Les Jardins de la Fontaine à Nîmes ont une nouvelle fois offert un écrin de verdure et de patrimoine exceptionnel pour le concert de clôture des 4èmes Rencontres Musicales de Nîmes, qui se sont déroulées du 26 au 30 août 2025. Le directeur général du festival, Philippe Bernhard (également aux commandes des fameuses Nuits Romantiques d’Aix-les-Bains), a introduit la soirée en rappelant une tradition du XIXe siècle : celle de programmer des extraits d’œuvres plutôt que des ouvrages complets, une approche artistique audacieuse reprise par les trois directeurs artistiques du festival : Alexandre Kantorow, Liya Petrova et Aurélien Pascal. En grand pédagogue, Philippe Bernhard est venu avant chaque morceau éclairer le public sur les œuvres interprétées, ajoutant une dimension instructive et immersive à cette soirée.
La première partie du concert a mis en lumière la diversité du répertoire concertant, allant du baroque au contemporain, avec une sélection d’œuvres courtes mais intenses, mélangeant les genres comme les siècles, interprétées par des solistes de renom dirigeant eux-mêmes l’Orchestre Consuelo (déjà présent lors de la clôture de la précédente édition de la manifestation occitane) depuis leur instrument. La soirée a ainsi débuté de manière aussi originale qu’audacieuse avec « Echorus » (1995), ouvrage de l’américain Philip Glass pour deux violons et orchestre. Les violonistes Clémence de Forceville et Charlotte Juillard, respectivement violon super soliste de l’Orchestre de Chambre de Lausanne et du Philharmonique de Strasbourg, ont offert une interprétation hypnotique de cette pièce minimaliste. Leurs violons entrelacés ont créé une ambiance suspendue, comme des lueurs fuagces apparaissant et disparaissant dans le ciel. La pureté cristalline de l’orchestre a souligné la reproductibilité des effets de miroirs entre les deux violons, plongeant le public dans un état de méditation joyeuse. Place ensuite à la musique baroque, avec Georg Philipp Telemann et son Double concerto TWV 52:G3 (1740) pour deux altos et orchestre : Grégoire Vecchioni et Paul Zientara ont insufflé à cette œuvre autant de gaieté au second mouvement que de suave mélancolie au troisième. Leur jeu, à la fois précis et émotionnel, a mis en valeur la dialogue vivifiant entre les deux altos, témoignant d’une maîtrise technique et artistique remarquable.
Puis retour au XXe siècle avec Arvo Pärt et son « Ludus » (extrait de Tabula rasa, 1977) pour piano préparé, deux violons et orchestre – une pièce contemporaine interprétée ici avec une intensité rare. Le piano préparé, joué avec une délicatesse extrême par Aurèle Marthan, a dialogué avec les violons de Charlotte Julliard et Clémence de Forceville, créant un contraste entre tension et apaisement. L’orchestre a su habilement soutenir cette architecture sonore complexe, offrant un moment de profonde réflexion spirituelle. Grâce à Antonio Vivaldi et son Double concerto RV 531 (1720) pour deux violoncelles et orchestre, les deux compères Aurélien Pascal et Edgar Moreau ont pu coordonner leurs instruments avec une précision millimétrée, conférant un élan vivifiant aux dialogues et se fondant dans la profondeur des accords. Leur maîtrise technique a offert une impression de facilité, transformant cette œuvre baroque en une conversation passionnée et rythmée. Clôturant – et clou ! – de la première partie de la soirée, la trop rare pièce de Ralph Vaughan-Williams « The Lark Ascending » (1914) pour violon et orchestre a enthousiasmé l’audience. Car Liya Petrova été tout simplement sublime dans cette évocation poétique de l’alouette s’élevant dans le ciel. La finesse de son jeu a produit une palette sonore aussi précise que complexe, avec une maîtrise des nuances de volumes et des ornements mélodiques délicats. Comme une fusée, le son a explosé en un festival de couleurs et d’étincelles, matérialisant la noblesse de l’oiseau déployant ses ailes. Son échange avec l’orchestre était particulièrement cohérent et émouvant, et le public nîmois ne s’y est pas trompé en faisant un triomphe à l’artiste !
L’entracte a permis au public de profiter de la fraîcheur des Jardins de la Fontaine et d’échanger sur les émotions de la première partie, autour d’un verre… ou pas ! La seconde partie a mis en lumière la virtuosité des solistes dans des œuvres allant de Mozart à Beethoven, en passant par des pièces moins connues mais tout aussi envoûtantes. Dans le Rondo Allegro du 13ème Concerto pour piano de W. A. Mozart, Aurèle Marthan a fait pétiller ce mouvement final sous ses doigts agile. Son jeu plein de légèreté et de précision rythmique a entraîné l’orchestre dans une danse joyeuse et énergique, rappelant pourquoi Mozart reste un pilier du répertoire concertant. La Csárdás (1904) pour violoncelle et orchestre du presque inconnu Pietro Monti a ensuite était interprétée avec brio par Aurélien Pascal : cette pièce pleine de feu et de passion a conquis le public par ses contrastes dramatiques et sa virtuosité technique. Les accents tziganes et les mélodies envoûtantes ont été rendus avec une intensité remarquable.
Tout aussi inconnu du grand public (comme du mélomane averti !), David Popper et sa Fantaisie sur des thèmes de la Petite Russie op. 43 (1882) pour violoncelle et orchestre étaient ensuite à l’honneur. Edgar Moreau a offert une performance électrisante de cette pièce, qui mêle thèmes folkloriques et virtuosité pure. Son violoncelle a chanté, dansé et explosé de couleurs, soutenu par un Orchestre Consuelo aussi précis qu’énergique. Puis vint l’homme que tout le monde attendait, peut-être le meilleur pianiste Français de sa génération, le brillant Alexandre Kantorow pour clôturer la soirée avec une interprétation magisrale du Concerto n°4 op.58 (2ème et 3ème mouvements) pour piano et orchestre de Ludwig van Beethoven. L’Andante con moto a été interprété avec une opalescence aérienne, créant une impression d’évanescence, comme un chant éthéré. Si l’orchestre a parfois manqué de substance pour créer un véritable relief face au piano, il est devenu plus saisissant dans le Rondo Vivace, où des éclats brillants se sont formés de la fusion des sonorités pianistiques et orchestrales. Kantorow a fait preuve d’une virtuosité éblouissante, alliant puissance et délicatesse, mettant en liesse un public bientôt debout !
Après les applaudissements nourris d’un public totalement conquis, les trois directeurs artistiques Alexandre Kantorow, Liya Petrova et Aurélien Pascal sont revenus sur scène pour interpréter un apaisant extrait du Trio de Mendelssohn, comme un retour au calme après une tempête de virtuosité. Ce moment de musique de chambre intimiste a résumé l’esprit des Rencontres Musicales de Nîmes : le partage, la générosité et l’excellence artistique !…
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CRITIQUE, festival. NÎMES, Jardins de la Fontaine, le 30 août 2025. MOZART, BEETHOVEN, PÄRT, GLASS… Liya PETROVA, Alexandre Kantorow, Aurélien Pascal, Edgard Moreau, Orchestre Consuelo… Crédit photographique © Lewis Joly – Rencontres Musicales de Nîmes







