dimanche 4 octobre 2026

CRITIQUE, concert. PARIS, Théâtre des Champs Elysées, le 30 SEPTEMBRE 2025 : Adèle CHARVET chante Joséphine Baker. Adèle Charvet (mezzo), Orchestre de Picardie, David Reiland (direction)

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Qui soupçonne qu’il y a cent ans Joséphine Baker débutait à Paris sur la scène du mythique Théâtre des Champs-Elysées ? Elle arrivait avec une troupe d’artistes en tant que danseuse, et fit sensation dans la salle de l’Avenue Montaigne auprès d’un public d’artistes et du tout Paris. Célébrer l’arrivée d’une des plus grandes figures des arts et de l’histoire de France méritait que sa première maison la célèbre avec force événements et force propositions aussi fantastiques les unes que les autres. C’est la mezzo-soprano Adèle Charvet qui incarne à la perfection la diva du Music-Hall.

 

Dès les premières notes, Adèle Charvet impose son emprise artistique : sa voix riche, chaleureuse, veloutée, dotée d’un grain irisé et d’une sûreté de ligne inouïe, déploie avec une rare liberté d’inflexion ce répertoire exigeant, le tout serti des arrangements brillants de Johan Farjot. Le choix de ce programme — des versions arrangées des chansons de Joséphine Baker mêlées à quelques incursions plus tardives (Bob Dylan, Pino Donaggio)  constitue une proposition audacieuse, et Adèle Charvet la porte avec panache et swing à faire danser le plus revêche. 

On apprécie la finesse avec laquelle elle module les climats : tantôt un souffle jazzy retenu, tantôt une intensité dramatique sobre, tantôt une tendresse presque murmurée. Sa diction française est impeccable, et son phrasing — tant dans les passages les plus lyriques que dans les refrains plus populaires — révèle son immense désir de porter ces chansons avec toutes les nuances possibles. Dans « J’ai deux amours », elle rend à la fois l’élan passionné et la nostalgie, sans jamais verser dans la caricature. Elle trouve l’équilibre entre l’ombre et la lumière, entre la stylisation artistique et l’authenticité de l’émotion.

La création — Chalk Line de Caroline Marçot — dans cet écrin est bien servie : Adèle Charvet s’y investit avec conviction, dessine un art du timbre vibrant, participe de manière engageante à cette commande contemporaine. Dans cette partie nouvelle, son engagement dramatique rejoint sa finesse vocale, et on sort de cette première moitié avec la certitude d’avoir assisté à un moment artistique fort.

Il faut toutefois souligner que l’Orchestre de Picardie sous la direction de David Reiland n’a pas toujours été au rendez-vous. Si certaines pages orchestrales offraient un accompagnement habile, dans nombre de transitions, l’équilibre manquait de souplesse. L’orchestre paraissait parfois figé, peu complice, manquant de réactivité stylistique face aux inflexions vocales.

Plus encore, sous la direction de David Reiland, la dynamique orchestrale souffrait d’un certain empâtement dans les tutti, avec des pupitres manquant de précision dans les attaques et de justesse dans les contrastes. À des moments, l’orchestre paraissait trop massif, écrasant partiellement la voix ou creusant des fossés de coloris. C’est dommage, car avec une direction plus souple et une sensibilité plus constante au langage vocal, cette formation aurait pu participer au triomphe de la soirée plutôt que de poser un frein discret mais réel.

Globalement, ce récital restera dans les mémoires, et principalement grâce à l’art d’Adèle Charvet, qui transcende le répertoire, captive l’auditeur dès l’incipit, et impose son univers comme une évidence. Nul doute que dans d’autres conditions, cette artiste est capable de performances véritablement irrésistibles. 

En 1975, il y a déjà un demi siècle, la grande Joséphine s’est éteinte et désormais c’est Paris et ses lampions fascinants qui lui déclarent une flamme éternelle, un siècle après son arrivée sur les rives de la Seine dans la salle merveilleuse des Bourdelle et des Maurice Denis.

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Théâtre des Champs Elysées, le 30 SEPTEMBRE 2025 : Adèle CHARVET chante Joséphine Baker. Adèle Charvet (mezzo), Orchestre de Picardie, David Reiland (direction). Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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