La Turangalîla Symphonie d’Olivier Messiaen fait partie de ces œuvres qu’on entend deux ou trois fois dans sa vie. Et encore… lorsqu’on a de la chance ! Cette chance, nous l’avons eue au Printemps des Arts de Monte-Carlo, dans la grande salle du Grimaldi Forum.
Le titre vient de deux mots en sanskrit – Turanga et Lîla -, dont la réunion signifie « Hymne d’amour ». L’oeuvre, comportant dix épisodes, explose en joie éclatante, en jubilations paroxystiques, mais s’apaise aussi en méditations suspendues. Dans ces moments d’extase, on croit entendre le silence respirer. Tout Messiaen est dans ce foisonnement de couleurs, ces sortilèges harmoniques, ces tintements de cloches ou évocations de chants d’oiseaux, mais aussi dans ce recueillement. L’orchestre, immense, doté d’une multitude de percussions, présente deux instruments solistes : le piano, utilisé comme instrument virtuose et percussif, et les ondes Martenot dont les glissandos métalliques et ondoyants font penser à des chants de sirènes.
L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo fit sonner cette œuvre démesurée avec une ampleur rare. Des solos brillants émanaient de tous les pupitres. Kazuki Yamada dirigeait l’orchestre. Le chef japonais, qui conduisait cette œuvre pour la première fois, semblait la connaître dans les moindres détails, maîtrisant chaque entrée, chaque accent, chaque détail. Il la fit triompher dans son éclat et son recueillement. Au bout de l’heure et demie que dure l’œuvre, il finit les deux bras en l’air, en signe de victoire ou de célébration céleste. Au piano, Jean-Frédéric Neuberger fit jaillir les sons comme des étincelles pendant que Nathalie Forget déroulait le chant envoûtant de ses ondes Martenot.
En premier partie de ce concert, Bruno Mantovani, membre de l’Institut de France et directeur du Printemps des Artsrts, dirigea lui-même avec une totale efficacité un Concerto composé par le saxophoniste Vincent David. Cette oeuvre brillante, bien écrite, à la pulsation incessante, soutient l’intérêt d’un bout à l’autre. Elle sait aussi ménager ses moments de mystère (l’un, en particulier, avec un ostinato de harpe). Son final, essentiellement rythmique, emporte le tout avec une humeur presque badine. L’œuvre était servie par un soliste hors pair qui était le compositeur lui-même. On dit souvent « On n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Là, c’était vraiment le cas.
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CRITIQUE, festival. PRINTEMPS DES ARTS DE MONTE-CARLO, Grimaldi Forum, le 4 avril. DAVID, Concerto / MESSIAEN, Turangalîla symphonie. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Bruno Mantovani & Kazuki Yamada (directions musicales). Crédit photographique (c) André Peyrègne





