lundi 12 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. BOBIGNY, MC93, le 24 mars 2026. MOZART : La Finta giardiniera. Y. Shao, I. Anthony, B. Toverud, D. Akulova… Julie Delille / Chloé Dufresne

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La Finta giardiniera de W. A. Mozart, comme bien des opéras comiques des années 1770-1780, est un livret dont l’intrigue n’est qu’un marivaudage continu, non démuni de truculence et de grandes pages au dramatisme sentimental. Mais que l’on ne se méprenne pas, l’histoire de la marquise Violante et son déguisement n’a rien à voir avec la bleuette fade, : cette « feinte jardinière » est une rose qui garde toutes ses épines et un parfum enivrant. 

 

Pendant longtemps, on a cru que l’auteur du livret n’était autre que Rainieri de’ Calzabigi, celui qui a été le réformateur de l’opera seria avec Gluck. Or les dernières recherches ont montré que l’auteur vraisemblable de cette Finta giardiniera serait Giuseppe Petrosellini, star des librettistes d’opéra comique, le Favart italien cher à Cimarosa et Paisiello. Effectivement, rien qu’en le comparant en versification et en construction dramaturgique avec Il Pittor parigino (musique de Cimarosa), nous constatons des similitudes évidentes. Par exemple, les rôles de Sandrina / Violante et Eurilla sont construits de la même manière et dans le même registre. Les deux héroïnes sont des femmes déterminées face aux assauts des barbons et des rivales. La Finta giardiniera a été créée en 1775 et le Pittor parigino de Cimarosa en 1781, un héritage dramaturgique qui se vérifie à quelques années de distance.

Pour cette production de l’Académie de l’Opéra national de Paris, nous abandonnons les jardins et les moulures meringuées – et même les Jardiland ou autres Truffaut. Julie Delille garde le même décor, un plateau sobre et bâché avec des grandes bûches et troncs décharnés et des mottes de terre. Totalement dépourvu de poésie et plus proche d’un plateau pour une création du Théâtre de La Colline que d’un opéra comique, la production manque cruellement d’une direction d’acteurs et les solistes semblent livrés à eux mêmes. Tous les aspects intéressants de l’intrigue qui auraient pu être explorés passent au second plan ou bien sont ignorés pour se concentrer sur des disputes. On ne reviendra pas sur les coupes qui auraient pu avoir une cohérence avec une mise en scène davantage inventive et moins scolaire. 

La distribution est dans l’ensemble homogène et brillante. Nous remarquons encore une fois l’extraordinaire Sandrina / Violante d’Isobel Anthony. Cette soprano fabuleuse domine non seulement les difficultés vocales du rôle et l’incarnation avec un abattage doublé d’un timbre agile et d’une rare beauté. Le Podestà de Yu Shao est tout aussi idéal avec une étendue vocale, un phrasé et une belle noblesse dans ce timbre exceptionnel. Amandine Portelli est un Ramiro au timbre riche et multicolore, théâtralement assez juste. Clemens Frank est un Nardo de rêve et nous fait espérer de le voir encore dans d’autres rôles similaires. Daria Akulova est une Arminda au zénith. Nous sommes enchantés par son incarnation toujours juste malgré une mise en scène qui la cantonne au rôle de capricieuse hystérique. En revanche, Sima Ouahman nous laisse sur notre faim pour Serpetta : la voix manque de puissance et s’avère fragile. Dans le rôle du séducteur toxique Belfiore, le ténor Bergsvein Toverud ne manque pas de panache vocal, la voix a une belle puissance, mais manque cependant cruellement de nuances pour ce rôle.

En fosse, l’orchestre composé de jeunes musiciens relève le défi de l’arc-en-ciel mozartien haut la main. Sous la baguette magistrale et enthousiasmante de Chloé Dufresne, nous découvrons des beautés cachées dans cette délicieuse partition qui en devient encore plus passionnante. In fine, cette Finta giardiniera restera un must musical avec l’énergie de ses jeunes solistes dont la floraison est la plus belle promesse musicale du printemps.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. BOBIGNY, MC93, le 24 mars 2026. MOZART : La Finta giardiniera. Y. Shao, I. Anthony, B. Toverud, D. Akulova… Julie Delille / Chloé Dufresne. Crédit photographique (c) Vincent Lappartient

 

 

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