Depuis sa sortie en 1966, la truculente aventure de « Big moustache » et ses boys dans la France occupée des terribles « forties » ont imposé dans cette Grande Vadrouille le « Tea for two » siffloté, code désopilant d’une intrigue pleine de rebondissements, des sous-sols du Palais Garnier aux Hospices de Beaune. Vincent Youmans, compositeur au jingle envoûtant nous redécouvrons enfin l’intégralité de son No, no Nanette servi avec l’enthousiasmant talent des Frivolités Parisiennes. Si le duo « Tea for two » est le cœur mélodique de cette œuvre, la partition est truffée de trésors qui restent dans la tête jusqu’à tard dans la soirée.
Les Frivolités parisiennes, dans leur exploration continue et passionnante du répertoire, ont encore frappé. Reprendre enfin en France No, no Nanette permet à une œuvre au succès éclatant de faire une entrée fracassante sur les scènes de Reims et de l’Athénée. C’est surtout l’adaptation française extrêmement soignée et caustique de Christophe Mirambeau qui rend à No, no, Nanette toutes ses couleurs chatoyantes et son humour désarmant. La mise en scène signée par Emily Wilson et Jos Houbon est brillante et dynamique, avec un décor génial qui change tel un paravent infini de couleurs chaudes. On ne s’ennuie jamais, on est pris dans le tourbillon charmant à la fois de la musique de Youmans et les dialogues parfaitement construits et qui tombent aussi bien que les somptueux costumes signés Oria Puppo.
Pour qu’une telle partition puisse retrouver ses plus beaux atours, il était séant d’engager des solistes et des danseurs aguerri.e.s pour rendre sa juste valeur à la musique de Vincent Youmans. Marion Préïté est une Nanette aussi espiègle que sentimentale avec un beau timbre audacieux affrontant toutes les difficultés sans aucun souci. Loaï Rahman est un Tom aux capacités vocales formidables et une présence de scène incontestable. Arnaud Masclet à la voix puissante et riche est un Jimmy de légende. Ronan Debois et Lauren Van Kempen sont un couple Early fantastique et follement touchant. Caroline Roëlands est fabuleuse de justesse et de timing, une grande performance pour cette Sue savamment conçue. Marie-Elisabeth Cornet est une inénarrable Pauline dans une incarnation touchante et drôle sans accroc.
Les ensembles vocaux et chorégraphiques sont remarquables, tous et toutes illuminent la scène par leur talent et sont des contrepoints scéniques aux solistes. Ici la danse n’est pas une illustration, c’est un élément essentiel pour ce type de comédie musicale.
Avec des orchestrations somptueuses, Les Frivolités Parisiennes ont remporté le défi de la première française au XXIème siècle de No, no Nanette. L’orchestre est plus que juste et avec un swing tourbillonnant. Menées par un Benjamin Pras engagé et volontaire, les Frivolités Parisiennes nous portent encore vers des aventures qui nourrissent encore et toujours le brasier de la passion.
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CRITIQUE, opérette. PARIS, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, le 29 mars 2026. YOUMANS : No, no Nanette. M. Préïté, L. Van Kempen, C. Roëlands, M-E. Cornet, L. Rahman … Emily Wilson & Jos Houbon / Les Frivolités parisiennes / Benjamin Pras. Crédit photographique (c) Christophe Raynaud Delage




