samedi 3 octobre 2026

ENTRETIEN avec la pianiste Diane ANDERSEN, à propos de son dernier album dédié à Blanche Selva :  » Mythique égérie du piano français  » (1 cd CIAR classics)

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

Pour le label CIAR classics dirigé par Damien Top, la pianiste Diane Andersen a enregistré tout un programme entièrement dévolu à l’art de sa consoeur Blanche Selva dont l’engagement à jouer et défendre les compositeurs de son temps reste exemplaire. De Bréville, Ropartz, Migot, Gauthiez… autant de noms qui sortent de l’ombre et auquel le piano défricheur accorde une nouvelle naissance. Proche des auteurs, interprète éclairée et curieuse, elle-même compositrice, Blanche Selva inspire un programme riche et passionnant…
_________________________________

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi d’enregistrer cet album ? Comment s’inscrit-il à ce moment de votre travail artistique ?

Diane Andersen DR

Diane Andersen : Blanche Selva [BS] m’a toujours fascinée comme musicienne et pédagogue. Il y a une vingtaine d’années Françoise Thinat, la merveilleuse pianiste française, et moi-même avions été contactées par Guy Selva, neveu de Blanche, pour faire une sorte de condensé des écrits de BS sur la technique pianistique afin d’attirer de nouveau l’attention du public, sur l’oeuvre pédagogique de cette grande pianiste.
J’avais déjà derrière moi quelques conférences-récitals sur le sujet ainsi qu’un cd consacré à la Sonate pour piano de Vincent d’Indy (1987, rééditée en 2013), oeuvre dédiée à Blanche. Nous avons analysé en détail tous les volumes consacrés à la technique pianistique, Françoise et moi, pour finalement arriver à la conclusion que c’était impossible à écourter ou résumer valablement. Il fallait garder le tout tel quel pour que ça reste compréhensible. Donc, nous nous sommes arrêtées là mais la pianiste et la pédagogue ont continué à me fasciner. On peut dire que mon contact avec Blanche Selva ne s’est jamais interrompu tout au long de ma carrière. C’est donc tout naturellement que je me suis intéressée à son entourage artistique et examiné de plus près comment ses contemporains l’avaient considérée comme pianiste et musicienne.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critères avez vous choisi chaque pièce ?

Diane Andersen : Le critère premier était la qualité de l’écriture et ce qui semblait le mieux refléter le caractère de BS (du moins selon mon sentiment…) et ce qui m’intéressait le plus personnellement, sauf pour l’oeuvre de Cécile Gauthiez, petite pépite qui m’a été proposée par Damien Top, directeur du CIAR Centre International Albert Roussel.

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi sont-elles représentatives de leur auteur ?

Diane Andersen : Je ne sais pas si la pièce de Cécile Gauthiez est représentative de son oeuvre, je ne la connais pas assez, mais c’est une oeuvre de grande qualité, de quelqu’un qui connait son métier, qui parvient à convaincre avec des moyens simples et efficaces, qui est directe et sincère dans ses sentiments. Ecrire des pièces courtes avec un réel contenu n’est pas donné à tout le monde.
Le 2e Nocturne de Ropartz m’a toujours émerveillée par ses couleurs multiples, multiples facettes de sa personnalité inventive et hypersensitive; c’est pour moi un petit chef d’oeuvre de passion et sensibilité mais volontairement et admirablement « maîtrisé » . On pourrait dire «de façon aristocratique » dans le sens noble du mot.
L’oeuvre de D’Indy, d’écriture plus « classique » s’adresse à un côté peut-être un peu « rigoriste » de Blanche Selva. Comparé à la Sonate de 1907 qui est d’une admirable richesse d’invention et d’écriture, « Thème varié, fugue et chanson » (1925) paraît plus « assagi », plus comme « observateur de la vie » que comme « acteur engagé » mais elle reste l’ écriture d’un Maître.
De Bréville s’est lançé dans une peinture de l’orientalisme de l’époque. Oeuvre pleine d’images d’inspirations diverses notamment religieuse (l’islam), folkloriques, paysagistes, tout un monde étranger à notre culture, à nos croyances, bref un véritable « cabinet de curiosités » qui a dû séduire Blanche, elle-même si curieuse de tout et avide de nouveautés. De plus c’est très agréable à jouer même si il y a des endroits un peu « acrobatiques ».

Georges Migot était pour moi une sorte d’énigme, entre abstraction et mysticisme, que j’ai essayé de comprendre (je m’était déjà coltinée au « Zodiaque » que j’ai finalement abandonné !). Evidemment son « Tombeau de Du Fault », trois pièces brèves, ne peut pas être considérée comme une oeuvre représentative de son énorme production. Toutefois on pourrait dire que c’est un bon « condensé » . L’essence de la pensée musicale de Migot est là ; elle fait réfléchir. L’oeuvre est ouverte à l’interprétation, ce qui est tout un symbole.
Ce sont des compositeurs de personnalités très contrastées mais tous savaient qu’ils pouvaient compter sur une femme au talent de musicienne et de pianiste hors pair. Ils ont donc écrit selon leur envie en pensant qu’elle se déjouerait bien de ces difficultés !! C’est ce qui m’a aussi séduit .

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’est déroulé l’enregistrement pour ce programme ? Une anecdote, un souvenir qui concentre l’ambiance, l’esprit de cette réalisation ? L’enregistrement s’est déroulé de façon tout à fait normale. Je n’ai pas de souvenirs spécialement originaux ni rigolos…….

Diane Andersen : J’étais bien préparée, donc il n’y a pas eu de catastrophes, ni d’imprévus. Malheureusement peut-être pour votre article ??

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle représentation vous faites-vous de Blanche Selva, de son jeu, de ses goûts… À travers les pièces abordées ?

Diane Andersen : A part la merveilleuse pianiste et musicienne, Blanche devait être quelqu’un d’entier, d’une grande exigence pour elle-même et pour les autres, d’une grande sensibilité, d’une volonté et d’intelligence exceptionnelle, d’une grande capacité de travail, ouverte sur le monde musical. Elle fut une pédagogue recherchée (près de 2000 élèves seraient passés par son enseignement) et a laissé une somme de pédagogie pianistique remarquable.
Les quelques enregistrements que nous avons avec elle, témoignent de sa musicalité sensible, de son jeu brillant, toujours au service de l’expression.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Y a t-il des pièces que vous préférez ? Pour quelles raisons ?

Diane Andersen : Vous savez, quand on travaille des oeuvres, même si parfois vous ne pouvez pas les choisir vous-même, on finit par les aimer. C’est d’ailleurs indispensable, sinon on ne peut pas convaincre son auditoire de leur beauté.
De ce cd, j’aime toutes les oeuvres, pour des raisons différentes. Plus proche de moi, peut-être alors, le Nocturne de Ropartz, les pièces de Migot (peut-être parce que j’y ai trouvé un sens). De Bréville m’a aussi fait rêver à certains moments… et danser à d’autres !

Dans ma carrière de pianiste j’ai du « sauter » d’un compositeur à l’autre , déjà comme jeune pianiste, parce que j’aimais découvrir (j’ai joué par exemple Berg et Bartok à un moment où personne quasiment ne les jouait). Bien sûr j’ai joué Mozart, Chopin, Liszt, etc… mais c’est surtout ce qui m’était inconnu qui m’a fascinée. Et c’est finalement ça qui a enrichi ma vie de pianiste, qui a orienté les belles rencontres que j’ai faites. En fait, « mes préférences », c’est la musique sous toutes ses formes et de toutes les époques.

 

 

Propos recueillis en août 2025

 

 

 

CD

LIRE aussi notre ANNONCE du cd événement « Hommage à BLANCHE SELVA (1884 – 1942) : mythique égérie du piano français ». De Bréville, Ropartz, Gauthiez, Migot, D’Indy… Diane Andersen, piano (1 cd CIAR classics – collection du Festival international Albert Roussel) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-hommage-a-blanche-selva-1884-1942-mythique-egerie-du-piano-francais-de-breville-ropartz-gauthiez-migot-dindy-diane-andersen-piano-1-cd-ciar/

 

LIRE aussi notre CRITIQUE du cd événement « Hommage à BLANCHE SELVA (1884 – 1942) : mythique égérie du piano français ». De Bréville, Ropartz, Gauthiez, Migot, D’Indy… Diane Andersen, piano (1 cd CIAR classics – collection du Festival international Albert Roussel) : https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-blanche-selva-mythique-egerie-du-piano-francais-de-breville-ropartz-gauthiez-migot-dindy-oeuvres-pour-piano-diane-andersen-piano-1-c/

Passionnant programme que celui édité par le label du CIAR (Centre International Albert Roussel) : ainsi se dévoile dans son ampleur et une curiosité aiguë pour l’écriture de son temps, la pianiste (et compositrice), Blanche Selva (1884 – 1942)…

 

 

CRITIQUE CD, événement. BLANCHE SELVA, « Mythique égérie du piano français » : De Bréville, Ropartz, Gauthiez, Migot, D’Indy, œuvres pour piano. Diane Andersen, piano (1 cd CIAR classics, 2020 – 2021)

 

 

_________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CRITIQUE, opéra. MADRID, Teatro Real, les 24 et 29 septembre 2026. PUCCINI : Manon Lescaut. S. Radvanovsky /S. Hernández, M. Fabbiano /J. de Leon,...

Après cent vingt et un ans d’absence, le Teatro Real de Madrid s’est acquitté d’une dette historique en ressuscitant,...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img