Les Grands Interprètes fêtent avec lustre leur 40ème anniversaire, avec la venue à Toulouse du Münchner Philharmoniker dirigé par Tugan Sokhiev, tant aimé des Toulousains. La phalange bavaroise a été dirigée par d’immenses chefs, le plus connu étant Gustav Mahler qui a créé, à leur tête, deux de ses Symphonies. Un autre des plus prestigieux est sans conteste le chef roumain Sergiu Celibidache qui – avec une discographie majestueuse de magnifiques concerts radiodiffusés – a fait rayonner l’orchestre dans le monde entier, surtout grâce aux Symphonies d’Anton Bruckner.
Ce soir, Tugan Sokhiev les dirige dans des œuvres que le chef ossète aime particulièrement. De ses attaches à Toulouse comme directeur artistique, il a développé une belle connaissance de la musique française. Le Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc est comme une farce gigantesque : deux pianistes super-solistes auxquels il est demandé une virtuosité diabolique dialoguent avec un orchestre farceur. Dès leur fulgurante entrée en scène, les deux frères pianistes Lucas et Arthur Jussen forcent l’admiration. Comme deux diablotins blonds, ils sautillent vers les pianos et dans une complicité joyeuse ne font qu’une bouchée de la partition si terrible. Tout leur semble facile et la légèreté de leur toucher, leur énergie et leur joie partagée font mouche. C’est une interprétation idéale. Leur jeu fusionnel, leurs œillades et leurs mouvements primesautiers font merveille. Tugan Sokhiev allège l’orchestre au maximum tout en obtenant un brillant particulier. Cette partition malicieuse, voire moqueuse, est parfaitement interprétée par ces musiciens habiles. Les deux jeunes pianistes offrent un bis paisible après tant de frénésie, l’adaptation d’une pièce de Bach pour deux pianos qui apporte un peu de calme.
Après l’entracte, l’orchestre s’étoffe jusqu’à huit contrebasses pour la 4ème Symphonie de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Tugan Sokhiev a enregistré cette Symphonie avec l’Orchestre National du Capitole en 2006. Il l’a très souvent dirigée. C’est un peu une œuvre fétiche. En 2013, lorsqu’il était venu ici avec le Wiener Philharmoniker, il avait offert cette même Quatrième symphonie. L’entendre proposer la même judicieuse interprétation avec ces phalanges prestigieuses, si différentes, est un vrai bonheur. Si la première version toulousaine garde une fraîcheur et une énergie particulière avec des orchestres plus imposants, Tugan Sokhiev garde sa vision. Moins sombre que les deux Symphonies suivantes du maître Russe, il réserve à cette œuvre des moments de bonheur et même de joie. La souplesse du discours, les phrasés élégants, le dosage parfait des nuances, et cette science des crescendi, font merveille. Tugan Sokhiev danse plus qu’il ne dirige. Ses mains nues semblent créer la musique sous nos yeux. C’est aussi beau à regarder qu’à écouter. L’orchestre munichois est royal : opulent de cordes, ronds de bois et mordorés de cuivres. Les solistes sont brillantissimes (hautbois, clarinette flûte, piccolo, cors, trompettes et gros cuivres). La beauté sonore permanente de cette Symphonie est pour le public un moment de véritable ferveur, et les applaudissements sont particulièrement nourris.
Un concert magnifique qui fait honneur à cette anniversaire des 40 ans des Grands Interprètes !
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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 24 novembre 2025. MENDELSOHNN / POULENC / TCHAÏKOVSKI. Arthur et Lucas Jussen (pianistes), Münchner Philharmoniker, Tugan Sokhiev (direction). Crédit photo (c) Hubert Stoecklin






