mercredi 14 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. Barokkfest TRONDHEIM, Frimurlugen Hall, le 29 janvier 2026. PORSILE : Spartaco. L. Morassi, A. Pichanick, S. Junker, D. Savinova, J.M. Lo Monaco, N. Pérez, H. Stensvold… Orkester Nord, Martin Wahlberg (direction)

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

Retrouver une partition après quasiment trois siècles de silence est un événement en soi… La recréation en « première mondiale » de la version originale du Spartaco de Giuseppe Porsile (1726) était ainsi à l’affiche du dernier Festival de Trondheim (Barokkfest Trondheim, Norvège). Les confins boréaux de l’Europe ajoutent une note d’exotisme et d’audace à cet événement lyrique.

___________________________________
Photos : © Arne Hauge

 

On sait l’engagement du chef Martin Wahlberg pour réussir des premières mondiales. On lui doit la résurrection de plusieurs opéras comiques français, dont « Raoul Barbe-Bleue » de Grétry ou récemment « Maison à vendre » de Dalayrac.Sans omettre la flamboyante « Ernelinde » de Philidor à l’Opéra d’Oslo ou bien l’année dernière, pour la Barokkfest de Trondheim 2025, la première mondiale de l’ « Arsace » d’Orlandini, une toute première version de l’histoire de Roberto Devereux adaptée dans la Perse antique.

A l’hiver 2026, c’est au tour du baroque viennois d’investir la belle salle de concert des Franc-Maçons de Trondheim. Cependant ce « Spartaco », unique opéra baroque sur le sujet, est bien loin du péplum héroïque versions Kirk Douglas ou de la récente série sur Netflix. « Spartaco » est l’oeuvre d’un duo de choc : le compositeur Giuseppe Porsile et le librettiste Giovanni Claudio Pasquini. Ce dernier, avec l’aide additionnelle d’Apostolo Zeno conçoit un livret dans la plus pure tradition vienno-vénitienne ; elle même l’intrigue amoureuse et « noble » à des scènes comiques désopilantes qui rappellent l’à propos de Da Ponte.

Spartaco est une découverte passionnante, outre les grands airs dignes des plus grandes pages de l’opera seria, certaines scènes sont d’une originalité fabuleuse dont la grande scène de délire de Spartaco à l’Acte III, unique en son genre, composée pour le bariténor Francesco Borosini. Ce même chanteur sera le créateur des plusieurs grands rôles chez Haendel : Bajazet et Grimoaldo dans Tamerlano et Rodelinda respectivement. Martin Wahlberg est bien inspiré de rendre à la vie une partition oubliée qui dormait encore dans les étagères de la Bibliothèque nationale autrichienne.

 

 

Spartaco bouleverse par sa vérité, d’autant que la distribution équilibrée et d’un goût très sûr, offre de superbes incarnations. Dans le rôle titre, Luigi Morassi, jeune ténor qu’on peut aisément qualifier de bariténor prend le rôle dans une tessiture parfaite pour cette partition aux difficultés impondérables. Le chanteur, à seulement 28 ans, possède une des plus belles présences vocales de sa génération : projection puissante, vocalises remarquablement précises, sens du théâtre naturel… Luigi Morassi nous promet des belles interprétations à venir. Sa performance nous rend impatients de le retrouver sur les scènes et les salles de concert.

Face à lui, Sophie Junker est une Vetturia idéale avec son timbre parfait pour ce rôle défendu à la création par Regina Schoonjans dont Sophie Junker est la digne et grandiose héritière. Dara Savinova est un Licinio de grande présence et d’une belle musicalité. Anthea Pichanick nous fait découvrir toutes les beautés de l’écriture de Porsile dans le rôle de Popilio, … elle aussi, une très belle incarnation toute en nuances. C’est aussi le cas de la mezzo-soprano José Maria Lo Monaco dans le rôle de Gianisbe, fille de Spartaco. Dans le rôle de la première femme de Spartaco, la mezzo-soprano française Natalie Pérez réalise une inénarrable virago mâtinée de Marzelline tout comme son partenaire comique, le baryton-basse norvégien Havard Stensvold, fabuleux de bout en bout dans le rôle Leporellesque de Trasone.

Orkester Nord électrisé par la direction inspirée de Martin Wahlerg se distingue par la puissance et l’attention aux détails en ciselant rythmes et dynamiques. Grâce au talent des instrumentistes et de la direction, l’écriture de Porsile a retrouvé ses couleurs, sa formidable vitalité dramatique et psychologique. Difficile de comprendre comment une telle partition n’ait pas été à l’affiche de toutes les saisons d’opéra. L’erreur est désormais réparée parce que ce « Spartaco » impressionnant est annoncé en tournée, avec un probable enregistrement. Superbe révélation.

 

 

 

________________________________
CRITIQUE, opéra. TRONDHEIM, le 29 janvier 2026. Barokkfest, Salle des francs-maçons.
Giuseppe Porsile (1680-1750) : Spartaco, opéra en 3 actes, livret de Giovanni Claudio Pasquini. Version de concert. Luigi Morassi, Spartaco ; Sophie Junker, Vetturia ; Dara Savinova, Licinio ; Josè Maria Lo Monaco, Gianisbe ; Anthea Pichanick, Popilio ; Håvard Stensvold, Trasone ; Nathalie Pérez, Rodope. Orkester Nord, direction : Martin Wåhlberg (direction)

 

 

 

LIRE aussi notre présentation de la recréation de Spartaco de Porsile, en recréation au Festival de Nordheim 2026 : https://www.classiquenews.com/norvege-barokkest-trondheim-giuseppe-porsile-spartaco-spartacus-recreation-mondiale-29-janv-2026-orkester-nord-martin-wahlberg/

 

 

 

(NORVEGE) BAROKKEST TRONDHEIM, Giuseppe PORSILE : Spartaco / Spartacus, recréation mondiale, 29 janv 2026. Orkester nord, Martin Wahlberg

 

 

 

____________________________________________________

 

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, La Halle aux Grains, le 12 octobre 2026. VERDI : Requiem. Orfeon Donostiarra, Le Cercle de l’Harmonie, Jérémie Rohrer (direction)

Les Grands Interprètes ont fait preuve de détermination. Ce concert prévu en juin dernier n’avait pas pu avoir lieu...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img