mercredi 7 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. CARDIFF, Welsh National Opera (Wales Millenium Center), le 28 septembre 2025. PUCCINI : Tosca. N. Romaniw, A. Presno, D. Solari… Edward Dick / Gergely Madaras

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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Le financement public du Welsh National Opera (Cardiff) a entraîné des réductions d’effectifs douloureuses, avec une diminution des musiciens de l’orchestre et des membres du chœur, ainsi que la perte de plusieurs dates de tournée. Pour cette ouverture de saison, cette Tosca de Giacomo Pucccini avec un orchestre réduit – dans une production datant de 2018 et empruntée à l’Opera North – n’avait donc pas toutes les apparences d’un événement des plus palpitants. Pourtant, la représentation du samedi après-midi au Wales Millenium Center fut un moment glorieux littéralement ovationné le public gallois, pourtant habituellement plus réservé, au baisser de rideau.

 

Il est peu probable que cela soit dû à la production elle-même. La production d’Edward Dick, créée à Leeds, repose sur deux idées principales : celle que le drame peut être transposé à l’époque d’une sorte de régime autocratique contemporain, et celle que le décor de Tom Scutt doit être dominé par un dôme, certes beau, semblable au Panthéon à Paris. La première idée implique des hommes de main avec des mitraillettes, parlant au téléphone portable, Tosca regardant Cavaradossi se faire torturer sur l’ordinateur portable de Scarpia, quand les fidèles qui affluent pour le Te Deum du premier acte s’avère un groupe hétéroclite de fashionistas habillé de façon tape-à-l’œil et agitant des drapeaux dorés. C’est par le dôme que le prisonnier politique Angelotti descend en rappel à l’ouverture de l’opéra, et c’est par là que Tosca se jette vers la mort dans la scène finale. Pour une raison quelconque, ce dôme se retrouve déplacé dans le bureau / salle de torture de Scarpia, puis à l’arrière des remparts du château Saint-Ange. De même, les rangées de bougies de l’église restent en place tout au long des trois actes, un enfant de chœur les allumant pour l’acte trois.

Mais ce furent le chant, la musique et le jeu des acteurs qui furent électrisants, profondément émouvants et qui, je crois, ont tant ravi le public. La représentation tournait autour de la Tosca finement ciselée et interprétée de manière impeccable par Natalya Romaniw. Avoir suivi la carrière de la soprano Natalya, née à Swansea tout proche de là, et la voir et l’entendre être autant appréciée sur sa terre natale, fut un moment réconfortant. Elle avait déjà brillé in loco dans Il Trittico l’année dernière, mais c’est en Tosca qu’elle s’est fait un nom international, et c’est dans ce rôle qu’elle fera ses débuts à Glyndebourne en 2026. Son chant gagne en beauté et en richesse, chaque mot et chaque note méritant d’être savourés. Ce qui est aussi captivant, c’est la façon dont elle habite son personnage et, dans cette mise en scène,  évolue au fur et à mesure que les horreurs de sa situation deviennent de plus en plus insupportables. Elle passe de la femme jalouse, mais douce et innocente, à une tueuse crachant sa haine lorsque Scarpia l’a poussée à bout, puis rejoint Cavaradossi en révolutionnaire avant son funeste acte final, où les deux héros se tiennent la main et lèvent tous deux le poing en signe de salut. 

Le Cavaradossi d’Andrés Presno a gagné en puissance au fil de l’après-midi, avec un chant audacieux et éclatant, culminant dans un déchirant « E lucevan le stelle ». Sur le plan dramatique, il a parfaitement réussi la transformation de l’artiste idéaliste du premier acte en épave torturée et désespérée du troisième acte. Cependant, l’utilisation de l’ordinateur portable et la mise en scène de l’acte II ont nui à l’efficacité de la torture hors scène imaginée par Puccini. Ce deuxième acte était de nouveau dominé par ce dôme, mais aussi par un lit à quatre colonnes disgracieux qui, à un moment donné, a semblé devenir un ring de lutte entre Scarpia et Tosca, et sur lequel il trouve finalement son châtiment.

Le personnage de Scarpia, chanté par le baryton argentin Dario Solari, était fascinant, comme sa façon, à la fin de l’acte I, de se prendre la tête dans les mains, et comme plongé dans une sorte de transe religioso-sexuelle, pour un effet glaçant ! Dans le second acte, il filme Tosca avec son téléphone portable alors qu’elle est en proie à une agonie émotionnelle en chantant « Vissi d’arte ». On peut l’imaginer revisionnant la vidéo plus tard. Son chant est plus beau que le Scarpia menaçant auquel nous sommes habitués, et lorsque Tosca semble presque succomber à son charme feint (lui étreignant les jambes) vers la fin de l’acte I, on comprend pourquoi.

La production a aussi laissé de l’espace aux rôles secondaires pour briller, que ce soit le Spoletta d’Alun Rhys-Jenkins ou le Sacristain de Ross Fettes. Si le rôle du Jeune Berger de Max Fokkens est court, il l’a magnifiquement chanté et l’image du garçon assis dans l’ouverture du dôme au début de l’acte III était exquise. C’est aussi d’autant plus poignant que c’est de là que Tosca tombera pour trouver la mort.

Que le chef d’orchestre Hongrois Gergely Madaras et les musiciens malmenés de l’Orchestre du WNO aient produit une après-midi de musique aussi envoûtante tient d’un petit miracle ou, plus exactement, est un témoignage de leur art et de leur métier. Le public a quitté le Wales Millenium Center enthousiasmé, porté par un chant, un jeu et une musicalité qui rendent le Welsh National Opera si important à Cardiff et pour tout le Pays de Galles. Mais en définitive, cette représentation valait surtout pour la prestation de Mme Romaniw…

 

 

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CRITIQUE, opéra. CARDIFF, Welsh National Opera (Wales Millenium Center), le 28 septembre 2025. PUCCINI : Tosca. N. Romaniw, A. Presno, D. Solari… Edward Dick / Gergely Madaras. Crédit photo (c) Dafydd Owen

 

 

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