samedi 10 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. RENNES, Opéra le 10 nov 2025. SONDHEIM : Company. Gaétan Borg, Jasmine Roy, Jeanne Jerosme, … Orchestre National de Bretagne, Larry Blank [direction] / James Bonas [mise en scène] 

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Célibat ou vie de couple ? Insouciance ou engagement?  BOBBY [Robert] ne cesse de tergiverser, emporté dans le rythme trépidant de la vie New-Yorkaise qu’incarne la déjantée et délirante Marta [Neïma Naouri et son très bel air prenant, exalté : « Another hundred poeple »] …

 

 

Dans son Fauteuil bien confortable, et au moment où il se voit fêter ses 35 ans, le célibataire endurci qui collectionne les aventures [dont l’hôtesse de l’air April], questionne les 5 couples qui composent ses amis, une « company / compagnie », bienveillante parfois inquiète, toujours à ses côtés qui offre aussi un terrain d’étude psychologique et comportementale pour le spectateur, à travers les scénettes qui en exposent conflits, petites brouilles, retrouvailles d’un quotidien conjugal parfois pesant.

L’humour, la fantaisie, surtout le swing de la musique de Stephen Sondheim [1970] évite l’enlisement voire la répétition d’une comédie lyrique qui à sa création avait marqué les esprits par son découpage narratif innovant, ses actions multiples, ses retours à la scène primordiale, – celle de la fête d’anniversaire qui déclenche chez Bobby, ses questions existentielles.
Pour autant cette histoire de couples, de compréhension mutuelles entre les sexes oblitère totalement la question de la famille et des enfants…, la pièce propre aux années 1970, se concentrant uniquement sur le regard de Bobby, éternel ado dubitatif qui trentenaire, espère une compagnie / compagne idéale dans sa vie [cf la vision exprimée dans son dernier air « Being alive »], tout en demeurant indéfectiblement libre.

 

 

 

Vie de couple ou célibat,
ou les tergiversations de Bobby…
Tout l’esprit de Broadway à l’Opéra de Rennes

 

Le vrai plaisir ce soir vient de la fosse électrisée, percutante, expressive à souhaits par le chef spécialiste de ce répertoire [la veine Broadway post Bernstein], Larry Blank. Le maestro connaît d’autant mieux la musique de Sondheim qu’il a travaillé avec le compositeur en dirigeant Sweeney Todd [Los Angeles, 1999]. Blank, gestes fluides et corps mobile, se délecte visiblement à alléger l’orchestration où jaillissent entre autre les nuances spécifiques du « rock-sichord », clavier électronique imitant le clavecin (et utilisé alors pour la première fois dans une fosse d’orchestre). Tout cela intensifie la texture jazzy, plutôt très dansante de l’écriture propre aux premières comédies de Sondheim. Le chef danse avec les musiciens de l’Orchestre national de Bretagne : l’énergie des cuivres, l’ivresse des vents, la batterie omniprésente qui nourrit constamment l’élan rythmique … répondent astucieusement à sa quête sonore, énergique, dramatique, fluide. Tout l’esprit de Broadway se déploie ce soir à Rennes.

La distribution reste homogène … mais sans vraiment toucher (à quelques exceptions près) ; elle a le mérite de mettre le pied à l’étrier des jeunes chanteurs mis en avant par le programme  « génération opéra ». Tous doivent prendre de la graine face à la performance irréprochable de Jasmine Roy (Joanne) : fine comédienne, entre autodérision et clairvoyance, avec des moyens dramatiques qui se révèlent en seconde partie [dans la scène du club où elle chante totalement grise, l’ennui des épouses très convenables qui prennent le thé… « The ladies who lunch« / en réalité tout ce qu’exècre cette riche multidivorcée, tout à fait lucide]. La chanteuse brûle les planches, il est vrai que dans son cas, l’expérience porte ses fruits : sa performance cinématographique se distingue nettement.

Palmes aussi à l’Amy de Jeanne Jerosme, abattage vocal et performance d’actrice maîtrisés, dans une scène délirante épinglant le stress de la parfaite ménagère, au bord de la crise de nerfs, shootée au beurre de cacahuète et au lait écrémé, et qui ne sait plus si elle est prête à se marier (« Getting married today »)…

Au fil des tableaux, le profil de Bobby, l’éternel célibataire se précise, gagne en profondeur et en complexité, une richesse émotionnelle que le chanteur en titre, Gaétan Borg, semble cependant plus affleurer qu’incarner, exprimant à travers ses 3 grands airs solos, la même invariable couleur quand son texte ouvre des perspectives plus nuancées [son dernier air, – déjà cité, le plus tendre, dévoile des failles et une ouverture, absentes au début de l’action].

Pour autant, l’implication générale sur le plateau trouve un équilibre indiscutable entre chant, théâtre, danse.  C’est une réjouissante réalisation qui démontre le métier de Sondheim aussi inspiré que les meilleurs comédies de Bernstein, et dans une distribution qui expose de jeunes talents engagés.

Encore 2 représentations à l’Opéra de Rennes, aujourd’hui mardi 11 [16h] et mercredi 12 novembre 2025 [20h]. – plus d’infos directement sur le site de l’Opéra de Rennes : https://opera-rennes.fr/fr/evenement/company

 

 

Prochaine production événement à L’Opéra de Rennes : Le Pèlerinage de la rose, les 2 et 3 décembre 2025 / très rare oratorio de Robert Schumann, production événement :
https://opera-rennes.fr/fr
Page dédiée le pèlerinage de la Rose : https://opera-rennes.fr/fr/evenement/le-pelerinage-de-la-rose

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