Au lendemain de l’inauguration de « La Source vive », les Rencontres Musicales d’Evian ont investi sa sœur aînée, la Grange au Lac, pour une soirée mozartienne de haute volée. Dans ce vaisseau de bois aux accents de datcha russe, l’alchimie a de nouveau opéré, avec une programmation entièrement dédiée à W. A. Mozart (après une mise en bouche, au travers d’une courte pièce de son contemporain Joseph Martin Kraus).
La première pièce fut l’occasion de découvrir une rareté : l’Ouverture extrait de l’opéra « Olympie » de Joseph Martin Kraus. Cette pièce, enchaînée sans pause avec le concerto mozartien qui a suivi, a immédiatement captivé par son écriture tendue et dramatique, annonçant avec une étonnante modernité l’univers que Mozart allait explorer quelques années plus tard. Et ce fut ensuite au tour du pianiste coréen Sunwook Kim de s’emparer du mythique Concerto pour piano et orchestre n°20 en ré mineur, KV 466 de Mozart. La Camerata Salzburg, mené par Guillaume Chilemme depuis son violon, a posé un climat d’une noirceur tragique et d’une intensité rare. Au piano, Sunwwok Kim a répondu par un jeu d’une élégance et d’une puissance confondantes. Sa maîtrise des contrastes, son toucher à la fois délicat et percutant, ont magnifié le lyrisme désespéré du premier mouvement, la grâce mélancolique de la Romance et l’énergie presque rageuse du Rondo final. Un bis mozartien, d’une légèreté et d’une clarté apaisantes, a offert un sublime moment de respiration après l’apothéose du dernier mouvement du concerto.
Apothéose qui est revenue en seconde partie, avec la Symphonie n°41 en ut majeur, dite « Jupiter », KV 551. La Camerata Salzburg, toujours dirigée avec une grande autorité et intelligence musicale par Guillaume Chilemme, a déployé toute la splendeur de ce chef-d’œuvre ultime du génie de Salzbourg. Et ce fut tout suaf une lecture académique, avec des contrastes accentués et des dissonances mises en relief, donnant à cette symphonie une dimension presque beethovénienne. Le finale, avec son prodigieux contrepoint à cinq voix, a été mené comme une course-poursuite haletante, un vertige polyphonique d’une limpidité et d’une puissance exaltantes. Bravi !
La Grange au Lac, par son acoustique légendaire et son atmosphère unique, a une fois de plus prouvé qu’elle était un sanctuaire pour la musique… désormais épaulée par sa sublime petite soeur qu’est La Source vive !
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CRITIQUE, festival. EVIAN, Rencontres Musicales, le 25 juin 2026. KRAUS / MOZART. Sunwook Kim (piano), Camerata Salzburg, Guillaume Chilemme (direction). Crédit photographique (c) Matthieu Joffres / Rencontres Musicales d’Evian






