lundi 5 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. MONTEVERDI : « Le Couronnement de Poppée ». F. Aspromonte, N. Balducci, E. Zaïcik, P-A. Bénos-Djian, A. Rosen… Les Epopées / Stéphane Fuget (direction). 1 CD CVS enregistré dans la Grande Salle des Croisades du Château de Versailles en déc 2023

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Il arrive parfois qu’une captation d’opéra ne se contente pas de conserver une représentation, mais en cristallise la fulgurante quintessence artistique. C’est précisément l’exploit qu’accomplit le beau coffret de trois CD publié par le label Château de Versailles Spectacles, issu du concert donné dans l’intime Salle des Croisades du Château de Versailles, en décembre 2023. Sous la direction incandescente de Stéphane Fuget, l’ensemble Les Épopées et une distribution d’une cohérence miraculeuse font renaître Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi avec une vitalité, une urgence dramatique et une théâtralité qui en redéfinissent la lecture moderne.

 

 

La marque de fabrique Fuget : Vitalité, Urgence, Théâtralité

Dans la lignée de ses enregistrements d’Orfeo et du Retour d’Ulysse déjà salués dans ces colonnes, Stéphane Fuget signe ici l’achèvement magistral de sa trilogie monteverdienne. Sa direction est un modèle du genre : là où certains opèrent par opulence orchestrale, Fuget fait le choix, érudit et audacieux, d’un effectif resserré – deux violons, un alto, un violoncelle, une basse de viole, deux clavecins et deux théorbes – fidèle à la pratique des théâtres vénitiens de l’époque. De cette économie de moyens naît une concentration de forces extraordinaire, quand sa gestique millimétrée agit comme un véritable souffle dramatique sur l’ensemble.

Ancien chef de chant, Fuget communique avec ses musiciens et ses chanteurs par une gestuelle évocatrice pour extraire du texte toute sa charge émotionnelle. Le résultat est une tension continue, une absence totale de temps mort, où les rythmes impulsifs et les contrastes francs magnifient l’architecture du drame. La musique devient un prolongement organique de la parole, exaltant le stile rappresentativo où chaque note sert l’expression du texte. C’est cette alchimie, cette furià communicative alliée à une rigueur stylistique absolue, qui imprime à cet enregistrement sa marque de fabrique inoubliable : une théâtralité pure, vibrante et immédiate.

 

Le Trésor de la Version de Naples : Complétude et Raretés

Ce qui distingue encore cet enregistrement, c’est le parti pris de complétude, privilégiant la version napolitaine de 1651. Cette approche nous offre l’œuvre dans une exhaustivité rare, déployant plus de trois heures de musique, en restaurant des pages trop souvent sacrifiées. L’auditeur est ainsi comblé par des joyaux uniques tels que la Sinfonia d’ouverture, qui plante d’emblée le décor sonore avec une nervosité élégante – ou encore le monologue déchirant d’Ottavia à l’Acte II, « Ecco-mi quasi riva », un moment de désespoir et de dignité brisée d’une intensité poignante. Evoquons aussi le badinage intégral entre le Valetto et la Demoiselle, et le finale avec le chœur des Amours, qui enrichissent considérablement la trame dramatique et l’équilibre de l’œuvre. Cette intégralité respectée offre une immersion totale dans le chef-d’œuvre de Monteverdi et de son librettiste Busenello, révélant toutes les facettes d’un drame qui oscille sans cesse entre volupté sensuelle et noirceur barbare.

 

Une distribution exceptionnelle, du rôle-titre aux plus « petits » rôles

La réussite de cet enregistrement repose aussi sur une troupe homogène, où chaque artiste, quel que soit l’ampleur de son rôle, incarne son personnage avec l’acuité d’un acteur-chanteur. Francesca Aspromonte (Poppée) est une révélation. Sa voix souple, fruitée et charnue, est un instrument de séduction absolue. Elle sait mordre le texte avec une sensualité troublante et le teinter d’acidité lorsqu’il le faut, maîtrisant l’art de la persuasion dans ses « ripudio » répétés à Néron avec des colorations toujours différentes. Face à elle, le jeune contre-ténor italien Nicolò Balducci (Néron) compose un empereur d’une complexité fascinante. Chanteur au timbre clair et séduisant, il épouse les lignes de sa Poppée avec une élégance sensuelle. Il excelle surtout à rendre le personnage dans tout ce qu’il a d’efféminé, de capricieux et de névrotique, passant de l’amant envoûtant au tyran imprévisible d’une voix qui peut frôler le cri pour mieux révéler la psyché dérangée du personnage.

Eva Zaïcik (Octavie) offre une prestation d’une noblesse confondante. Son « Addio Roma » est murmuré du bout des lèvres, dans un souffle brisé qui atteint au pathétisme le plus pur, tout en sachant se faire mordante et autoritaire dans la vengeance. Comme à son habitude, Paul-Antoine Bénos-Djian campe un Othon d’une richesse vocale et d’une expressivité inouïes, tandis qu’Alex Rosen campe un Sénèque à la basse majestueuse et émouvante. Juan Sancho, en Nourrice puis en Lucain, impressionne par son agilité et sa sensualité. Nicolas Scott offre à Arnalta une humanité tendre et un chant raffiné. Enfin, les incarnations de Claire Lefilliâtre (Fortune, Pallas), Jennifer Courcier (Amour), Hasnaa Benani (Drusilla), Ana Escudero (Vertu, Valetto), Geoffroy Buffière (Mercure, le Lecteur) et enfin Marco Agioloni apportent chacune une couleur et une justesse de ton parfaites.

 

Conclusion : Un « Couronnement » mérité !

Entre le choix éclairé de la version de Naples, la direction au cordeau de Fuget et l’engagement total de chaque interprète, ce nouvel enregistrement du label CVS s’impose comme une référence absolue. Il capture l’essence même du théâtre en musique de Monteverdi : un tourbillon de passions humaines, de désir tout-puissant et d’ambition dévastatrice, rendu avec une clarté et une vigueur qui en renouvellent magistralement l’écoute. Un couronnement, en vérité !

 

 

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CRITIQUE CD événement. MONTEVERDI : « Le Couronnement de Poppée ». F. Aspromonte, N. Balducci, E. Zaïcik, P-A. Bénos-Djian, A. Rosen… Les Epopées / Stéphane Fuget (direction). 1 CD CVS enregistre dans la salle des Croisades du Château de Versailles en déc 2023

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de la boutique de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/boutique

 

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