent et jouent toute la soirée. 

 

 

 

Enfin, dans la fosse, Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion jouent si divinement que la beauté de la direction et la richesse des coloris orchestraux créent un enveloppement de magie à l’ensemble. La partition est celle complétée par Süssmayer, qui est connue du plus grand nombre. Raphaël Pichon y a inséré des parties grégoriennes et des œuvres de Mozart adaptées. C’est absolument magnifique et plein de sens. Ces quatre fils se croisent et s’enrichissent mutuellement. Il en ressort la compréhension d’une humanité touchante, dolente et précieuse, si présente dans cette partition merveilleuse.  

Difficile de rendre compte de tous les détails subtils de cette soirée. Nous retiendrons que la poésie irrigue le spectacle, la beauté, la tristesse et également l’énergie de la vie que le collectif permet. L’homme seul n’existe pas. Le bébé seul sur scène qui clôt le spectacle est bouleversant dans son dénuement. Oui, chacun est seul face à la vie et à la mort peut-être ! Mais entre-temps, la vie en groupe permet la joie, comme grâce au Chœur Pygmalion qui est exceptionnel de beauté, avec des corps qui dansent et un chant libéré des partitions. Cela donne une vigueur rythmique inimaginable. Nous avions été éblouis par ce Requiem donné en concert par l’Ensemble Pygmalion en 2018. Ce spectacle va encore plus loin : c’est l’implication exceptionnelle du chœur. Ainsi un chœur en majesté avec un orchestre si riche donne à la musique de Mozart une place de choix. 

Les quatre solistes sont à la hauteur avec en basse un Axel Rosen tout à fait émouvant. L’air qu’il interprète en solo supplémentaire permet à sa somptueuse voix et son art du chant de se développer. Le ténor Duke Kim a un timbre magnifique et ses très courtes interventions sont remarquables. L’alto de Beth Taylor est absolument exceptionnel. Dans le solo après l’Agnus Dei, elle arrache des larmes. La soprano Mélissa Petit a également une très belle présence. Le dernier chanteur que je citerai est un tout jeune garçon qui d’une voix diaphane bouleverse l’âme lors de chaque intervention.  En alternance avec Ramy Lazreq, César Bogdanas est ce soir absolument merveilleux. Cette fragilité humaine qui au demeurant tient d’une sorte de miracle est bien notre lot. 

 

 

Visuellement le spectacle est puissant avec des moyens d’une incroyable simplicité. Les lumières sont subtiles et très vivantes, les éléments visuels sont toujours intelligemment présentés sans jamais alourdir le propos. Le plateau final monte et s’incline tranquillement laissant glisser tout ce qu’il contient, évocation signifiante des pertes matérielles,  sens de la vie ? La sorte de planète dessinée qui se révèle in fine avec sa queue comme une comète évoque la question métaphysique de notre place dans l’univers qui avance on ne sait pourquoi, ni vers quoi. Le bébé seul sur scène termine de nous rappeler notre extrême fragilité initiale et finale. 

Ce très beau spectacle, ressuscité avec art ce soir, est incroyablement intelligent dans sa lucidité aveuglante. Ont été rajoutés, depuis 2019, dans les pertes écrites sur le mur, bien des lieux du Liban et de la bande de Gaza, sans oublier l’Ukraine. Car la destruction qui fait rage autour de nous, finira par nous atteindre. Même le Théâtre de l’Archevêché qui vibre la nuit avec la musique de Mozart, est peut-être menacé… Cette bulle est si fragile.

Soirée rare, véritable tour de force parfaitement réalisé par Romeo Castellucci et Raphaël Pichon en parfaite harmonie, elle restera dans la mémoire de nos cœurs comme un souvenir précieux. In memoriam Pierre Audi.

 

 

 

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CRITIQUE, festival. 78ème Festival d’Art lyrique d’AIX-EN-PROVENCE, Théâtre de l’Archevêché, le 4 juillet 2026. MOZART : Requiem. Ensemble Pygmalion, Romeo Castellucci (mise en scène), Raphaël Pichon (direction musicale). Crédit photographique © Monika Rittershaus

 

 

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