mercredi 30 septembre 2026

ENTRETIEN avec Guillaume CUILLER, directeur artistique de l’ensemble Stradivaria, à propos du nouvel album « Swing’in Partita »

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L’hautboïste Guillaume Cuiller pilote à présent l’ensemble Stradivaria ; le nouvel enregistrement « Swing’in Partita » éclaire l’extrême expressivité des bois et des vents à Vienne quand l’Harmonie Musik sous le règne de Joseph II, vivait un âge d’or… Pour les instrumentistes, l’important est de nuancer, phraser ensemble : restituer l’art de séduire et de divertir grâce à une dextérité naturelle et virtuose… Le programme crée aussi une nouvelle partition : « Partita » de Guillaume Connesson, dans un jeu en dialogue, emblématique de l’ouverture de Stradivaria aujourd’hui…

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Photo : © Jean-Baptiste Millot

 

CLASSIQUENEWS : Depuis que vous avez repris la direction artistique de Stradivaria, dans quelle direction avez-vous accompagné l’ensemble ? En quoi ce nouveau programme (et ce premier disque sous votre direction) est-il emblématique de la ligne artistique actuelle ?
 
Guillaume Cuiller : Après une bonne trentaine d’enregistrements et un changement de direction artistique, Stradivaria vit une nouvelle étape avec cet album, qui présente une partie du travail que nous menons depuis trois ans sur la musique pour instruments à vent de la fin du XVIIIème siècle. Étant hautboïste, et malgré le nom de Stradivaria évidemment lié au monde des cordes, j’ai un peu réorienté une part du répertoire de l’ensemble vers la période très faste qui court des années 1760 à 1820 dans l’est de l’Europe. Par ailleurs, je poursuis bien sûr le travail « historique » de Stradivaria consacré à la musique baroque instrumentale et vocale des grands courants européens, la France, l’Italie et l’Allemagne.
Enfin, je veux décloisonner les genres, faire le lien avec d’autres disciplines et d’autres esthétiques, notamment la création d’aujourd’hui, comme c’est le cas dans ce nouvel album. Au-delà de ces choix artistiques, j’ai choisi d’approfondir notre ancrage sur le terrain, en collaboration étroite avec les acteurs du territoire nantais où nous sommes installés depuis plus de 20 ans, pour fédérer tous les publics autour de l’orchestre.

 

CLASSIQUENEWS : Pourquoi s’intéresser aujourd’hui à la musique pour vents à Vienne ? En quoi est-elle inspirante pour vous ? Que permet-elle aux interprètes ? Quels en sont les défis et les points d’accomplissements ?
 
Guillaume Cuiller : Le répertoire des vents est bien souvent pauvre, comparé à celui des cordes ou des claviers. Les années 1760 à 1820 font figure d’exception. Notamment sous le règne de Joseph II à Vienne, la Harmonie Musik – « musique d’harmonie » – a connu une période d’or : l’octuor à vent (hautbois, clarinettes, cors et bassons par paires) était une formation de référence pour laquelle presque tous les compositeurs écrivaient. C’est un peu notre « quatuor à cordes » ! Cette formation est équilibrée grâce l’association de timbres variés, la vivacité des hautbois, la douceur des clarinettes, la rondeur des cors, la profondeur des bassons… mais j’aurais pu aussi intervertir tous ces qualificatifs, tant chaque instrument est capable de multiples couleurs sonores. C’est cette richesse qui fait l’intérêt de l’octuor, qui sonne comme un véritable petit orchestre.

Le défi, avec des instruments aussi différents, c’est de mélanger les sons et les attaques pour fabriquer un son commun. Et de donner l’impression qu’il n’y a qu’un musicien : penser la musique ensemble, phraser de la même manière, malgré nos contraintes techniques différentes, c’est là l’idéal que nous cherchons à atteindre.

 

CLASSIQUENEWS : Comment avez-vous conçu le programme et choisi les compositeurs et leurs œuvres ?  Quelle en est la dramaturgie dans sa continuité ?
 
Guillaume Cuiller : Swingin’ partita est aussi sous-titré : « 1800 : l’art du divertissement ». J’ai choisi d’explorer l’esprit de la musique pour vents de l’époque, une musique légère et virtuose, une belle musique de divertissement – car ce mot n’a rien de péjoratif : le divertissement viennois est d’un grand raffinement.

Le programme mêle des œuvres phares des années 1800 (la partita de Franz Krommer, le rondino de Ludwig van Beethoven) à des œuvres moins connues (l’armonia de Antonio Salieri) ou même complètement oubliées (le divertimento de Casimir Cartellieri). L’album s’ouvre avec la partita de Franz Krommer, qui représente une forme d’accomplissement du genre ; en miroir, une partita de Guillaume Connesson clôt le disque – hommage au XVIIIe siècle et ouverture sur notre époque.

 

CLASSIQUENEWS : Qu’apporte la commande à Guillaume Connesson ? Qu’avez vous travaillé avec le compositeur pour réaliser ainsi la création de sa partition ?
 
Guillaume Cuiller : Il y a eu pas mal d’allers-retours entre Guillaume Connesson et les musiciens concernant les possibilités techniques des instruments du XVIIIe siècle. Le travail avec le compositeur a soulevé un point passionnant : pour une fois, nous n’avons pas abordé la musique par le prisme des instruments, qui nous dictent habituellement le phrasé. C’est même le contraire ici : nous jouons ces instruments dans une musique actuelle pensée pour eux, et nous leur découvrons de nouvelles couleurs inouïes.
J’ai demandé à Guillaume Connesson d’écrire une musique de divertissement : c’est cet état d’esprit qui fait l’unité de l’album, au-delà du style. La musique prend la forme qui correspond à son époque, avec un langage « classique » au XVIIIème siècle, ou bien pop ou disco dans les années 1970, et encore différent aujourd’hui, riche de multiples influences ; ce qui importe, c’est l’esprit qui sous-tend la création. En l’occurence, je ressens la même envie de danser sur la polacca de Krommer que sur le rondo disco de Connesson, ou bien la même intensité lyrique dans l’andante cantabile très opératique que dans la chaconne pop, aux couleurs sombres d’un film de Melville… Pour moi, c’est l’émotion qui est au premier plan, quel que soit le style, et c’est cette émotion qui permet de tisser des liens entre les esthétiques.

 

CLASSIQUENEWS : Y-a-t-il une suite, un prolongement après ce programme et ce disque ?
 
Guillaume Cuiller : Nous avons eu beaucoup d’occasions de donner ce programme en concert , et nous continuons de le donner… Dans le même esprit, nous jouons aussi la Gran partita de Mozart, chef d’oeuvre de la musique pour vents. Pour le moment, il n’y a pas d’autre prolongement prévu autour de ce répertoire, car nous allons revenir à des projets plus « baroques » avec Stradivaria dans les mois à venir.

 

CLASSIQUENEWS : Avez-vous une anecdote, un souvenir à partager, liés à l’enregistrement du disque « Swingin’partita » ?

Guillaume Cuiller : Un beau souvenir : le plaisir d’être accueillis à l’abbaye de Fontevraud pour réaliser cet enregistrement. C’est un endroit hors du temps où la pierre, la nature, la lumière automnale, bref, tous les éléments sont propices à la sérénité et à la concentration. L’équipe de l’Abbaye est au diapason et nous a accueillis dans des conditions optimales !

Propos recueillis en mai 2026

 

Photo : Guillaume Cuiller © JB Millot

 

 

LIRE notre présentation du cd Sing’in Partita par Stradivaria – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026 : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-swingin-partita-vienne-1800-krommer-beethoven-cartellieri-salieri-connesson-1-cd-mirare/

Les instrumentistes de l’ensemble Stradivaria savent renouveler leur programme en défrichant des pans méconnus du répertoire instrumental. Le nouveau cd intitulé « Swingin’partita » dévoile l’essor exceptionnel de la musique pour instruments à vent à Vienne depuis la fin du XVIIIème et en particulier autour de 1800, sous l’impulsion directe de l’empereur Joseph II… Un âge d’or que rompera la guerre contre Napoléon

 

 

LIRE notre CRITIQUE du cd SWINGIN’PARTITA. Harmoniemusik, octuor de Krommer, Beethoven, Cartellieri, Salieri, Connesson… Stradivaria – 1 cd Mirare – enregistré à Fontevraud en oct 2024 – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026 :
https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-swinginpartita-harmoniemusik-octuor-de-krommer-beethoven-cartellieri-salieri-connesson-stradivaria-1-cd-mirare-enregistre-a-fontevraud-en-oct-2024/

Eclectique et volubile, la performance touche autant qu’elle impressionne (capable d’une motricité rythmique continue jusque dans la pièce contemporaine, disco, pop,… signée Guillaume Connesson). Les 8 instrumentistes, excellents solistes savent s’écouter et respirer ensemble, exprimant de l’HarmonieMusik, cette élégance viennoise qui sous des doigts français aussi orfèvres, se colore d’une vivacité et un relief individualisés proprement français. L’intérêt revient aussi à la typologie des instruments joués, au choix des partitions très habilement combinées, selon le pilotage fédérateur de l’hauboïste Guillaume Cuiller, directeur artistique de Stradivaria depuis 2020

 

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