LE BAROQUE RÉINVENTÉ… Le claveciniste et chef britannique
Patrick Ayrton parle le baroque comme sa langue natale. A force de jouer les partitions de Monteverdi, Purcell, Haendel, Bach, Vivaldi, le musicien en connaît les clés secrètes, la syntaxe moléculaire essentielle dont il aime à présent déduire ses propres airs et pièces instrumentales. D’autant plus qu’il met en musique les plus grands poètes des XVIIème et XVIIIème, ceux-là même qui ont été mis en musique par les plus grands compositeurs baroques… Pastiches, transcriptions récréatives, réinventions… tissent de nouvelles alliances harmoniques et mélodiques. En témoigne le programme de son disque intitulé : « Astrophil & Stella » (paru en oct. 2025)… y paraissent les figures de la fable fantastique et amoureuse une nouvelle sensibilité qui ressuscite le pur esprit de Shakespeare auquel le facétieux compositeur ajoute des tournures plus récentes à la Bob Dylan…
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Photo : Patrick Ayrton DR
CLASSIQUENEWS : Dans l’acte de réécriture et de composition que vous réalisez, sur quels éléments de la musique élisabéthaine / baroque / purcellienne, quelles combinaisons d’instruments, vous êtes-vous appuyé ?
Patrick AYRTON : Pendant plus de trente ans, je me suis suis intéressé de près, au niveau quasi moléculaire, pourrais-je dire, aux ingrédients qui constituent la musique du 17e et 18e : tournures harmoniques, procédés contrapuntiques, formes, structures, ornementation, instrumentation, etc. Comme un cuisiner voulant faire une vieille recette, j’ai tout simplement souhaité expérimenter avec ces mêmes outils”.
CLASSIQUENEWS : Où se trouve la part d’invention en tant que compositeur contemporain ? Y a-t-il une combinaison instrumentale qui « fonctionne » particulièrement bien avec la voix ? Laquelle ? Un exemple ?
Patrick AYRTON : Je ne peux pas dire avoir inventé quoi que ce soit ! Peut-être réinventé. La création artistique est ainsi, selon moi. Pour reprendre l’image du cuisinier, les bonnes vieilles recettes survivent au temps, il faut les appliquer, certes en rajoutant une touche personnelle, comme le ferait tout chef qui se respecte. Dans le cas d’Astrophil & Stella, ce sont peut-être quelques tournures inspirées par le rock progressif des années 70, la période de mon adolescence, qui se sont glissées dans ma musique, mais à très faible dose. Quand à la voix, elle a cela de miraculeux, qu’elle se marie avec tout. When the bee sucks, pour soprano et continuo, marche selon moi tout aussi bien que Witches’ Song, où l’accompagnement est beaucoup plus orchestral et foisonnant.
CLASSIQUENEWS : Quels seraient les airs et les textes les plus représentatifs de votre travail de « réécriture créatrice »?
Patrick AYRTON : Ce sont les textes des poètes moins connus qui, à mon avis, émergent dans ce projet, tels que John Lyly, Ben Johnson ou Phillip Sidney. Ils sont d’une fraîcheur inouïe. On dirait parfois du Bob Dylan, ou Cat Stevens, ou même certains textes des Beatles.
CLASSIQUENEWS : Quels sont les sujets poétiques, littéraires qui vous touchent et vous inspirent parmi les poèmes sélectionnés ?
Patrick AYRTON : Les principaux thèmes poétiques sont la nuit, le rêve, le féerique (Fairy Revels, Fairy Land, When the Bee sucks), mais aussi l’humain, le terrestre, le charnel, comme dans Oh for a Bowl of Fat Canary, très rabelaisien, ou Syrinx, sensuel et voluptueux.
CLASSIQUENEWS : Pouvez-vous citer 2 pièces les plus réussies dans la fusion idéale texte et écriture instrumentale ? Et pour quelles raisons cette entente est-elle si réussie ?
Patrick AYRTON : Difficile pour moi de juger de ce qui est réussi dans ma musique ! Encore une fois, j’ai suivi les recettes de ces temps-là : dans la période baroque la réthorique jouait un rôle immense en musique, on “peignait” avec les mots, les figures et tournures avaient vocation d’être descriptives. Par exemple, si l’on voulait illustrer le contraste entre “le haut” et “le bas”, on écrivait tout simplement une note haute et une note basse, respectivement, et si le mot “guerre” apparaissait, alors on utilisait une rythme “guerrier”, répétitif, saccadé, lancinant…C’est ce que j’ai tenté de faire dans Come, Sleep.
CLASSIQUENEWS : Une anecdote, un souvenir lié à l’enregistrement de l’album Astrophil & Stella ?
Patrick AYRTON : Une des musiciennes du disque me dit dans un pause : “C’est formidable d’avoir un compositeur baroque si bien conservé en face de soi !”.
Propos recueillis en déc. 2025
CRITIQUE, concert. PARIS, Temple du Foyer de l’Âme, le 22 octobre 2025. Patrick AYRTON : « Astrophil & Stella » (musiques dans le style des XVIIè et XVIIIè, d’après Shakespeare, Lyly, Jonson, Sydney…)
https://www.classiquenews.com/critique-concert-paris-le-22-octobre-2025-patrick-ayrton-astrophil-stella-musiques-dans-le-style-des-xviie-et-xviiie-dapres-shakespeare-lyly-jonson-sydney/
LIRE aussi notre annonce du concert de Patrick AYRTON : « Astrophil & Stella » (musiques dans le style des XVIIè et XVIIIè, d’après Shakespeare, Lyly, Jonson, Sydney…) : https://www.classiquenews.com/paris-temple-du-foyer-de-lame-le-22-oct-2025-patrick-ayrton-astrophil-stella-poesie-elisabethaine-heritage-purcellien-et-reecriture-baroque/
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