C’este encore une belle soirée symphonique qu’a offert à son public l’Orchestre National des Pays de la Loire (phalange angevine), sous la direction énergique et précise de la jeune cheffe coréenne Sora-Elisabeth Lee, et brillamment articulé autour du dialogue entre la Russie, le Brésil, la Hongrie et l’Allemagne.
La première partie de ce concert était dédiée à la magie du saxophone, portée par la virtuosité étincelante de la soliste Asya Fateyeva. La soirée s’ouvre sur le Concerto pour saxophone alto et cordes d’Alexandre Glazounov, un ouvrage aussi rare que charmant ! Dès les premières notes, Asya Fateyeva a captivé l’auditoire. Son saxophone alto était d’une rondeur et d’une chaleur extraordinaires, naviguant avec une aisance déconcertante entre le lyrisme romantique et les passages virtuoses. La complicité avec l’orchestre était également palpable. Sora-Elisabeth Lee a su contenir les cordes pour créer un écrin parfait, laissant le chant du saxophone s’épanouir pleinement. Le voyage s’est poursuivi avec une plongée dans l’univers brésilien de Heitor Villa-Lobos, la Fantaisie pour saxophone soprano soprano. L’œuvre, avec ses rythmes entêtants, ses couleurs harmoniques audacieuses et sa structure libre, contrastait vivement avec la rigueur classique de Glazunov. La soliste et l’orchestre ont semblé se libérer, jouant avec les syncopes et les couleurs exotiques avec une joie communicative. Les trois cors et les cordes ont brillé dans ce dialogue enlevé, restituant toute l’âme brésilienne chère au compositeur. En bis, Asya Fateyeva nous a offert un moment de pure magie avec l’une des Six Danses populaires roumaines (originellement écrites pour le piano) de Béla Bartók. Dans un arrangement pour saxophone, la saxophoniste a su mettre en valeur le phrasé incroyable et le sens du folklore de l’ouvrage. L’esprit de la musique tzigane, avec sa liberté rythmique et son expressivité brute, a été restitué avec une géniale spontanéité, laissant le public sous le charme !
Après l’entracte, l’orchestre au grand complet est revenu pour aborder la monumentale Symphonie n°3 « dite Rhénane » de Robert Schumann. C’est ici que le talent de Sora-Elisabeth Lee a pleinement éclaté. D’emblée, le mouvement a jailli avec une énergie et une noblesse remarquables. La cheffe a parfaitement mis en valeur les hemioles qui donnent ce balancement si caractéristique à la musique, créant un puissant élan vital. L’intervalle de quarte, cellule génératrice de toute la symphonie, était mis en avant avec une clarté confondante. Le mouvement suivant, évoquant à l’origine un « Matin sur le Rhin », avait la simplicité robuste d’un Ländler. Le tempo choisi, volontairement modéré, a permis de savourer la couleur pastorale et les jeux contrapuntiques, avec une belle respiration. Le troisième mouvement est un Intermezzo qui a été un vrai moment de grâce et de sérénité. Sora-Elisabeth Lee a dirigé avec une grande délicatesse, laissant les phrases mélodiques s’épanouir comme des chants sans paroles. L’orchestre a joué avec une belle transparence, offrant une pause contemplative avant les moments les plus intenses. Puis est venu sans conteste le point d’orgue de la soirée, avec le 4ème mouvement solennel, souvent associé à la majesté de la cathédrale de Cologne, qui a ici été servi par une interprétation d’une profondeur et d’une gravité saisissantes. L’entrée des trombones, d’une puissance à la fois sombre et recueillie, a littéralement coupé le souffle. La direction de Lee a magistralement construit la tension jusqu’au climax central, avant de retomber dans un silence vibrant. Enfin, le finale a éclaté dans une joyeuse et triomphale danse rhénane. L’orchestre, porté par une énergie communicative, a conclu l’œuvre dans un éclat rayonnant, rappelant les thèmes passés pour clore le cycle de manière grandiose.
Le public angevin est reparti conquis, avec la certitude d’avoir vécu un moment musical d’une grande intensité. Bravo !
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CRITIQUE, concert. ANGERS, Cité des Congrès, le 9 nov 2025. GLAZOUNOV / VILLA-LOBOS / SCHUMANN. Asya Fateyeva (saxophones), ONPL, Sora-Elisabeth Lee (direction). Creédit photo (c) Emmanuel Andrieu





