Curieux récital que celui donné par le pianiste Suisse Francesco Piemontesi au Théâtre des Champs-Élysées. La Grande Sonate en sol majeur de Franz Schubert ouvrait la soirée. Le pianiste fit preuve de toutes les vertus requises : un jeu soigné, lisse, précis jusqu’à l’irréprochable. Tout y était — la netteté, l’élégance, la probité musicale — et pourtant, il manquait cet infime tremblement qui vous saisit à la gorge, cette secousse délicieuse qui vous fait basculer dans le rêve. La musique passait, parfaite, bien élevée, polie, sans vraiment nous faire frissonner. A l’issue de cette première partie les applaudissements manquèrent d’enthousiasme.
Dans la deuxième partie vinrent des extraits des Années de pèlerinage de Franz Liszt. On constata d’abord le même maintien, la même correction irréprochable : une musique propre, bien coiffée, qui ne froissait ni l’air ni l’âme. Et soudain — car il y a toujours un soudain dans les métamorphoses — arriva la Vallée d’Obermann (toujours extraite des Années de pèlerinage). Là, quelque chose se passa : l’inspiration, la grâce – on peut appeler cela de diverses façons.
Francesco Piemontesi était soudain un autre pianiste. Un grand pianiste. La musique vibrait de l’intérieur, respirait, froissait le cœur. Tout le reste du récital se déroula de cette manière enchanteresse. On admira au passage la virtuosité — ces cascades d’octaves vertigineuses, jaillissant avec une aisance souveraine. Mais la démonstration de virtuosité n’était visiblement pas le but final du pianiste. Ainsi décida-t-il de clore le programme non par un feu d’artifice mais par les Cloches de Genève (toujours extraites des Années de Pèlerinage), oeuvre de confidence, qui s’éteint comme une voix murmurée. Le pianiste acheva là son récital, courbé au-dessus de son clavier, recueilli, dans un geste qui ressemblait à une prière.
Le silence dura quelques secondes avant que la salle n’explose, cette fois sans réserve. En bis, un Choral de Bach joué de manière magistrale vint conforter notre plaisir. La seconde partie de ce récital fut, sans conteste, celle d’un grand concert.
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CRITIQUE, concert. PARIS, Théâtre des Champs Elysées, le 26 janvier 2026. SCHUBERT / LISZT. Francesco Piemontesi (piano). Crédit photo (c) Droits réservés





